C’est certainement cette citation de Schopenhauer (1788-1860) qui inspire les élèves apprentis philosophes un soir de première à l’Opéra d’Avignon.

Point d’orgue au travail de réflexion mené d’une façon intéressée sur les rapports entre musique et philosophie, le concert montre que la musique reste un objet tout à fait particulier, puisque c’est un art qui donne beaucoup à penser, mais beaucoup à ressentir aussi, tout en n’utilisant pas le langage et encore moins le concept. Nous voilà donc transportés à la fin du baroque (Haydn), à l’époque romantique (Brahms) puis moderne (Dvorak), sans pouvoir cerner quelque concept proprement philosophique. On comprend que l’on puisse mettre la musique au-dessus du langage ordinaire, et même au rang de la métaphysique comme l’affirme par exemple Schopenhauer.

La thèse générale de la pensée de cet auteur qui influencera Nietzsche, est que le monde est VOLONTÉ et se dégrade en REPRÉSENTATION. Or la musique, bien plus que tout autre forme d’art, est capable d’exprimer ce qui EST véritablement, elle est l’expression la plus proche de la volonté. L’architecture musicale épouse en quelque sorte le monde de la matière, imperceptible dans la note la plus basse, elle correspond aux degrés de l’être comme par exemple les voix moyennes pour le monde animal et végétal, les voix les plus aiguës pour la volonté consciente de soi de l’homme… Si la musique est placée au sommet de la hiérarchie des arts par Schopenhauer, c’est qu’elle est l’expression métaphysique la plus immédiate, au dessus même du langage, du concept, du discours raisonné. La musique n’a plus comme chez Hegel, cette place intermédiaire qui devrait être dépassé par la vérité philosophique. La musique est plus expressive que le langage, comme si elle pouvait se passer de ses exécutants, et peut-être des spectateurs ? Cependant, cela n’a pas de sens de parler de musique sans l’homme qui l’exécute (« Le musicien nous révèle l’âme du monde« ), pas davantage peut on parler de musique sans l’homme qui l’écoute (par delà sa particularité) : la musique est toujours un art pour autrui, proprement humain, d’où l’insistance sur les phénomènes vocaux :

« La mélodie, la voix chantante représente le jeu de la volonté raisonnable […] Elle nous dit son histoire la plus secrète, elle peint chaque mouvement, chaque élan, chaque action de la volonté, tout ce qui est enveloppé par la raison sous ce concept négatif si vaste qu’on nomme le sentiment, tout ce qui refuse d’être intégré  sous les abstractions de l’idée. » Le monde comme volonté et comme représentation.

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