Force et grandeur

http://www.grandspeintres.com/tableaux/vangogh/grands/nuit.jpg Le ciel étoilé, Vincent Van Gogh, 1889

Pour Kant, le beau est la norme du jugement esthétique qui porte toujours sur un objet particulier. Il peut être révélé par la nature ou l’œuvre d’art mais n’est pas pour autant le propre de cette chose ; c’est nous qui jugeons une chose belle et qui prétendons que tout le monde doit la trouver belle (dans ce jugement réside l’accord des sujets, l’universalité.) Le jugement esthétique est d’abord suscité par une émotion, un sentiment de plaisir ou de peine. C’est la définition du beau « ce qui plaît universellement dans concept ». Le beau est fondé sur l’accord libre et harmonieux de l’imagination et de l’entendement, la raison n’intervient pas.

Il existe un autre sentiment qui suscite de l’admiration, de l’enthousiasme, c’est le sublime, ce qui « du fait même qu »on le conçoit est l’indice d’une faculté de l’âme qui surpasse toute mesure des sens ». C’est une expérience esthétique particulière que l’homme vit lorsqu’il se sent dépassé par la force des volcans, des ouragans de la mer en furie… Autant d’exemples cités par Kant en écho sans doute au déchainement de la nature cher aux romantiques de son temps. L’homme se sent comme écrasé par les forces de la nature, c’est l’incompréhension, et en même temps il sent une élévation morale possible de son âme, un élan vers l’abslou de sa propre raison. Le sentiment du sublime tient en cette ambivalence : face à la nature nous sommes peu de chose, mais nous découvrons notre destination d’êtres autonomes sur le plan moral.


 » La vue d’une montagne dont le sommet couvert de neige s’élève au-dessus des nuages, la description d’un orage furieux ou le tableau du royaume infernal chez Milton plaisent, mais en éveillant aussi de l’horreur; au contraire, la vue des pelouses pleines de fleurs des vallées, où serpentent des ruisseaux couverts de troupeaux qui paissent, la description de l’Elysée ou la ceinture de Vénus que peint Homère nous causent un sentiment d’agrément, mais qui est gai aussi, et souriant. Si donc c’est cette impression de grande force qui nous survient, et, pour bien goûter l’autre expérience, un sentiment éprouvé devant la beauté. Des chênes qui s’élèvent et des ombres solitaires dans un bois sacré sont sublimes : des tapis de fleurs, des haies basses et des arbres taillés en formes régulières sont beaux. La nuit est sublime, le jour est beau. Les âmes qui ont le sens du sublime sont progressivement amenées aux plus hautes sensations d’amitié, de mépris du monde, d’éternité, par le silence immobile d’un soir d’été, quand la lumière tremblante des étoiles perce l’ombre brune de la nuit et que la lune solitaire se tient à l’horizon. Le jour éclatant insuffle une ferveur active et un sentiment de gaieté. Le sublime touche, le beau charme. Le visage de l’homme qui éprouve la plénitude du sublime est sérieux, et parfois figé et surpris. Au contraire, le sentiment vivace de la beauté s’annonce par la chaleur brillante du regard, par l’accent du sourire, et souvent par une gaieté bruyante. Le sublime est à son tour de forme variée. Son expérience s’accompagne parfois d’horreur ou de gravité sombre, dans quelques cas d’admiration silencieuse, dans d’autres encore d’une beauté qui se déploie dans un champ sublime. J’appellerai le premier sublime de la terreur, le second de la noblesse, le troisième de la magnificence. La solitude profonde est sublime, mais sur un mode terrifiant. C’est pourquoi les vastes étendues désertiques comme le désert monstrueux de Chamo en Tartarie, ont offert l’occasion d’y transporter des ombres terrifiantes, des kobolds ou des fantômes.

Observations sur le sentiment du beau et du sublime,  Kant

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Un commentaire pour “Sublime”

  1.  terminales1 dit :

    Réponses aux trois questions posées en classe :

    Dans ce texte, Kant nous donne la définion du beau et celle du sublime.

    Le beau sucite une émotion de gaïté, de bien être. Il charme le spectateur et le fait apprécier une oeuvre qui ne se révèle pas forcément originale. Par contre, le sublime permet au spectateur d’éprouver une émotion qui le subjugue. Il se sent dépassé par les forces de la nature, ou par des éléments qui l’effraient ou l’intriguent.

    D’après les exemples de l’auteur, on peut affirmer qu’il existe un beau et un sublime de la nature. Ainsi « la vue de pelouse en fleurs » ou « d’arbres taillés en formes régulières » nous charmeront alors que la force « d’un orage furieux » ou la valeur esthétique de « chênes qui s’élèvent […] dans un bois sacré » nous toucheront.

    Ainsi, la symphonie « Du Nouveau Monde » de Dvorak peut être qualifiée d’oeuvre sublime de part son caractère opressant.