LE LANGAGE

LE LANGAGE

Le langage est-il le propre de l’homme ?

«Entends le mot accomplir ce qu’il dit. Sens le mot être a son tour ce que tu es. Et son existence devient doublement la tienne.»

René CHAR

INTRODUCTION :

Il y a un lien au XX° siècle que les sciences humaines établissent entre langage et culture particulièrement en étudiant l’homme du point de vue de ses désirs.

«Ce que les parents, les adultes ne savent pas, c’est que dès sa naissance un petit d’homme est un être de langage […] nos fils et nos filles, dès les premières heures de leurs vies, sont des êtres de communication et de désirs; des êtres qui ont besoin de parole, plus encore que de soins matériels ou d’hygiène alimentaire et physique.»

Françoise DOLTO

Enfant ? infan = faire parler

Le langage est selon elle un besoin naturel.

Supposer que le langage définit l’homme, c’est paradoxalement affirmer qu’il n’a pas de nature.

Karl MARX : propre de l’ homme? travail

BERGSON : propre de l’homme? rire

SARTRE : propre de l’homme ? liberté

PASCAL: propre de l’homme ? angoisse

ARISTOTE : propre de l’homme ? animal politique (polis)

1.Théorie essentialiste

Théorie Essentialisme : affirmer que l’homme possède en lui quelque chose de permanent, de stable, d’universel, d’intemporel.

Exemple: Pascal dit : c’est toujours le même homme

L’essence de l’homme, c’est ce qui le caractérise.

2.Les partisans de la culture

D’autres pensent que l’influence sociale et culturelle est déterminante chez l’homme.

l’inné n’existe pas, tout s’apprend.

Seul l’acquis donne du sens à l’homme.

I Langage et Culture

L’HOMME

NATURE CULTURE

Tout ce qui nous environne, tout ce qui nous entoure.

Inné

Tout ce qui est acquis

Références :

à Rousseau, le traité de l’éducation

au film « Victor l’enfant sauvage »

à Claude Lévi-Strauss

Claude LÉVI-STRAUSS est un ethnologue français célèbre qui a fait un voyage au Brésil ou il a rencontré un peuple vivant en Amazonie (tristes tropiques) vivant dans le plus simple appareil (le regard éloigné), leur caractéristique notable est qu’ils ne possèdent pas d’écriture.

« Ce n’est pas parce qu’un peuple n’a pas de journal intime qu’il n’a pas d’histoire »

Il va dénoncer cela comme une sorte de racisme? Ethnocentrisme

Parmi les critères distinctifs de l’humanité, Lévi-Strauss retient le langage comme « Le fait culturel par excellence »

« Le langage est une partie de la culture, une de ses habitudes ou aptitudes que nous recevons d’une tradition commune. »

« Le langage est l’instrument essentiel, le moyen privilégié par lequel nous assimilons la culture de notre groupe. »

« enfin et surtout parce que le langage est la plus parfaite de toutes les manifestations d’ordre culturel qui forme des systèmes […] et si nous voulons comprendre ce que c’est que l’art, la religion, le droit, peut être même la cuisine ou les règles de politesse, il faut les concevoir comme des codes formés par l’articulation de signes sur le modèle de la communication linguistique. »

Langage = représentation de la pensée

Descartes refuse d’accorder le langage aux animaux car ils ne pensent pas, ils n’ont pas de raison.

Il fait du langage une manifestation, un système.

II Réussite de la linguistique dans les sciences humaines au XX° siècle

sciences exactes sciences humaines

Je connais X N’ont pas d’objet

Sujet ? Objet ob-jectum Subjectivité

toujours lié a un sujet qu’il connaît Dédoublement du JE

Kant dit je connais les phénomènes : Ce qui apparaît

Il faut avoir une intuition de ce qu’il faut connaître (sensibilité+raison)

Je connais Je crois Je sens

Ferdinand de Saussure : définit le langage comme un système c’est a dire une organisation interne, un code formé par l’articulation de signes.

SYSTÈME

CODE

SIGNES

cette organisation fonctionne selon des catégories, des oppositions qui structurent la forme culturelle. Le langage est de l’ordre de la convention.

c’est un système de signes qui est socialisé.

-La société humaine est basée sur des échanges dont les plus apparents sont les échanges économiques. Le langage est la condition de ses échanges. Quelque soit le lien de parenté qui soit porteur de cet interdit (inceste) LEVI STRAUSS remarque et dit dans sa thèse que cet interdit existe. Cet interdit possède une règle : celle de la répudiation et elle est diffusée, cela peut même aller jusqu’à la lapidation. Sans cet interdit il n’y a pas de famille et c’est le premier échange. L’interdit mène au fait de troquer sa sœur avec celle de son voisin. C’est la base de la société.

-Le langage prend la forme de la communication mais ne se réduit pas a cela.

La linguistique définit le langage du côté de la convention en en faisant un système de signes socialisé cette définition du langage rompt avec la définition classique du langage comme expression de la pensée.

Il s’agit de comprendre le langage humain comme une «double articulation»(Saussure):

? nous articulons ce que l’on appelle des phonèmes, ce sont les plus petites unités de son (ex:image acoustique)

? puis dans un seconds temps nous articulons des morphèmes, ce sont les plus petites unités de sens

«Dans la langue il n’y a que des différences.»

Ferdinand de SAUSSURE

La langue est toujours portée par une intention: dire quelque chose a quelqu’un c’est a dire utiliser un système de signes dans le lequel le rapport signes et sens est valable pour un groupe d’hommes.

On pense pouvoir transposer ce modèle de langage a d’autres système de signes socialisé (ex: art, religion…etc)

III Les fonctions du langage

Cf Roman JAKOBSON

  • expressive (contraire a la représentation; qui jaillit «hors de soi»)
  • conative (parler à quelqu’un qui parle; ex: question-réponse)
  • phatique (ex: bavardage à vide; poser ou maintenir une relation)
  • métalinguistique (définir la langue; ex grammaire, orthographe..etc.
  • référentielle (ce qui fait référence au monde extérieur)
  • poétique, ludique et magique (ex: jeux de mots, mots croisés, poésie, les poupées vaudoues..)

Toutes ces fonctions du langage semblent liées à la communication dans la mesure où elles supposent que quelqu’un qui s’exprime représente ou mime quelque-chose sous entends un auditeur, c’est pourquoi on se moque de l’homme qui parle seul.

«Le peuple n’épargne jamais ses railleries à l’homme qui parle tout seul. Celui-ci est d’ordinaire un ivrogne ou un vieillard en état d’involution ou encore un fou délirant. Il est vrai que l’homme qui parle tout seul est quelque fois un savant ou un philosophe. Mais dans ce cas, sa solitude n’est qu’apparente. Peut être prépare-t-il quelque communication à un futur congrès. Il s’apprête donc à de nouveaux échanges.»

M. Merleau Ponty – Éloge de la Philosophie (XX°s)

IV. Langage animal et langage humain

Descartes pense qu’un animal n’a pas de conscience, c’est une machine, il est donc impossible que l’animal ait un langage, vu qu’il ne pense pas. Le langage pour lui est donc une représentation de la pensée. L’animal est programmé pour telle ou telle tâche, sous l’influence d’un phénomène pas encore connu à l’époque mais nommé de nos jours par « réflexe », sans en avoir conscience. L’obstacle épistémologique (terme du XXème, obstacle à la philosophie de la science) le plus grand pour la linguistique, est la théorie de Descartes, identifiant la pensée consciente au langage, il n’étudie donc pas le langage mais la pensée, c’est donc de la métaphysique. En effet, pour les philosophes le langage est le LOGOS, et l’animal en est dépourvu.

La linguistique naît lorsque l’on rompt avec cette pensée affirmant que le langage est l’expression de la pensée. Avec Saussure le langage n’est plus un outil exprimant la pensée mais un véritable objet. Si auparavant Descartes leur refusait, on accorde de nos jours aux animaux la sensibilité.

On ne peut parler de langage animal tant qu’on définit le langage comme expression de la pensée.

Voir le texte 6 page 127

Psittacisme : le fait de répéter de manière mécanique sans donner du sens (exemple du perroquet)

Au XXeme siècle, le zoologue américain Karl Frish, observe les abeilles et constate que leur « danse » indique la distance et la direction du butin par rapport à l’axe du soleil. Il faut passer de l’observation à l’explication par l’hypothèse scientifique, un regard critique et non passif de l’observateur. Comment la linguistique se construit en sciences humaines ? Comment l’objet devient un objet d’étude scientifique et devient un propre de l’homme ?

Remarques :

1) Il n’y a pas chez les abeilles de dialogue ou même d’échange à partir de mêmes signes. Une danse n’en provoque pas d’autres mais induit immédiatement des départs vers la ruche. Il n’y a pas de réponse mais une action.

2) Le signe utilisé dans le langage des animaux, fonctionne comme un signal (Le signal est une adéquation naturelle entre le signifiant et le signifié, au contraire du symbole qui est l’absence du rapport entre le mot et la chose, par exemple dire que la justice est une balance, le seul rapport pour le symbole est conventionnel, arbitraire). On en retire donc que le langage animal n’est jamais symbolique au contraire du langage humain qui est capable de tout dire, de dire le vrai comme de mentir etc. Le langage humain est alors considéré comme culturel.

3) Le message des animaux, en l’occurrence la danse, ne se laisse pas analysé. C’est à dire qu’il est global, ne se décompose pas en unités de sens contrairement au langage qui est une double articulation. On a d’abord une articulation de sens, morphème, et de sons, phonèmes.

L’humain peut donc tout dire de différentes manières. Le langage des animaux est quant à lui restreint en fonction de son espèce. Il n’y a pas non plus d’histoire du langage animal, il est immuable et héréditaire, inné, contrairement à l’homme à qui un apprentissage est nécessaire.

4) Pour l’homme on peut utiliser la distinction, établie par Ferdinand de Saussure, entre la langue et la parole. La langue est ce qui est sociale dans le langage, c’est l’ensemble des habitudes linguistiques transmises par la société. La parole est ce qui est variable et individuel. Lorsque je parle, j’utilise une langue.

« D’où vient que nous avons tant de mal à nous entendre et que nous nous mentons souvent sans le vouloir les uns aux autres ? C’est que nous employons tous les mêmes mots, sans leur donner à tous, le même sens. »

-Durkheim

La langue sociale que je m’approprie individuellement est un problème puisque l’autre peut se l’approprier d’une autre manière.

Conclusion

La difficulté de comprendre le langage comme le propre de l’homme tient au caractère symbolique du langage humain et au fait qu’il est le véhicule matériel des concepts. Il est sûr que la pensée humaine a pu prendre un tel essor par rapport au psychisme animal, grâce à la faculté d’opérer sur des signes, plutôt que sur des choses. L’union du sens (signifié) et du mot (signifiant) n’est pourtant pas résolue, est ce la pensée ou le langage qui a le plus d’importance ? Une thèse affirme la prééminence (priorité, l’importance) de la pensée sur le langage. C’est alors faire du langage l’expression de la raison. D’autre part, une thèse affirme que le langage va à l’encontre de la pensée, c’est le verbalisme (bavardage, psittacisme), la sophistique, mais aussi tout ce que l’homme peine à exprimer. Il reste le langage dans sa dimension poétique et artistique, distinct du langage commun, comme expression de la vérité de l’être.

Autres problématiques.

L’origine du langage ? Cette question a été traitée au XVIIIème siècle, avec le débat entre Rousseau qui a écrit le Discours Sur L’origine Des Langues et Condillac avec le traité Des Sensations. L’originalité de Rousseau est de faire de l’origine du langage, les passions, ces choses superflues, et non pas le besoin,

« Ce n’est ni la faim, ni la soif, mais l’amour, la haine, la pitié, la colère, qui leur arracha les premières voix. » – Rousseau, Essai sur l’origine des langues, 1781

Condillac lui répond en montrant que Rousseau assimile la parole au langage. Il tente de faire une généalogie du langage pour prouver que les signes d’institutions sont les prolongements des signes naturels, que tout signe vient du besoin.

Liens utiles pour aller plus loin