http://malekzad.com/liszt.jpgF. Liszt

Il faut savoir que la philosophie de Hegel est un système fortement structuré où l’art a sa place dans une dialectique de l’Esprit. L’art n’est que le premier moment de ce long processus vers l’Esprit absolu ; moment nécessaire mais destiné à être dépassé et conservé (Aufhebung) par la religion puis la philosophie. Dans cette dialectique, la musique n’a pas de place privilégiée elle n’a pas atteint le stade de la conscience purement réflexive de soi.

Le second point important de la philosophie esthétique de Hegel est que les arts se hiérarchisent selon s’ils sont composés davantage de matière ou d’esprit. Le moins digne des arts, le plus lourd en matière est l’architecture : le plus élevé, celui qui est fait d’une matière la plus subtile (les mots) est la poésie. Quant à la musique, Hegel la place entre peinture et poésie :

« Lors donc que le texte, en tant qu’œuvre d’art poétique, présente par lui – même une valeur indépendante, il ne peut attendre de la musique qu’un appui très léger, comme c’était le cas des chœurs du drame antique où la musique ne jouait que le rôle subordonné d’un simple accompagnement. Si c’est, au contraire la musique qui se présente avec des prétentions à une valeur indépendante, c’est le texte qui, dans son exécution poétique, doit être plus superficiel et s’en tenir à l’expression de sentiments et de représentations tout à fait généraux. Les élaborations poétiques de pensées profondes sont aussi peu compatibles avec un bon texte musical que les descriptions d’objets extérieurs et la poésie descriptive en général. Des lieder, des textes d’opéra, des textes d’oratorios, etc., peuvent ainsi, au point de vue purement poétique, être maigres et d’une certaine médiocrité ; pour que le musicien ait toute liberté d’action, le poète ne doit pas chercher à se faire admirer » HEGEL. Esthétique. III

La seule spécificité de la musique est qu’elle se déploie dans le temps, elle représente en ce sens davantage la vie de l’âme :

« le temps du son est en même temps celui du sujet, le son pénètre déjà le Soi en vertu de ce fondement, s’empare de lui dans son existence la plus simple, et, par le mouvement temporel et son rythme, met le Je en mouvement » (Hegel, Esth., t. III, p. 143).

Le musicien, pour sa part,

« ne fait assurément pas […] abstraction de tout contenu, mais trouve celui-ci en un texte qu’il met en musique, ou, avec déjà plus d’indépendance, fait revêtir à une disposition d’esprit quelconque la forme d’un thème musical, auquel il donne ensuite une plus ample configuration ; mais la région véritable de ses compositions reste l’intériorité sur son versant formel, la pure résonance des sons, et son immersion dans le contenu, au lieu d’une image extérieure, devient bien plutôt une retraite dans sa propre liberté intérieure, une libre déambulation en soi-même, et même dans maint domaine musical, une manière de s’assurer que, comme artiste, il est bien libre à l’égard du contenu »

Enfin, on peut dire que le plaisir de la musique consiste dans l’émotion provoquée par le rythme de l’œuvre, mais aussi par le contenu objectif et subjectif qui accompagne la réconciliation de l’âme avec elle-même. C’est le sentiment de liberté qui est éprouvé dans l’audition musicale que constitue « une libre conciliation universelle avec soi-même ». Hegel va plus loin que Kant, la musique n’est pas seulement une sensation pure mais acquiert une veritable dimension spirituelle. La structure temporelle de la musique, le rythme comme forme libre est le support d’une expérience esthétique par laquelle s’éprouve la liberté des sujets percevant.

« un morceau de musique est libre […] de vagabonder arbitrairement à partir de chaque point en des digressions plus ou moins longues, de balancer de côté et d’autre, de s’arrêter capricieusement, de faire surgir tel ou tel élément et de le laisser s’évanouir dans le flot continu des sons »

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