Le procureur général de la cour d’appel de Rennes, Léonard Bernard de La Gatinais, a démenti vendredi le renvoi d’un procès d’assises pour cause de ramadan, affirmant que la décision avait été prise « au vu de plusieurs éléments ». Par ailleurs un fait d’actualité renvoie à nouveau à la question du port du foulard dans un établissement de la Réunion, et ce malgré la loi du 15 mars 2004 interdisant les signes ostensibles d’appartenance religieuse…
En philosophie nous ne discutons pas des lois à la place des juristes (le droit positif). La question est plutôt la légitimité de la loi que sa mise en application. Cependant, nous pouvons nous interroger sur le sens de ces faits, (fussent-ils démentis dans la première affaire), le sens d’une démarche de pensée qui consiste à confronter des actes aux les principes républicains de laïcité.
Le philosophe John Locke (1632-1704) affirme que le port de tel ou tel vêtement ne menace apparemment jamais la paix civile. De même, les pratiques religieuses ne semblent pas mettre en péril l’ordre public : le bain dans une eau sacrée, les prières, etc. Ce texte semble d’actualité…

« Le port d’une chape ou d’un surplis ne peut pas plus mettre en danger ou menacer la paix de l’Etat que le port d’un manteau ou d’un habit sur la place du marché; le baptême des adultes ne détermine pas plus de tempête dans l’Etat ou sur la rivière que le simple fait que je prenne un bain. […] Prier Dieu dans telle ou telle attitude ne rend en effet pas les hommes factieux ou ennemis les uns les autres; il ne faut donc pas traiter cela d’une autre manière que le port d’un chapeau ou d’un turban; et pourtant, dans un cas comme dans l’autre, il peut s’agir d’un signe de ralliement susceptible de donner aux hommes l’occasion de se compter, de connaître leurs forces, de s’encourager les uns les autres et de s’unir promptement en toute circonstance. En sorte que, si on exerce sur eux une contrainte, ce n’est pas parce qu’ils ont telle ou telle opinion sur la manière de pratiquer le culte divin, mais parce qu’il est dangereux qu’un grand nombre d’hommes manifestent ainsi leur singularité, quelle que soit par ailleurs leur opinion. Il en irait de même pour toute mode vestimentaire par laquelle on tenterait de se distinguer du magistrat et de ceux qui le soutiennent; lorsqu’elle se répand et qu’elle devient un signe de ralliement de correspondance et d’amitié les uns avec les autres, le magistrat ne pourrait-il pas en prendre ombrage, et ne pourrait-il pas user de punitions pour interdire cette mode, non parce qu’elle serait illégitime, mais ? raison des dangers dont elle pourrait être la cause ? Ainsi un habit laïc peut avoir le même effet qu’un capuchon de moine ou que toute autre pratique religieuse. »
Locke, Lettre sur la tolérance