le travail

Entre LABEUR et OEUVRE, bien que Hannah Arendt distingue les deux notions, l’une faisant de moi un animal laborans soumis à la nécessité vitale, au cycle de la vie et l’autre soulignant que je suis  un homo faber en tant qu’homme voulant transformer le monde, la matière pour y laisser ma trace et y marquer ma présence, la notion de travail est à la fois vu comme négative et positive.

Pour éclairer cette ambivalence, regardez:

http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/philosophie/2467552.html

L’Etat est-il plus à craindre que l’absence d’Etat ?

I. En un sens oui, car si l’absence d’Etat est l’état de Nature hypothétique, on peut imaginer comme Rousseau que les hommes y jouissent d’une liberté « totale » qui n’a pour bornes que les force de chacun. Qui dit Etat, dit forcément règles communes, donc limitation de la liberté de chacun pour bénéficier de la protection de la force commune. L’Etat étant un lieu de pouvoir on peut aussi craindre des abus à la mesure de ce pouvoir transcendant, alors qu’à l’Etat de nature, même si certains sont plus forts que d’autres, personne n’incarne une force au dessus et même étrangère aux autres forces. Les anarchistes tiennent pour responsable l’Etat de la violence qu’il déchaîne en interdisant, en forçant à l’obéissance, en posant les individus les uns contre les autres (ta liberté s’arrête à la mienne et la mienne est arrêtée par la tienne), en imposant son intérêt contre l’intérêt général.

II. Mais l’absence d’Etat ce n’est pas nécessairement le bon sauvage solitaire, ou cette société idéale pacifique et raisonnable que vante les anarchistes. On peut penser que sans Etat, c’est comme le pense Hobbes, ce serait la sauvagerie, une guerre de tous contre tous, donc dans ce cas, il vaut mieux l’Etat que le désordre  et la mort. D’autant que si l’homme est insociable, il est aussi sociable, il ne peut pas se passer de la vie en société et celle-ci ne semble pas pouvoir se passer d’une structure, d’un lien vertical, et si ce lien n’est pas celui de la communauté religieuse ou de la communauté primitive, appuyée sur un passé ancestral, une cohésion naturelle ; l’Etat peut-être ce lien. De plus, ce que l’on craint, ce n’est pas l’Etat mais ses dérives possibles que l’on sait très probables au regard de la nature humaine chez les gouvernants et de la société civile (les gouvernés) L’indifférence pour le domaine public, l’individualisme, le culte du bien-être, la passion de l’égalité,  tout cela  fait qu’on exige de plus en plus d’Etat et qu’on s’y intéresse de moins en moins).

 III. L’Etat peut être un BIEN si la sécurité ne passe pas avant égalité et liberté ( cf Rousseau et les gains quand on passe de l’état de nature à l’Etat social), si la société civile joue son rôle de contre-pouvoir et si le citoyen se préoccupe de ses ministres, de son Etat et les autres conditions à respecter pour que la République fonctionne. Mais pour cela, il ne faut pas le craindre plus que l’état de nature ou qu’une société primitive, mais le craindre, dans le sens de s’en méfier, de rester vigilant. Le citoyen a bien deux devoirs : obéir et résister. Il faut le craindre pour ne pas tout attendre de lui, pour préserver le domaine privé, notre bonheur sans quoi on pourrait tomber dans un paternalisme despotique.

(on pouvait aussi faire un II montrant que l’Etat n’est pas à craindre pour la communauté, le citoyen sous certaines conditions ( plutôt Rousseau que Hobbes par exemple) mais III. Il est à craindre pour l’individu dont l’Etat demande le sacrifice en un sens comme toute vie en société cependant ( Schopenhauer))

Si l’histoire ne se répète pas, à quoi bon connaître le passé ?

I. sans doute à pas grand-chose, car si on se retourne vers un passé qui n’est plus, c’est parce qu’o n y cherche des leçons pour le présent et le futur. Mais une leçon présuppose en quelque sorte que les évènements se reproduisent à l’identique, selon les mêmes lois. Il vaut mieux dès lors vivre au temps présent vers un passé inutile et qui peut même être encombrant. Alors que l’histoire ne se répète pas, nous serions incapable de saisir sa nouveauté, ne cherchant que du vieux et nous serions même les seuls à rester accrocher à ce qui n’est plus, en décalage avec le présent et incapable d’envisager le futur.

II. Mais le sujet suggère que l’intérêt pour le passé aurait ce seul motif, la recherche de leçons. Donc l’intérêt pour le passé serait conditionnel, si… alors.. Or on peut penser que le passé représente un intérêt inconditionnel. L’homme même si son présent est toujours inédit, a besoin de savoir d’où il vient, ce dont il est héritier, cela participe de son identité et la condition d’un progrès de l’humanité. Et cela d’autant plus si l’histoire ne se répète pas. L’homme pourrait se sentir perdu dans cette nouveauté permanente, ce changement. Il a besoin de voir que son présent s’inscrit dans une continuité, dans une logique : le présent découle d’un passé, qui lui-même découle d’un passé… Cela donne des repères rassurants et une cohérence à un spectacle de l’histoire déroutant parce que changeant.  De plus même si l’histoire ne se répète pas, s’il y a primultimité de l’évènement, à cause du contexte, des acteurs différents, tout ne change pas pour autant. Les évènements peuvent être semblables même s’ils ne sont pas strictement identiques. Les hommes aussi ne changent pas radicalement, il y a une uniformité des désirs, des intérêts, des moteurs de l’action, des comportements, une rationalité commune à tous les hommes qui permettent sinon de prévoir ce qui va arriver, de prédire que même dans une situation neuve, les homme agiront de telle ou telle manière. Enfin on peut penser que justement si l’histoire ne se reproduit pas l’identique, c’est parce qu’on connaît le passé. C’est cette conscience du passé qui fait qu’on peut ne pas réagir (immédiatement) mais agir avec le savoir du passé : on peut alors agir autrement , faire en sorte que la même chose ne se reproduise pas. Comme le disait Schopenhauer l’histoire est au plan de l’espèce , l’équivalent de la raison au plan de l’individu. C’est aussi cette conscience du passé qui fait qu’on peut alors se libérer du passé par un effet cathartique et par là on libère le présent et le futur. Faire de l’histoire est la condition pour faire l’histoire. Sans histoire, un peuple n’est pas libre face au présent, il est prisonnier d’un passé qu’il ignore, qui le hante ou qui est posé comme hors du temps, une éternité qui condamné à une conception cyclique du temps.

III. Mais alors la connaissance du passé est alors essentielle, le problème est de savoir si on peut vraiment connaître ce passé (problème du statut de la connaissance historique) .

 (le sujet présuppose également que nous sommes acteurs dans l’histoire et auteurs de cette non-répétition, pour ensuite envisager le rôle du passé. Or on peut penser que nous sommes plutôt des pions d’un plan divin ou que malgré nous, l’histoire se déroule selon des lois qu’on peut au mieux comprendre, pour prévoir et agir ( Marx et le matérialisme) ou selon un plan que nous n’avons pas choisi  et qui se déroule inexorablement ( Kant, Hegel),  on avance ( Escalier de Condorcet).

 

L’identité

 « Pour ma part quand je pénètre le plus intimement dans ce que j’appelle moi, je bute toujours sur une perception particulière ou sur une autre… Je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment sans une perception et je ne peux rien observer que la perception »

disait Hume dans son Traité de la nature humaine en 1739.

Qui suis-je? Suis-je un moi social, un corps identifié (passeport biométrique, empreinte digitale infalsifiable, mes traits), mon reflet dans le miroir, ma mémoire et ma conscience de moi-même, comme le disait Locke ? Suis-je une personne, un individu?

L’identité, c’est une manière de conjurer le temps, de saisir l’unité sous la diversité

Pour commencer à répondre à ses questions, regardez:

 http://www.arte.tv/fr/2544276.html

A voir en complément le film d’Alex Proyas de 1998 , Dark City , d’où voici le trailer:

http://www.dailymotion.com/video/x2peuj

 

 

Déclaration universelle des droits de l’homme

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« Le besoin du droit naturel est aussi manifeste aujourd’hui qu’il l’a été durant des siècles et même des millénaires. Rejeter le droit naturel revient à dire que tout droit est positif, autrement dit que le droit est déterminé exclusivement par les législateurs et les tribunaux des différents pays. Or, il est évident qu’il est parfaitement sensé et parfois même nécessaire de parler de lois ou de décisions injustes. En passant de tels jugements, nous impliquons qu’il y a un étalon du juste et de l’injuste qui est indépendant du droit positif et lui est supérieur : un étalon grâce auquel nous sommes capables de juger le droit positif.

Bien des gens aujourd’hui considèrent que l’étalon en question n’est tout au plus que l’idéal adopté par notre société ou notre “civilisation” tel qu’il a pris corps dans ses façons de vivre ou ses institutions. Mais, d’après cette même opinion, toutes les sociétés policées ont leur idéal, les sociétés cannibales pas moins que les sociétés policées. Si les principes tirent une justification suffisante du fait qu’ils sont reçus, dans une société, les principes du cannibale sont aussi défendables et aussi sains que ceux de l’homme policé. De ce point de vue, les premiers ne peuvent être rejetés comme mauvais purement et simplement. Et puisque tout le monde est d’accord pour reconnaître que l’idéal de notre société est changeant, seule une triste et morne habitude nous empêcherait d’accepter en toute tranquillité une évolution vers l’état cannibale. S’il n’y a pas d’étalon plus élevé que l’idéal de notre société, nous sommes parfaitement incapables de prendre devant lui le recul nécessaire au jugement critique. Mais le simple fait que nous puissions nous demander ce que vaut l’idéal de notre société montre qu’il y a dans l’homme quelque chose qui n’est point totalement asservi à sa société et par conséquent que nous sommes capables, et par là obligés, de rechercher un étalon qui nous permette de juger de l’idéal de notre société comme de tout autre. Cet étalon ne peut être trouvé dans les besoins des différentes sociétés, car elles ont, ainsi que leurs composants, de nombreux besoins qui s’opposent les uns aux autres : la question de priorité se pose aussitôt. Cette question ne peut être tranchée de façon rationnelle si nous ne disposons pas d’un étalon qui nous permette de distinguer entre besoins véritables et besoins imaginaires et de connaître la hiérarchie des différentes sortes de besoins véritables. Le problème soulevé par le conflit des besoins sociaux ne peut être résolu si nous n’avons pas connaissance du droit naturel. «  

                           

L. Strauss, Droit naturel et histoire (1953)

 

 

 

Une société juste est-ce une société sans conflits ?

Réponse immédiate : OUI ; mot d’articulation sans conflits (absence de guerre violente, absence de désaccord,  ; Pb : à quoi reconnaît-on une société juste ? L’absence de conflits est-elle le signe d’une société juste ?

I. OUI, une société juste est une société absolument ou idéalement juste, et ce serait une société, où il y aurait des lois protégeant la liberté et les droits naturels de chacun,  qui seraient ce qu’elles doivent être (expression de la volonté générale, défendant l’intérêt général), dans ce cas, pas de sentiment d’injustice, ce qui enlève une des raisons d’entrer en conflits. Une société juste serait une société où les lois auraient remplacé la domination de certains, mis un terme à la  loi du plus fort et au cycle infernal de la vengeance et de la violence. Les rapports humains seraient pacifiés par les lois. Pas de conflits violents.

Ou ce serait une société constituée d’hommes justes qui se respecteraient, qui sauraient ne pas porter atteinte à autrui, comprendre les exigences d’une vie collective et qui ne voudraient  pas faire le mal, de mal. Ce serait une société d’hommes raisonnables qui sauraient faire passer avant leurs désirs  d’autres priorités et qui s’interdiraient de porter atteinte à autrui si toutefois ils avaient une raison de se battre.        

TR : on pense donc qu’une société juste serait en théorie une société sans violence, sans guerre, en paix, mais cette société n’est qu’un idéal à atteindre et il y a dans toutes les sociétés des conflits, est-ce que cela veut dire pour autant qu’on est dans une société injuste ?

II. Non, une société juste au sens de « non injuste » n’est pas nécessairement sans conflits pour différentes raisons :

– même si les lois ne sont pas injustes, elles ne peuvent empêcher tous les conflits et c’est d’ailleurs à cause de ces conflits toujours possibles que les lois existent et que le système judiciaire existe. Les conflits ne découlent pas de l’injustice des lois, mais de l’injustice des individus qui sont des êtres insociables tout autant que sociables, des être de désirs autant que des être de raison, Du coup la justice sans force est impuissante tout comme la force sans allure de justice est considérer comme tyrannique et dénoncée

– les lois règlent les rapports publics des hommes, mais elles ne doivent pas s’immiscer dans la vie privée des individus, sauf si on y porte atteinte aux droits et aux vies. La loi n’a pas à vouloir empêcher certains conflits , désaccords au sein des familles, dans les couples. Et ce n’est pas parce qu’il y a ce genre de conflits que la société n’est pas sous des lois relativement justes.

– la justice étant une institution humaine, elle peut être imparfaite ; la justice étant une valeur, chacun n’a pas la même perception des choses. Alors il peut y avoir conflits d’idées, de revendications, et même conflits pour plus de justice encore. Ces conflits sont souvent positifs, ils sont le signe d’une société démocratique et d’hommes souvent soucieux de leurs intérêts mais parfois de l’intérêt de tous, ayant un sens aigu de la justice et refusant certaines injustices. Une société juste est une société où il y a la liberté de s’exprimer et de penser et des droits comme un devoir de résistance.    

TR : dans une société relativement juste toute la violence n’est pas évitable et il peut y avoir des désaccords, qui sont  le signe d’une société démocratique et libre. L’absence totale de conflits n’est-elle pas dès lors plutôt que la marque d’une société idéalement juste, le signe d’une société profondément injuste ?

III. L’absence de conflits peut être en effet vu comme le signe d’une société terrorisée qui est tenu par un pouvoir si fort qu’aucun conflit n’éclate par peur de la répression, malgré le sentiment d’injustice. Les sociétés soumises à des dictatures sont les plus calmes, mais ce n’est pas pour autant le signe d’une véritable paix et d’une société juste.

– sans aller jusqu’à cet extrême, l’absence de conflits dans la société peut aussi venir du fait que tout le monde se fiche de l’intérêt commun et de la justice et que chacun ne pense qu’à ses intérêts privés, à son confort.. on ne va pas sa battre pour des idées, pour sa liberté ou celle des autres… une société qui n’est plus qu’un troupeau. Ou c’est à l’inverse une société uniformisée où tout le monde pense pareil, signe d’une perte de la liberté de pensée et de la dissolution de l’individu dans la société.

Donc une société juste vise à faire disparaître les conflits violents mais comporte des conflits et a même besoin de conflits pour devenir plus juste pour parvenir à une vraie concorde, qui soit une véritable paix et pas seulement une absence de conflits, qui peut avoir des raisons profondément injuste.

Combattre l’injustice n’est-ce pas respecter le droit ?

Respecter : traiter avec considération, estimer OU ne pas porter atteinte à, obéir à une loi

Est-ce : – peut concerner le but, la raison du combat (on combattrait l’injustice au nom du droit, pour le droit ) OU la modalité du combat ( on combattrait l’injustice en respectant le droit, par  le droit)

             – si c’est au nom du droit qu’on combat l’injustice, c’est en faisant quoi ? désobéir est-ce la seule solution ?

L’injustice : ce qui est contraire à la justice, au sens de loi positive ( abus, passe-droit, iniquité) OU ce qui est jugé ou senti comme non conforme à ce qu’on juge ou sent être juste

 I. BUT si on veut combattre l’injustice, c’est au nom de la justice, donc c’est par considération (respect) pour le droit qui est sensé incarner le juste ou dire ce qui est juste.

Même si certains disent que ce combat contre l’injustice n’est qu’une revendication intéressée des faibles, un sentiment né de la jalousie. C’est la position de Calliclès (ce sont les faibles ligués contre les forts qui ont voulu promouvoir la justice de l’égalité et ont décrété injuste la loi de la nature, la loi du plus fort. Mais , ce n’est parce qu’ils sont plus justes, mais simplement “pour être sur le pied d’égalité avec ceux qui valent mieux qu’eux”, “ la foule vante la tempérance et la justice à cause de sa propre lâcheté” , par pur intérêt et jalousie) ou de Nietzsche ( qui fait la même analyse en ce qui concerne le droit moral. La morale chrétienne n’est que le résultat du soulèvement des esclaves et du ressentiment des faibles. Les déshérités sont des êtres “ réactifs” qui se posent en s’opposant aux êtres “ actifs”. Incapables de créer, impuissants car “mal nés” les déshérités essaient  par jalousie pour les êtres “bien nés”( aristocratie) de donner une positivité à leur faiblesse, à leur valeur négative : l’impuissance devient bonté et vertu du renoncement ; la bassesse devient humilité ; l’incapacité d’agir devient patience et maîtrise ; en somme la faiblesse devient une force) , on peut penser que, si derrière la revendication de droits peuvent se cacher des intérêts particuliers, des passions, c’est plutôt le constat objectif de l’injustice qui motive souvent la volonté de rétablir la justice..

 OR le droit positif est sensé incarner la justice car :

– c’est avec lui que sont posées les notions de juste et d’injuste selon Spinoza ; avant le droit, pas de droit et pas de jugement de qui est juste ou pas, on se contente de juger ce qui est bon ou mauvais pour soi

– le droit est une institution qu’ont mis en place les hommes parce qu’ils jugeaient la loi naturelle, la loi du plus fort injuste, parce qu’ils considéraient que le fait ne fait pas le droit

– le droit émane de l’Etat qui est sensé exerce le pouvoir au nom du peuple souverain, gouverner en accord avec les lois, qui expriment la volonté générale, c’est-à-dire un accord rationnel sur ce qui est dans l’intérêt commun (Rousseau)

– si le peuple est souverain, on ne peut penser qu’ils mettent en place des lois contraires à son intérêt et à ses valeurs morales

– la plupart des Etats reconnaissent la référence la Déclaration des droits de l’homme et y plient leur législation

POURTANT c’est souvent le constat qu’il y a distorsion entre la réalité du droit et le droit idéal, qu’il y a distorsion entre droit positif et morale qui est à l’origine du sentiment ou du jugement d’injustice. Si le droit n’est pas ce qu’il doit être ou ne suffit pas faire régner la justice, n’est ce pas en ne le respectant plus , c’est-à-dire en ne lui obéissant pas qu’on peut combattre l’injustice et rétablir la justice ?

 

II. MOYEN : si on veut combattre l’injustice, c’est peut-être en ne respectant pas la lettre du droit positif que l’on fera progresser la justice, l’esprit des lois

– même si le droit positif est conforme à ce qu’il doit être, le droit positif vise avant tout la coexistence des libertés et la sécurité, il demande de respecter les droits des autres au nom d’une réciprocité de droits et de devoirs, mais la morale ou le droit naturel exige parfois d’aller plus loin que ce qu’exige la loi ( ex. aumône) ou même d’aller contre ( ex. refuser de faire usage de son droit de propriété par solidarité ou pitié ou charité envers celui qui souffre des inégalités).

– on peut aussi être contraint de suppléer à un Etat défaillant ou démuni OU qui estime que ses fonctions se réduisent aux fonctions régaliennes.

– mais parfois le droit n’est pas ce qu’il doit être , l’Etat abuse et dérive, comme le soulignent Pascal, Marx et même Rousseau et dans ce cas, il n’est que la légitimation de la force, du fait, des inégalités et des injustices et on ne peut que renoncer à y obéir pour combattre l’injustice

 Ceci dit  faire cela, c’est laisser l’Etat se déresponsabiliser ou lui donner des arguments pour se renforcer, se durcir ( Alain) ou à l’inverse travailler à sa ruine ( perte d’autorité, fin du caractère sacré des lois). OR si on combat l’injustice, c’est parce que l’on croit que la justice est possible et que le droit est sensé l’incarner. Dans ce cas comment la combattre sans le terrasser ?

III. On peut combattre l’injustice en considérant le droit et en le respectant

– C’est le pari de Socrate dans Criton :alors que son ami l’invite à s’évader et propose de payer les geôliers, Socrate développe les deux arguments suivants :

·         Il faut toujours suivre ses propres principes, si on n’en a pas de meilleurs, et non les circonstances.

·         Il ne faut pas répondre à l’injustice par l’injustice, ni répondre au mal par le mal : il ne faut jamais commettre volontairement une injustice ; quelles que soient les circonstances, l’injustice est un mal et une honte ;  « il vaut mieux subir une injustice que la commettre »

·         ça va  détruire les lois, ce serait rompre le pacte social

– Alain et le devoir de résistance, qui condamne une désobéissance systématique donnant des prétextes à l’Etat pour devenir tyrannique

– la religion civile de Rousseau : souvent ce qu’on appelle injuste, ce n’est que ce qui n’est pas dans notre intérêt

on peut combattre l’injustice en travaillant à la réforme de l’Etat plutôt qu’à son affaiblissement.

« La vache multicolore »

« Je veux vous dire trois métamorphoses de l’esprit : comment l’esprit devient chameau, comment le chameau devient lion, et comment enfin le lion devient enfant.

Il est maint fardeau pesant pour l’esprit, pour l’esprit patient et vigoureux en qui domine le respect : sa vigueur réclame le fardeau pesant, le plus pesant.

Qu’y a-t-il de pesant ? ainsi interroge l’esprit robuste ; et il s’agenouille comme le chameau et veut un bon chargement.

Qu’y a-t-il de plus pesant ? ainsi interroge l’esprit robuste. Dites-le, ô héros, afin que je le charge sur moi et que ma force se réjouisse.

N’est-ce pas cela : s’humilier pour faire souffrir son orgueil ? Faire luire sa folie pour tourner en dérision sa sagesse ?

Ou bien est-ce cela : déserter une cause, au moment où elle célèbre sa victoire ? Monter sur de hautes montagnes pour tenter le tentateur ?

Ou bien est-ce cela : se nourrir des glands et de l’herbe de la connaissance, et souffrir la faim dans son âme, pour l’amour de la vérité ?

Ou bien est-ce cela : être malade et renvoyer les consolateurs, se lier d’amitié avec des sourds qui n’entendent jamais ce que tu veux ?

Ou bien est-ce cela : descendre dans l’eau sale si c’est l’eau de la vérité, et ne point repousser les froides grenouilles et les brûlants crapauds ?

Ou bien est-ce cela : aimer qui nous méprise et tendre la main au fantôme lorsqu’il veut nous effrayer ?

L’esprit robuste charge sur lui tous ces fardeaux pesants : tel le chameau qui sitôt chargé se hâte vers le désert, ainsi lui se hâte vers son désert.

Mais au fond du désert le plus solitaire s’accomplit la seconde métamorphose : ici l’esprit devient lion, il veut conquérir la liberté et être maître de son propre désert.

Il cherche ici son dernier maître : il veut être l’ennemi de ce maître comme il est l’ennemi de son dernier dieu ; il veut lutter pour là victoire avec le grand dragon.

Quel est le grand dragon que l’esprit ne veut plus appeler ni dieu ni maître ? « Tu dois », s’appelle le grand dragon. Mais l’esprit du lion dit : « Je veux. »

« Tu dois » le guette au bord du chemin, étincelant d’or sous sa carapace aux mille écailles, et sur chaque écaille brille en lettres dorées : « Tu dois ! »

Des valeurs de mille années brillent sur ces écailles, et ainsi parle le plus puissant de tous les dragons : « Tout ce qui est valeur-brille sur moi. »

Tout ce qui est valeur a déjà été créé, et c’est moi qui représente toutes les valeurs créées. En vérité il ne doit plus y avoir de « Je veux » ! Ainsi parle le dragon.

Mes frères, pourquoi est-il besoin du lion de l’esprit ? La bête robuste qui s’abstient et qui est respectueuse ne suffit-elle pas ?

Créer des valeurs nouvelles- le lion même ne le peut pas encore : mais se rendre libre pour la création nouvelle- c’est ce que peut la puissance du lion.

Se faire libre, opposer une divine négation, même au devoir : telle, mes frères, est la tâche où il est besoin du lion.

Conquérir le droit de créer des valeurs nouvelles- c’est la plus terrible conquête pour un esprit patient et respectueux. En vérité c’est là un acte féroce, pour lui, et le fait d’une bête de proie.

Il aimait jadis le « Tu dois » comme son bien le plus sacré : maintenant il lui faut trouver délire et arbitraire, même dans ce bien le plus sacré, pour qu’il fasse, aux dépens de son amour, la conquête de la liberté : il faut un lion pour un pareil rapt.

Mais dites-moi, mes frères, que peut faire l’enfant que le lion ne pouvait faire ? Pourquoi faut-il que le lion ravisseur devienne enfant ?

L’enfant est innocence et oubli, un renouveau et un jeu, une roue qui roule d’elle-même, un premier mouvement, une sainte affirmation.

Oui, pour le jeu de la création, ô mes frères, il faut une sainte affirmation : l’esprit veut maintenant sa propre volonté, celui qui est perdu au monde veut gagner son propre monde.

Je vous ai nommé trois métamorphoses de l’esprit : comment l’esprit devient chameau, comment l’esprit devient lion, et comment enfin le lion devient enfant.

Ainsi parlait Zarathoustra. Et en ce temps-là il séjournait dans la ville qu’on appelle : la Vache multicolore »

Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra I, 1.

 

Arté- le corps (ou la perception)

Pour en savoir plus sur ce « tombeau de l’âme » comme le disait Platon et savoir si notre corps nous trompe, regardez: http://www.arte.tv/fr/2535554.html

A vous de voir ou de percevoir?!

« Quand je vois à travers l’épaisseur de l’eau le carrelage au fond de la piscine, je ne le vois pas malgré l’eau, les reflets, je le vois justement à travers eux, par eux. S’il n’y avait pas ces distorsions, ces zébrures du soleil, si je voyais sans cette chair la géométrie du carrelage, c’est alors que je cesserais de le voir comme il est, où il est, à savoir : plus loin que tout lieu identique. L’eau elle-même, la puissance aqueuse, l’élément sirupeux et miroitant, je ne peux pas dire qu’elle soit dans l’espace : elle n’est pas ailleurs, mais elle n’est pas dans la piscine. Elle l’habite, elle s’y matérialise, elle n’y est pas contenue, et si je lève les yeux vers l’écran des cyprès où joue le réseau des reflets, je ne puis contester que l’eau le visite aussi, ou du moins y envoie son essence active et vivante. C’est cette animation interne, ce rayonnement du visible que le peintre cherche sous les noms de profondeur, d’espace, de couleur.  »                                                     Maurice Merleau-Ponty, L’oeil et l’esprit

Chez les Kadiwéu du Brésil , «il fallait être peint pour être homme : celui qui restait à l’état de nature ne se distinguait pas de la brute » disait Lévis-Strauss.

Et on pourrait le dire de tout homme dans toute culture!