
Otto DIX, Le Canon, huile sur carton, 1915, 98,5 X 69,5, Düsseldorf, Kunstmuseum Düsseldorf
LETTRE AUX JAPONAIS
Paris, le 9 octobre 1950.
Monsieur,
[Je vous remercie de votre lettre. Je ne suis qu’un écrivain solitaire et ce que je pourrai dire sur la paix et sur la guerre ne changera rien aux évènements. Il y a très peu d’hommes qui aient le goût de la paix. Mais il y a aussi très peu d’hommes qui aient une idée juste de l’art, ou de l’amour par exemple. Et ce ne sont pas ces hommes-là qui font l’histoire. Ce sont les autres qui ne savent rien, ou presque, et qui tâtonnent, dans les ténèbres, pleins de bonne volonté et de fascination. Tout ce que nous pouvons faire est d’ajouter à la création, le plus que nous le pouvons, pendant que d’autres travaillent à la destruction. C’est ce long, patient et secret effort qui a fait avance réellement les hommes depuis qu’ils ont une histoire…]
Extrait de la Lettre aux Japonais d’Albert Camus.
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