La mélodie, en imitant les inflexions de la voix, exprime les plaintes, les cris de douleur ou de joie, les menaces, les gémissemens ; tous les signes vocaux des passions sont de son ressort. Elle imite les accens des langues, et les tours affectés dans chaque idiôme à certains mouvemens de l’ame : elle n’imite pas seulement, elle parle ; et son langage inarticulé, mais vif, ardent, passionné a cent fois plus d’énergie que la parole même. Voilà d’où naît la force des imitations musicales ; voilà d’où naît l’empire du chant sur les cœurs sensibles. L’harmonie y peut con­courir en certains systèmes, en liant la succession des sons par quelques lois de modulation ; en rendant les intonations plus justes ; en portant à l’oreille un témoignage assuré de cette justesse ; en rapprochant et fixant à des intervalles consonnans et liés des inflexions inappréciables. Mais en donnant aussi des entraves à la mélodie, elle lui ôte l’énergie et l’expression ; elle efface l’accent passionné pour y substituer l’intervalle harmonique ; elle assujettit à deux seuls modes des chants qui devraient en avoir autant qu’il y a de tons ora­toires ; elle efface et détruit des multitudes de sons ou d’intervalles qui n’entrent pas dans son système ; en un mot, elle sépare tellement le chant de la parole, que ces deux langages se combattent, se contrarient, s’ôtent mutuelle­ment tout caractère de vérité, et ne se peuvent réunir sans absurdité dans un sujet pathétique.

J.-J.Rousseau, Essai sur l’origine des langues, chap. XIV

 

 

Réfléchir sur la définition de l’expression à partir de ce tableau :

Le cri, Edvard Munch

 

 

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