http://www.ecoles.cfwb.be/argattidegamond/cartable%20musical/Antiquit%C3%A9/Images,%20sons/appolon_spondi.jpg« Si la musique est la partie maîtresse de l’éducation, n’est-ce pas, Glaucon, parce que le rythme et l’harmonie sont particulièrement propres à pénétrer dans l’âme et à la toucher fortement […] ? En les recueillant joyeusement dans son âme pour en faire sa nourriture et devenir un honnête homme, on blâme justement les vices, on les hait dès l’enfance, avant de pouvoir s’en rendre compte par la raison, et quand la raison vient, on l’embrasse et on la reconnaît comme une parente avec d’autant plus de tendresse qu’on a été nourri dans la musique. »
Platon, République, III, 401 c-402 a

Platon est considéré comme l’un des pères fondateurs de la philosophie, il faut l’inscrire dans la tradition et la culture grecque pour comprendre ce qu’il dit de la musique. Il distingue la musique des autres arts qui ne sont que des pâles reflets, des imitations de la nature. Curieusement la musique a sa place dans l’éducation (païdéia) aux cotés de la gymnastique. Dans les deux cas, il s’agit d’habituer l’enfant à l’ordre, à la mesure qui ne sont pas des qualités naturelles. Une des fonctions de cet entrainement est de développer le thumos (le cœur) par exemple en l’habituant à devenir amical plutôt qu’agressif envers les philoi (amis, parents, proches).

Le modèle de la musique est pour Platon, on pourrait dire « classique » puisque c’est celle de l’Égypte, qui a conservé les hymnes des fêtes depuis dix mille ans ! Il s’agit pour Platon de ne pas céder aux tentations de l’apparence et de la frivolité que pourraient amener les musiques nouvelles. Il s’agit aussi d’échapper à la subjectivité des modes et à donner aux élèves la seule nourriture de l’esprit convenable : les idées, fixes et éternelles, les essences que l’on peut atteindre par les mathématiques et la dialectique. L’ordre, la mesure, la symétrie et la délimitation sont des notions qui aident le thumos à désirer et à prendre plaisir à ce qui est noble. Elles ne procurent pas seulement un plaisir esthétique (des sens) mais préparent à découvrir les réalités véritables. L’objet des désirs d’une personne vertueuse est le kalon, ce qui est à la fois noble et beau.

Une fois que la raison est formée, le jeune athénien devra passer à des occupations sérieuses, les mathématiques et la dialectique (philosophie). Il s’agit bien d’éducation, et Platon n’accorde pas de grande importance aux musiciens : ils seront chassés de la cité idéale ou bien assignés à des tâches ingrates.  Mais il s’agit d’une « mauvaise » musique, celle qui déchaîne les forces sauvages et incontrôlables des passions. Platon l’associe aux harmonies ioniennes qu’il décrit comme orgiaques ou plaintives et lui préfère celle dont l’artiste a réalisé l’harmonie entre les éléments contraires de sa nature humaine : raison, désirs et passions. Ainsi, le beau est en accord avec le bien. Cette musique repose sur des règles d’harmonie simples, des rythmes réguliers comme les modes doriens ou phrygiens ; mais tout cela reste peu connu aujourd’hui…

Quelques références :

République, livres III,242 c, 398 b, livre VII, 530d, livre X 617-618

Les lois, livre II 654,667, livre VII,802

Lachès,188d,

le banquet,215c

Théétète,154d

Timée,47cd

http://www.ecoles.cfwb.be/argattidegamond/cartable%20musical/Antiquit%C3%A9/Images,%20sons/Lyre.jpgLorsque j’entends parler de la vertu ou de la science à un homme digne en effet d’être homme, et qui sait se tenir à la hauteur de ses discours, alors c’est pour moi un charme inexprimable, quand je songe que celui qui parle, et les propos qu’il tient, sont entre eux dans une convenance et une harmonie parfaite. Cet homme m’offre l’image d’un concert sublime qu’il ne tire ni de la lyre ni d’aucun autre instrument, mais de sa vie toute entière montée sur le ton le plus pur ; et dans l’harmonieux accord de ses actions et de ses discours, je ne reconnais ni le ton Ionien, ni le Phrygien ni celui de Lydie, mais le ton Dorien, le seul qui soit vraiment grec. Dès qu’il ouvre la bouche, c’est une jouissance pour moi, et l’on dirait à me voir que je suis fou de discours, tant je saisis avidement toutes ses paroles. Lachès

http://helios.fltr.ucl.ac.be/fillon/socrate/imagesTibicen2.jpg L’image ci-contre représente un satyre joueur de flûte (Musée du Capitole, Palais des Conservateurs, Collection Borghese, 2001).

Alcibiade fait le portrait de Socrate : « Mais je ne suis pas joueur de flûte, diras-tu. Si, tu l’es, et beaucoup plus merveilleux que Marsyas. (215c) Il charmait les hommes par l’effet des sons que sa bouche tirait des instruments, et on les charme encore quand on joue ses mélodies ; car les airs que jouait Olympos sont, suivant moi, de Marsyas, son maître ; en tout cas, qu’ils soient joués par un grand artiste ou par une méchante joueuse de flûte, ces airs ont seuls le pouvoir d’enchanter les cœurs, et, parce qu’ils sont divins, ils font reconnaître ceux qui ont besoin des dieux et des initiations. La seule différence qu’il y ait entre vous, c’est que tu en fais tout autant sans instruments, par de simples paroles » . Le banquet (215d)

Marsyas est un satyre qui passe pour l’inventeur de la flûte à deux tuyaux . Il est d’origine phrygienne, son nom est celui de la rivière affluent du Méandre en Asie Mineure. Il se serait emparé de la flûte jetée dans le fleuve par la déesse Athéna : celle-ci s’était aperçue -en se mirant dans le fleuve- que jouer de cet instrument lui déformait le visage. Marsyas aurait défié Apollon lui-même dans un concours musical. Vainqueur (à la lyre), Apollon l’aurait écorché vif : de son sang et de ses larmes naquit la rivière éponyme.

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