Il y a les « grandes » notions du programme, ce sont celles qui « tombent » traditionnellement au bac:
– la science en S revient chaque année dans la dissertation ou l’explication de texte ( l’an dernier, c’était en dissertation!)
– le droit, l’Etat, la justice, le travail, l’histoire, la liberté politique pour les ES…
En L , c’est imprévisible même si un sujet sur l’art ne me semble pas à exclure cette année, après plusieurs années sans! Mais ne jouons pas à lire l’avenir!
Et puis il y a les « petites » notions comme la connaissance du vivant ( en L, ES, S) , la perception ( L) , la matière et l’esprit (L, ES, S) , les échanges en ES qui « tombent » très rarement pour ne pas dire presque jamais et sur lesquelles en conséquence on passe plutôt vite en classe et dans ses révisions…
Mais il ne faut pas les négliger pour autant, les L en ont eu la cruelle preuve l’an dernier avec leurs sujets ( la perception peut-elle s’éduquer? et un sujet sur la connaissance du vivant.)
Pour cela,
– j’ai repris un cours sommaire sur les échanges dans la catégorie Cours et le corrigé de « l’exigence de justice a-t-elle sa place dans les rapports économiques? » dans la catégorie Corrigés, bien sûr.
– Je vous invite donc à penser à un sujet du type « peut-on réduire le vivant à une machine? » ou « peut-on connaître le vivant? » si vous êtes en S ( et même ES, les L seront épargnés les mêmes notions ne retombent en général pas l’année suivante!) et aux sujets sur la matière et l’esprit ( pour tous) , une notion du nouveau programme et qui n’est encore jamais tombée au bac, à ma connaissance.
Il y a quelques éléments de cours dans la catégorie « cours » et j’ajoute ici des pistes pour le sujet suivant:
La matière est-elle plus facile à connaître que l’esprit?
Pour pouvoir traiter ce sujet et donc en I et II, il faut partir sur une position DUALISTE , à la Descartes où on distingue matière et esprit, comme deux substances distinctes et existant indépendamment l’une de l’autre ( l’âme est seulement logé dans le corps et peut-être pensée comme lui survivant; la matière n’est pas nécessairement habité par l’esprit).
Vu les caractéristiques de la matière, perceptible, divisble, étendue, mobile, elle peut être observée, ramenée à des quantités et même réduite à celles-ci si on enlève toutes les qualités comme le faisait Galilée, père fondateur de la physique moderne, ( conçues comme qualités secondes et changeantes comme le montre l’analyse du fameux morceau de cire), elle obéit à des lois ( celles de la nature), elle peut donc être un objet des sciences physiques exactes qui peuvent ici appliquer leur méthode expérimentale et leur principe explicatif ( expliquer le particulier par le général, l’universel, « des relations invariables » comme le disait Comte. La matière semble donc être facilement connaissable. D’où la théorie des « animaux-machines » de Descartes concernant ces êtres vivants qu’on considérait comme dénués d’esprit, d’âme et dont on expliquait le comportement comme celui des rouages d’une montre. Pur mécanisme. Ce qui n’est pas le cas de l’esprit, si on l’identifie à l’âme, à quelque chose de méta-physique ( et donc au-delà de la physique et de l’observable). L’esprit est aussi associé à la pensée, à la conscience et distingué du corps depuis Platon . « L’âme est un principe de mouvement de même nature que l’Idée. C’est une réalité automotrice et éternelle qui préexiste au corps et lui survit » , pour Platon, comme le dira un commentateur.. L’esprit renvoie à quelque chose certes à quelque chose d’abstrait, de complexe, mais selon Descartes, la conscience de soi un fait primitif. Et c’est par cette conscience, que je peux penser l’âme, en tant que substance pensante, d’une manière entièrement indépendante du corps. Nous pouvons avoir, dit-il, une connaissance claire et distincte de l’âme, indépendamment du corps: cela en fait donc une substance « réellement distincte ». Cette connaissance est même plus sûre que celle de la matière, elle résiste au doute hyperbolique, ce qui n’est pas le cas du témoignage de nos sens, de nos raisonnements, de notre imagination… Or c’est par là que nous connaissons la matière. D’où l’étonnante conclusion de Descartes dans la seconde des Méditations métaphysique : » Mais enfin me voici insensiblement revenu où je voulais; car, puisque c’est une chose qui m’est à présent manifeste que les corps mêmes ne sont pas proprement connus par les sens ou par la faculté d’imaginer, mais par le seul entendement, et qu’ils ne sont pas connus de ce qu’ils sont vus ou touchés, mais seulement de ce qu’ils sont entendus, ou bien compris par la pensée, je vois clairement qu’il n’y a rien qui me soit plus facile à connaître que mon esprit. »
Parfaite transition vers le II, qui pourrait montrer en
A. les limites de la connaissance de la matière et donc la difficulté de la connaître:
– limites de la méthode expérimentale, de l’induction et de l’empirisme( remonter du particulier observable à l’universel- Dinde de Russell), difficulté de la vérification ( Popper), problème de la certitude de la correspondance entre théorie et réalité ( Hume; Kant, Popper)
– limites de la physique macroscopique face à la physique microscopique: les questions soulevées par la physique quantique et les limites du déterminisme soulignées par elle ( principe d’incertitude d’Heisenberg, le chat de Schrödinger..)
– limites de la « matière vivante »: problème spécifique à la biologie face à ces organismes qu’on ne peut réduire, n’en déplaise à Descartes, à des machines. « force organisatrice » soulignée par Kant; chaque être vivant est individu ( problème de la vérification, de l’idée de lois et d’organisme témoin..)
Finalement si on croyait connaître si facilement la matière, c’est parce qu’on en avait une vision simpliste et abstraite paradoxalement.
B. que l’esprit n’est pas si aisé à connaître non plus et que le passage de l’évidence de la conscience à l’idée d’une substance pensante est discutable (Nietzsche), tout comme il est difficile d’expliqquer le fonctionnement de cet exprit ( comment est-il affecté par le corps et le commande-t-il, glande pinéale?? La place de l’inconscient avec Freud, etc…)
Mais depuis le départ on présuppose que l’esprit et la matière sont deux substances distinctes, or on peut montrer que la matière n’existe peut-être pas indépendamment de notre esprit ( thèse de l’IMMATERIALISME de BERKELEY) ou que notre esprit n’est finalement qu’une « chose matérielle » ( thèse MATERIALISTE qui va des épicuriens atomistes [ pour qui l’âme est « un corps subtil qui doit à la petitesse de ses atomes d’être mis le premier en agitation et d’imprimer à nos membres la vie », et qui d’ailleurs disparaîtra avec le corps dans la mort ( c’est pourquoi pour Epicure « la mort n’est rien pour nous », sans vie après la mort)] aux conceptions actuelles de la neurologie qui s’efforcent de ramener les pensées ou activités de l’esprit à des phénomènes neuronaux, mécaniques du cerveau. Dans ce cas, connaître la matière, c’est connaître l’esprit et son fonctionnement ou connaître l’esprit, c’est connaître un des aspects de la matière.
Donc il n’est pas plus facile de connaître l’un que l’autre, c’est tout aussi difficile (II) et connaître l’un, c’est progresser dans la connaissance de l’autre , d’où : III sur la critique du dualisme et de ses raisons d’être : distinguer l’homme des autres êtres vivants et des choses, alors qu’on peut penser autrement comme Aristote [ Pour lui, l’âme est « l’entéléchie première d’un corps vivant pourvu d’organes ». L’âme est la partie de la substance qui est la forme d’un corps naturel qui a la vie en puissance. Aristote ne sépare pas le corps et l’esprit, ils sont co-dépendants. L’âme se réalise grâce à l’outil qu’est le corps organisé, elle présuppose donc ce corps. Il existe plusieurs espèces qui ont un corps différent qui est le lieu de différents types d’opérations de l’âme : âme nutritive ( les végétaux) , âme sensitive ( les animaux) et l’âme intellective ( les hommes)] ; flatter le narcissisme, d’où les blessures infligées par la science à l’homme ( cf . Freud et son hypothèse de l’inconscience comme étant la 3ème) ; satisfaire son désir de « dominer « la nature en s’en distinguant et de prétendre parvenir à une connaissance rassurante du monde qui l’entoure ( Nietzsche et son analyse de la science comme nouvel version de l’idéal ascétique).
Réponse finale: non! Tout aussi difficile car l’un et l’autre ne sont pas distincts, peut-être, c’est en tout cas la position que l’on peut adopter en III.