Photo V. Vallet

Projet musique et philosophie : rencontre avec Jonathan Schiffman

Mardi 26 Janvier 2009, nous avons eu l’honneur de recevoir la visite du célèbre chef d’orchestre américain qui dirige l’orchestre d’ Avignon depuis un an et demi, Jonathan Schiffman.

Ce fut l’occasion d’élargir nos connaissances quant à la musique classique, et ainsi de mieux comprendre la fonction de son métier. En cours, nous avions déjà abordé l’ambiguïté du lien entre les deux disciplines  (philosophie, musique) ; dès lors, le dialogue qui s’entama nous permis de partager nos interrogations, et d’entrevoir de potentielles réponses…

Entre l’histoire de la musique et celle de ses anciens maîtres, chefs d’orchestres à forte personnalité et qualifiés dans l’opinion publique de « dictateurs », M. Schiffman nous dévoila quelques détails de son parcours atypique. Le hasard lui fit ainsi prendre la direction d’un des orchestres de son université, c’est là que sa passion naquît : sa vocation serait d’être alors chef d’orchestre. Très ouvert du fait de sa « jeunesse » relative dans le métier, il répondit avec prudence à nos demandes, ne voulant pas prendre position trop radicalement.

Une séance d’apprentissage technique improvisée fut organisée, initiant les plus récalcitrants à la gestuelle fluide et mystérieuse d’un chef. Tout de suite plus à l’aise, M.Schiffman pût enfin répondre à nos questions, par exemple celles sur la nature de la musique ou celle de l’œuvre musicale, de l’influence de son humeur sur ses compositions en passant par le langage de la musique ou le bonheur quotidien, la joie que peut apporter la musique au monde.

Ainsi, pour lui, la définition d’une œuvre d’art, et notamment celle d’œuvre musicale reste « floue », très subjective. Elle dépend du point de vue, des goûts personnels, du contexte historique (il évoqua ainsi l’œuvre 4min 33seconds de John Cage, seulement constituée d’un silence, considérée comme une bizarrerie par certains, comme une révolution par d’autre dans les années 60 … )    Mais il privilégie avant toute chose, avant tout jugement, le besoin d’éclectisme musical, que ce soit des morceaux classique comme ceux de Gustav Mahler ( un de ces compositeurs préféré ) ou la musique pop, le rock’n roll… . De là, il parla des différences entre les instruments, tous uniques à leur façon, et dont le chef a besoin d’avoir une maîtrise relative (en plus d’un instrument d’origine pour lequel il a dû avoir un très bon niveau ) pour imaginer et comprendre l’interprétation de chacun. Le chef d’orchestre peut alors nous apparaître comme une sorte de « génie » ou de magicien de la musique sachant cela …  Non seulement chaque instrument a son propre langage, mais il définit aussi chaque sorte de musique comme une langue à part, un langage partagé que l’on doit apprendre si on veut le comprendre.

Les émotions, dans son métier de compositeur mais aussi de chef, jouent un grand rôle. A l’écoute comme lors d’une interprétation, M. Schiffman explique que pour lui c’est un moyen de faire partager des émotions très fortes, tel un réel échange dans sa façon de jouer, à travers son humeur, ses sentiments sur l’instant. Celles-ci influencent d’une manière particulière sa capacité de création artistique : le chef est donc avant tout un homme sensible. Alors que pour certains compositeurs la création est difficile, corrigée et revue de nombreuses fois, il préfère créer de manière spontanée, sans pour autant délaisser un travail de fond essentiel : l’inspiration est la source principale de la création musicale, mais elle nécessite un encadrement, comme dans tout travail artistique.

Entre le rappel de sa toute première œuvre et de son expérience dans notre région, M. Schiffman exposa  sa vision de la musique, une discipline universelle, capable de toucher chaque être. Ainsi selon lui, il n’y a pas de frontière musicale, tout dépend de notre désir de diversité, aussi bien pour les chefs d’orchestres, qui éprouvent le besoin de changer de formation de temps en temps, mais précisant bien que chacun des ensembles est unique. La musique a alors un certain pouvoir, créatrice de joie : il souligna ainsi le fait qu’elle soit essentielle pour certains afin d’atteindre le bonheur, mais elle n’est pas essentielle pour survivre comme le sont l’eau ou le sommeil… Mais qu’est-ce donc que la musique alors ? Serait-ce chaque bruit ou un assemblage réfléchit de sons ? Là encore, pas de réponse franche, tranchée mais toujours la certitude que cela dépend du point de vue et de la définition que l’on donne à la musique et au bruit.

Ainsi, après avoir captivé l’ensemble de l’auditoire, il réussit à persuader la plupart d’entre nous du pouvoir mystique de la musique dans son ensemble. Sa vision sans frontières d’une musique libre et d’une diversité infinie dans la création artistique entrouvre l’idéal d’un bonheur accessible par la musique…

Étiquettes : , , ,

Un commentaire pour “« La musique c’est un bruit qui pense » V.Hugo”

  1.  Jean Mauchamp dit :

    « La musique fait partie intégrante de notre humanité….Les sujets engloutis dans leur démence sont dans une situation différente: pour eux, la musique n’ est pas un luxe, mais une nécessité, et elle a le pouvoir à nul autre pareil de les rendre à eux-mêmes et à autrui »
    Ce texte conclut l’ ouvrage récent du médecin neurologue américain Oliver Sacks, (auteur de « L’ homme qui prenait sa femme pour un chapeau »)intitulé « Musicophilia La musique, le cerveau et nous »
    Cette conclusion concerne les sujets déments… mais ne sommes nous pas tous un peu déments quelque part. Alors lisez ce livre de toute urgence, il nous concerne tous…