« Mais ce qu’à nos enfants il faut laisser en héritage, ce n’est point de l’or, c’est un sens profond du respect. Or, nous nous imaginons qu’en lui tapant sur les doigts nous léguerons cette vertu à la jeunesse, irrespectueuse à l’occasion! C’est un fait pourtant qu’elle ne naît pas chez les jeunes du genre d’admonestation que de nos jours on leur adresse, quand en les admonestant on leur dit que, lorsqu’on est jeune, on doit respecter tout le monde. Ce serait bien plutôt aux hommes plus âgés que le sage législateur recommanderait de respecter la jeunesse et de prendre les plus grandes précautions pour éviter que jamais par la jeunesse ils soient vus ou entendus en train de faire ou de dire quelque chose qui n’est pas respectable : où, en effet, la vieillesse se manque de respect à elle-même, il est fatal que là il y ait, chez les jeunes aussi, la plus grande impudence! Pour les jeunes en effet, et du même coup pour la vieillesse elle-même, l’éducation la meilleure ne consiste pas à faire des remontrances aux autres, mais à faire soi-même, pendant toute sa vie, ouvertement, ce qui serait l’objet précis de remontrances qu’on adresserait à autrui. »

PLATON, Les lois, V, 729b, trad. L. Robin , Pléiade, II, p.779-780

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