Dans la préface de ses Contemplations Victor Hugo souligne ainsi l’universalité de son oeuvre : « Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne. Prenez-donc ce miroir et regardez-vous y. » C’est ce miroir que nous a tendu Alain Cesco Resia, donnant vie au texte de Benjamin Fondane qu’il s’est majestueusement approprié.
Dès les premiers mots, dont nous ne saisissons certes pas instantanément l’entière signification, nous sommes littéralement emportés. Ils coulent, ces mots coulent et s’assemblent en un fleuve où flottent nos souvenirs et notre entendement.
Nous devenons alors voyageurs aux sens aiguisés, bercés de musiques, saveurs et paysage à la fois lointains, et si proches de nous par les similitudes qu’ils possèdent avec notre environnement quotidien. Nous sommes au sein d’une observation analytique de la nature humaine. Car en dressant un éventail quasi-complet des principales caractéristiques de l’Homme, Benjamin Fondane nous met face à notre incroyable complexité. Impuissance, avidité, égoisme, méchanceté, barbarie, Bêtise, idéalisme…
Ce dévoilement des travers de notre propre condition ne oeut nous laisser insensibles.
Sont également évoqués, avec justesse, le mal-être inexorable des émigrés contraints de quitter leur terre d’origine, ainsi que cette quête prétentieuse de savoir absolu, ou du moins de savoir salutaire, susceptible de soulager la plaie de tout homme: questionnement sans issue, doute, douleur, désillusion.
Les lumières s’éteignent. Le coeur palpite. Un sentiment d’inachevé, de manque profond s’empare de nous. Peut-être nous trouvions-nous dans l’attente -ô oisifs humains!- de la réponse miraculeuse, balayant les craintes préexistantes ou nées de la rencontre avec ce texte; ou désirions-nous tout simplement continuer à nous balader dans les rues errantes de multiples fantômes. Mais c’est à chacun d’oeuvrer, de déterminer le sens de son existence et d’accepter ou non sa condition d’Homme.
Une chose est certaine. La plume de Fondane a (r)éveillé nos esprits.


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