http://hdelboy.club.fr/musique.jpgAujourd’hui l’éducation se compose ordinairement de quatre parties distinctes : les lettres, la gymnastique, la musique et parfois le dessin ; la première et la dernière, comme d’une utilité aussi positive que variée dans la vie entière; la seconde, comme propre à former le courage. Quant à la musique, on élève des doutes sur son utilité. Ordinairement on la regarde comme un objet de simple agrément ; mais les anciens en avaient fait une partie nécessaire de l’éducation, persuadés que la nature elle-même, comme je l’ai dit si souvent, nous demande non pas seulement un louable emploi de notre activité, mais aussi un noble emploi de nos loisirs. La nature, pour le dire encore une fois; la nature est le principe de tout.

http://www.theatrons.com/illustrations/theatre-grec.jpgNos pères n’ont donc point admis la musique dans l’éducation à titre de besoin, car elle n’en est point un (…)Car si, selon eux, il est un délassement digne d’un homme libre, c’est la musique. Homère est du même avis, quand il fait dire à l’un de ses héros :
Convions au festin un chantre harmonieux ;
ou quand il dit de quelques autres de ses personnages, qu’ils appellent :
Le chantre dont la voix saura tous les charmer ;
et ailleurs, Ulysse dit que le plus doux des plaisirs pour les hommes, quand ils se livrent à la joie,
C’est d’entendre, au festin où tous se sont rangés,
Les accents du poète….

Aristote affirme que la musique procure du plaisir et qu’elle doit également faire partie de l’éducation, car il vaut mieux avoir soi même la connaissance de ce qui nous offre un loisir agréable.

D’autre part, la musique a une  influence morale sur notre sensibilité. Elle peut modifier les passions, elle peut même transformer ou réformer les mœurs d’un peuple. Dans la Grèce antique la musique va toujours de pair avec la poésie. Le célèbre texte la poétique d’Aristote traitre des « arts d’imitation », tout en donnant un sens nouveau à cette « mimésis » que Platon condamnait. Aristote en fait le fondement même de la création, car cette imitation n’est pas une copie de la réalité sensible mais une réalité à l’œuvre. La musique, comme la poésie, est une re-création de la réalité, une « métaphore » au sens d’un transfert de sens du monde. Aristote ne traite pas de la spécificité de l’art musical mais oppose deux modes « phrygien » et « dorien » qui correspondent à une musique d’esclaves (des courtisanes, joueuses de flûtes, musique du peuple) et à une musique d’hommes libres qui n’a pas pour but de détendre l’âme du travailleur épuisé mais d’être une activité vraiment libérale. Cette musique est dotée de riches idées, ayant en particulier un sens moral.

Deux textes d’Aristote « tombés » au baccalauréat

La tendance à l’imitation est instinctive chez l’homme et dès l’enfance. Sur ce point il se distingue de tous les autres êtres, par son aptitude très développée à l’imitation. C’est par l’imitation qu’il acquiert ses premières connaissances, c’est par elle que tous éprouvent du plaisir. La preuve en est visiblement fournie par les faits : des objets réels que nous ne pouvons pas regarder sans éprouver du déplaisir, nous en contemplons avec plaisir l’image la plus fidèle ; c’est le cas des bêtes sauvages les plus repoussantes et des cadavres. La cause en est que l’acquisition d’une connaissance ravit non seulement le philosophe, mais tous les humains même s’ils ne goûtent pas longtemps cette satisfaction. Ils ont du plaisir à regarder ces images, dont la vue d’abord les instruit et les fait raisonner sur chacune. S’il arrive qu’ils n’aient pas encore vu l’objet représenté, ce n’est pas l’imitation qui produit le plaisir, mais la parfaite exécution, ou la couleur ou une autre cause du même ordre Comme la tendance à l’imitation nous est naturelle, ainsi que le goût de l’harmonie et du rythme (…), à l’origine les hommes les plus aptes par leur nature à ces exercices ont donné peu à peu naissance à la poésie par leurs improvisations.

Le loisir, en revanche, semble contenir en lui-même le plaisir, le bonheur et la félicité de vivre. Mais ce bonheur n’appartient pas aux gens occupés, mais seulement à ceux qui mènent une vie de loisir : car l’homme occupé travaille en vue de quelque fin, envisagée comme n’étant pas encore en sa possession, alors que le bonheur est une fin, laquelle, au jugement de tous les hommes, s’accompagne toujours de plaisir et non de peine. […] On voit ainsi clairement que certaines matières doivent être apprises et entrer dans un programme d’éducation en vue de mener la vie de loisir, et que ces connaissances et ces disciplines sont des fins en elles-mêmes, tandis que celles qui préparent à la vie active doivent être regardées comme de pure nécessité et comme des moyens en vue d’autres choses. Et c’est pourquoi nos pères ont fait une place à la musique dans l’éducation, non pas comme une chose nécessaire (elle ne l’est nullement), ni comme une chose utile (à la façon dont la grammaire est utile pour gagner de l’argent, pour diriger une maison, pour acquérir des connaissances et pour exercer de multiples activités dans l’État, ou encore à la façon dont le dessin est réputé utile pour mieux juger les oeuvres des artistes), ni non plus, comme la gymnastique, en vue de nous procurer santé et vigueur (car nous ne voyons aucun de ces deux avantages provenir de la musique) ; reste donc que la musique sert à mener la vie de loisir, ce qui est la raison manifeste de son introduction, car on la place au rang d’un passe-temps qu’on estime convenir à des hommes libres. […] On voit donc qu’il existe une forme d’éducation dans laquelle les parents sont tenus d’élever leurs fils, non pas comme étant utile ou nécessaire, mais comme libérale et noble.

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Un commentaire pour “Aristote et la musique”

  1.  Jean Mauchamp dit :

    Le grand Victor… Hugo bien sûr aurait dit au grand Aristote:  » La Musique est un bruit qui pense ». Même le grand Descartes, le roseau pensant, n’ y avait pas pensé….

    The great Victor…Hugo of course would say to the great Aristote:  » Music is a thinking noise ». Even the great Descartes, the thinking reed, did’nt have this idea