Fresque effectuée par Pascal Elodie, élève de terminale STLchimie.

Nous sommes au commencement de la philosophie, ce passage entre mythe et raison, à l’aube du progrès scientifique, de la démocratie, des échanges maritimes,des remises en question de la religion privée et du mysticisme. Période que les historiens appellent « le miracle grec. »

Les muses, nous en avons une image plus ou moins distincte, en particulier par Hésiode qui fixe leur nombre à neuf et leur donne leurs noms.

Pour commencer, chantons les Muses Héliconiennes, reines de I’Hélicon, la grande et divine montagne.

Souvent, autour de la source aux eaux sombres et de l’autel du très puissant fils de Cronos, elles dansent de leurs pieds délicats.

Souvent aussi, après avoir lavé leur tendre corps à l’eau du Parnasse ou de l’Hippocrène ou de l’Olmée divin, elles ont, au sommet de l’Hélicon,

formé des choeurs, beaux et charmants, où ont voltigé leurs pas. Théogonie vers 1 à 103

Elles ont un rôle dans la mythologie, par exemple chez Homère, médiatrices entre les dieux et les hommes, elles permettent de donner une interprétation au monde.

Platon fait de la muse l’inspiratrice entre le dieu et le spectateur ou auditeur par l’intermédiaire du poète ou rhapsode ou acteur. Dans son texte sur les poètes intitulé Ion il explique que le poète « interpréte des dieux » est comme possédé, transi lorsqu’il est poussé par la muse (534c)

Retrouvez le texte de Platon : http://lewebpedagogique.com/philoflo/lart/le-poete/

« J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ». Rimbaud

Les poètes de la Pléiade, du romantisme, du surréalisme et même de la poésie contemporaine reprendront cette idée d’une inspiration sans laquelle il ne peut y avoir d’authentique création.

La muse n’est pas seulement inspiratrice d’un souffle divin. Elle commande toute une exécution, elle exige une technique pour l’œuvre crée. C’est ce que Platon nomme stochastein (la stochastique) qui consiste à viser et à atteindre son but au javelot. Avec mesure et justesse, c’est le « jeter juste » comme lorsque l’on dit d’un peintre qui a « trouvé le ton juste ». La Muse, inspire et donne aussi la force. Dans les poèmes grecs, on trouve souvent au coté des muses la figure d’Apollon, « guide-lance » ou « guide-chœur » comme dans ces vers de Pindare (ode de la Victoire pour les vainqueurs des jeux de Delphes) :

« Lyre d’or, d’Apollon et des Muses Violettes-bouclées

Commune possession ! O toi qu’écoute

La marche, début de la fête,

Obéissent les chanteurs à tes signes

Quand des préludes guide-chœurs

tu fais vibrer l’attaque tournoyante. »


Nous retrouvons les trois composantes complémentaires : la lyre, Apollon, et les Muses, « commune possession » dans le célèbre tableau de Nicolas Poussin, l’inspiration poétique.

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Le personnage au centre qui tient la lyre est Apollon, dieu de la beauté, des arts, de l’amour. La jeune fille à sa gauche est la muse Calliope, à sa droite, le poète, les yeux levés vers le ciel. La lyre, rapprochée de l’arc dans le poème de Pindare, vise la beauté, l’idée d’une beauté qui s’incarne dans le poème et donne la sureté à l’archer et du plaisir à l’homme qui l’entend. Ainsi remontons nous la chaine « de l’amateur au poète, du poète à la muse,de la muse à la divinité, et à la Beauté ».

La figure des muses va se transformer au fil des siècles au rythme de l’image de la poésie mais aussi celle de la condition féminine. Citons seulement Baudelaire pour quelques figures de la muse au XIX° siècle

Ma pauvre muse, hélas ! qu’as-tu donc ce matin ?
Tes yeux creus sont peuplés de visions nocturnes,
Et je vois tour à tour réfléchis sur ton teint
La folie et l’horreur, froides et taciturnes.
Baudelaire (Charles), Les Fleurs du Mal (1857), VII, La muse malade

Auras-tu, quand Janvier lâchera ses Borées,
Durant les noirs ennuis des neigeuses soirées,
Un tison pour chauffer tes deux pieds violets ?
Baudelaire (Charles), Les Fleurs du Mal (1857), VIII, La muse vénale

… sa chère, sa délicieuse, son exécrable femme, son inévitable et impitoyable Muse
Baudelaire (Charles), Petits poèmes en prose (18), XLIII, Le galant tireur

… Arrière la muse académique ! Je n’ai que faire de cette vieille bégueule. J’invoque la muse familière, la citadine, la vivante, pour qu’elle m’aide à chanter les bons chiens, les pauvres chiens, les chiens crottés, ceux-là que chacun écarte, comme pestiférés et pouilleux, excepté le pauvre dont ils sont les associés, et le poète qui les regarde d’un œil fraternel.
Baudelaire (Charles), Petits poèmes en prose (18), L, Les bons chiens

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