Introduction :
• Choix et liberté ne semblent pas aller ensemble car choisir, c’est renoncer et bien souvent le choix est imposé avec un éventail de choix réduit.
On pense spontanément que si on est libre, on n’a pas de choix à faire justement, on peut tout vouloir et tout faire. Etre libre, ce serait être omnipotent, « omnivoulant». Etre Dieu en somme !
Nous ne sommes pas Dieu et le savons et pourtant nous nous sentons à l’étroit, pas libre? Comment expliquer cela ?
– parce que nous avons de l’infini en nous : Textes de Descartes, 4ème méditation métaphysique, la volonté comme « pouvoir d’élire », « pouvoir des contraires » est infinie comme en Dieu , ; on peut toujours choisir même dans l’indifférence. Elle est la marque de Dieu en nous et ce qui explique « ce désir d’avoir toutes les perfections qu’on peut concevoir » selon la Lettre à Mersenne de 1638. On voudrait pouvoir tout choisir ou ne pas avoir à choisir, ce qui revient au même.
Mais au lieu de voir le choix comme un renoncement, une contrainte ( d’autant plus qu’on choisit aussi seul par nous-même) , il faut le voir comme l’affirmation de ce pouvoir positif de se décider, comme l’affirmation de cette puissance de la volonté ( en ce sens Descartes dira d’ailleurs que « l’irrésolution est le pire des maux » et le manque de constance dans le choix – faire la girouette- voyageur perdu dans la forêt. Un homme bien déterminé a des contours bien définis, « on existe à proportion qu’on veut » Ollivier Pourriol dans Cinéphilo.
• Comme liberté et choix peuvent désormais aller ensemble, quelles sont les conditions d’un choix libre ?
– contingence : pas de contraintes extérieures ni de déterminations intérieures
– spontanéité de la volonté : pouvoir de vouloir, de commencer indépendamment de toutes déterminations : c’est ce qui manque à l’âne de Buridan( 1300-1358)
Si bien que certains ont cru voir dans cette liberté d’indifférence ou dans l’acte gratuit ( Gide – les caves du vatican, texte P. 406 (TL. P586) – ou Forrest Gump ( « juste envie de courir ») le sommet de la liberté.
– mais le choix n’est libre que s’il est aussi éclairé, fait en connaissance de cause, sans quoi on est réduit au choix au hasard ou par défaut. « d’une grande lumière de l’entendement suit une grande inclination dans la volonté ». Même si dans l’absolu, je peux faire le choix contre la raison, le vrai, le bien.
Mais si on ne peut choisir sans raison, mes choix ont une raison, cette raison n’a-t-elle pas elle aussi une raison ?
Cette liberté n’est-elle pas une illusion ?
I. l’illusion du libre-arbitre
A. un parti-pris métaphysique : Nietzsche, Texte 3 p 423 ( TL 603)
B. La contingence des choix ?
1. Schopenhauer et sa théorie dans Essai sur le libre-arbitre
2. Spinoza, texte 1, P 416 ( TL 596)
II. Critiques de ces critiques
A. Kant et la liberté comme postulat moral : texte 1 p420 + texte 2 P 423 (TL, p 600 + 603)
B. Sartre « nous sommes condamnés à être libres », texte 3 p421, ( TL p601)
III. Déterminisme et liberté :
A. le déterminisme n’est pas le fatalisme :
Le fatalisme peut être une conséquence de cette peur de la liberté qui paralyse et qui nous laisse irrésolu ; alors on cherche de l’aide pour choisir, on cherche des signes et du coup on en voit partout. Patout le destin se manifeste.
Il y a deux types de fatalisme,
• celui qui présuppose un ciel et une transcendance : l’idée que ce qui arrive ne dépend pas de nous et obéit à un ordre inexorable. On peut trouver dans ce fatalisme une EXCUSE (comme le futur arrivera comme cela est déjà écrit, autant ne rien faire et profiter de l’instant présent, c’est le principe de la raison paresseuse ; CICERON dans le Traité du destin l’heure de notre mort est fixée quoi que nous fassions) ou une CONSOLATION ( ce qui arrive arrive comme cela doit arriver , cela n’empêche pas de prendre de soin de soi , ce qui arrive arrive conformément à la volonté divine et à sa bonté, le meilleur est à venir, on ne peut qu’accélérer sa venue ou s’en rendre digne, en travaillant à son salut !) d’où 3 formes de fatalisme selon LEIBNIZ : fatum mahometanum, stoïcum et christianum.
Dans les 3 cas, on pose une nécessité inconditionnelle !
• celui qui présuppose une nécessité immanente, un ordre des choses : c’est le principe de certains matérialiste qui ne voient dans l’autre fatalisme que superstition et obscurantisme et qui apparaît au siècle des lumières : il prend lui aussi différents visages :
– casanova, fontenelle
Dans tous les cas, pas de hasard, pas de libre-arbitre mais pas forcèment pas de liberté : Stoïciens texte 2 p 412 ( L. p. 592)
Le déterminisme n’est pas le fatalisme : il pose une nécessité conditionnelle, si…. Alors, d’où une action possible, comme en science, « science d’où prévoyance ; prévoyance, d’où action » disait Auguste Comte.
B. la liberté et déterminisme :
il remet en question la spontanéité de la volonté et donc le libre-arbitre au plan empirique en tout cas ( cf Kant) , mais pas nécessairement la liberté si on la pense par opposition non à la nécessité, la causalité mais en opposition à la contrainte comme Spinoza dans la lettre à Schuller
1. le déterminisme comme ressource pour la liberté : c’est toute la différence entre la pierre qui tombe et le physicien qui pense la loi selon laquelle elle tombe, c’est un abîme. Par là, « on commande à la natyre en lui obéissant » Bacon ; « l’homme oriente sa voile avançant contre le vent par la force même du vent » Alain ; « la colombe légère, lorsque, dans son libre vol, elle fend l’air pourrait s’imaginer qu’elle réussirait bien mieux encore dans le vide » dans la CRPure
2. sa compréhension comme libératrice :
– Spinoza : du pâtir à l’agir par la connaissance adéquate des choses et de soi.
– Bergson « nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité toute entière »
– Hétéronomie et autonomie.
C’est ce qui permettra de concilier liberté et loi du point de vue politique, sous certaines conditions, que nous verrons plus tard.
« J’appelle libre, quant à moi, une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature ; contrainte, celle qui est déterminée par une autre à exister et à agir d’une certaine façon déterminée. Dieu, par exemple, existe librement bien que nécessairement parce qu’il existe par la seule nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même librement parce qu’il existe par la seule nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même et connaît toutes choses librement, parce qu’il suit de la seule nécessité de sa nature que Dieu connaisse toutes choses. Vous le voyez bien, je ne fais vas consister la liberté dans un libre décret mais dans une libre nécessité.
[…] Voilà qui, si je ne me trompe, explique suffisamment ma manière de voir sur la nécessité libre et celle qui est une contrainte, comme aussi sur la prétendue liberté humaine, et cela permet de répondre aisément aux objections de votre ami. Il dit avec Descartes : est libre qui n’est contraint par aucune cause extérieure. Si par « être contraint » il entend « agir contre sa propre volonté », j’accorde que dans certaines actions nous ne sommes nullement contraints et qu’en ce sens nous avons un libre arbitre. Mais si par être contraint il entend agir en vertu d’une nécessité (ainsi que je l’ai expliqué) bien qu’on n’agisse pas contre sa propre volonté, je nie que nous soyons libres en aucune action. »
Lettre à Schuller, Spinoza