http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/medias/nmedia/18/36/09/42/18452272.jpg Le lundi 26 janvier 2009, la classe de terminale S1 du lycée René Char a pu assister à la projection du film Le petit Lieutenant de Xavier Beauvois, dans le cadre de l’association Lycéens au Cinéma. Voici mes impressions concernant ce film.

Le petit lieutenant, est un film particulier qui, même si on ne l’apprécie pas aux premiers abords, marque les esprits. En effet, il aborde le thème de la police d’une manière spéciale et originale, en le mêlant à celui de l’alcoolisme du racisme ou encore celui de la solitude. De plus, les deux personnages principaux : Caroline Vaudieu et Antoine Derouère, le petit lieutenant, sont des héros différents de ceux attendus dans un film de ce genre. On peut également noter que l’atmosphère dégagée par ce film est particulière : le début de l’histoire se passe dans l’attente, on pressent que quelque chose de grave va arriver, il s’agit en effet de la mort d’Antoine qui intervient assez tôt dans le film. Cette attente est amplifiée par l’absence de musique. Après la mort du Petit Lieutenant, on éprouve de l’empathie pour le personnage de Caroline, qui cherche malgré son statut à venger sa jeune recrue.

On peut alors se demander si ce film peut-être considéré comme un anti-polar. Pour répondre à cette question nous étudierons d’abord la vision donnée de la police à travers les personnages du film, puis nous décrirons les éléments qui peuvent faire penser à une docu-fiction.

Dans un premier temps, nous allons évoquer les deux personnages principaux : le héros Antoine, surnommé le petit lieutenant, et sa supérieure : Caroline Deroudière. On remarque que tout au long du film, un parallélisme peut être noté entre les péripéties de nos deux héros. Par exemple, on peut remarquer, que ces deux personnages sont victimes de leur solitude. Antoine, récemment diplômé de l’Académie de police, choisit de quitter la Normandie pour intégrer la police judiciaire à Paris. Son choix, fait au dernier moment, sans l’accord de sa femme, l’en éloigne considérablement, puisque celle-ci ne veut pas le rejoindre à Paris. Pour sa part, Caroline a perdu son fils, lorsque celui-ci avait l’age de sept ans et s’est ensuite séparée de son mari avant de plonger dans l’alcool. Une boisson dont elle a su se séparer grâce à de nombreux efforts.

Lorsque Antoine arrive à Paris, il est enthousiaste, prêt à relever tous les défis, et à s’occuper des pires crimes, or on ne lui confit au début que les tâches les plus simples telles que répondre au téléphone. Il y a un fort contraste entre lui et ses coéquipiers, qui sont lassés par leur travail. On pourrait penser qu’il a « l’uniforme dans la tête » ou encore bien qu’il est courageux et idéaliste. Pour ma part, je pense qu’il s’agit d’un mélange des deux : il semble passionné par son métier mais en même temps, on peut se demander si ce goût pour cette occupation n’est pas seulement due au fait qu’elle soit inédite pour lui. Au contraire, Caroline connaît bien son métier. Elle exprime d’ailleurs les stéréotypes de la femme flic : elle est autoritaire, et diplomate, moins violente qu’un homme mais aussi efficace. En effet, au lieu d’utiliser la violence pour arriver à ses fins, elle pose de nombreuses questions aux suspects ou aux témoins de manière à obtenir des informations notamment aux moments où elle interroge le SDF. De plus, elle sait se faire respecter de ses partenaires même dans un milieu dominé par les hommes, en sachant rester en retrait, comme par exemple dans la scène ou toute la brigade se rend au bar. Elle est intelligente et dynamique comme elle nous l’a montré lors de l’arrestation du premier russe, dans la station de métro. Par contre, le personnage de Caroline diffère de ses stéréotypes de femmes flics à cause du fait qu’elle n’ait pas d’enfant, et que ce soit une personne qui se sente très seule. De plus, on n’a pas l’habitude de voir des femmes alcooliques ou anciennes alcooliques jouer ce rôle.

Caroline a beaucoup souffert à cause de la mort de son fils, mais c’est elle qui s’est ensuite éloigné de son mari. Antoine, a choisit de partir loin de sa femme, et se fait tuer car il n’a pas voulu arrêter ses investigations quand son collègue lui proposait. On peut alors se demander, si les personnages sont responsable de ce qui leur arrive. Pour ma part, je pense qu’Antoine est victime de son ambition, de son caractère aventureux, et de sa témérité mais d’un autre coté, on ne peut lui reprocher de s’être investi dans son travail. D’autre part Caroline, s’attache au petit lieutenant et souffre beaucoup lors de sa mort qui paradoxalement la rapproche de son mari, mais la fait également retomber dans l’alcool. Se demander si les personnages sont responsable de ce qui leur arrive est une question difficile qui reviendrait à se demander si nous sommes aussi responsable de nos actes, si nous sommes toujours conscients de ce que nous faisons ou alors, si nous nous laissons parfois guider par des forces qui nous dépassent.

Maintenant que nous avons étudié les figures mises en relation être les personnages de Caroline et d’Antoine, nous pouvons nous demander en quoi ce film peut faire penser à un docu-fiction.

Premièrement, le réalisateur, Xavier Beauvois a passé plusieurs mois en compagnie d’un capitaine de police de la division criminelle, ce qui lui a permis d’accéder à certaines parties confidentielles d’un dossier et d’assister à plusieurs autopsies. On peut dire qu’il a acquis de nombreuses connaissances sur la police en général, aussi bien sur son fonctionnement que sur l’attitude des personnes qui exercent ce métier. Ainsi, il nous montre des scènes que l’on ne voit pas dans d’autres films policiers comme par exemple la première scène qui nous décrit l’affectation des membres de la police selon les secteurs choisis ou encore la Cérémonie de l’Académie ou tous défilent en uniforme. Une autre scène, est souvent absente des films (sauf peut-être des films d’épouvante). Il s’agit de la séquence de dissection, qui est d’habitude résumée brièvement dans d’autres films afin d’éviter au spectateur une vue qui pourrait susciter l’effroi. Dans Le Petit Lieutenant, cette scène arrive à paralyser beaucoup d’entre nous, car elle est filmée de telle façon que l’on ne nous montre pas tout, on nous suggère juste ce qu’il se passe. Et c’est notre imagination qui nous fait penser à quelque chose d’horrible et d’effrayant, qui nous fait ressentir différentes impressions en fonction de notre émotivité. La scène du baptême est également étrange, et inquiétante. Une impression qui est d’autant vraisemblable que cette scène est assez longue alors qu’elle a, a priori peu d’intérêt pour l’enquête. On peut également observer d’autres scènes atypiques, telle celle de la traduction des bandes téléphoniques par un interprète russe. D’ailleurs, le réalisateur va jusqu’à utiliser de véritables SDF pour jouer certains roles, ce qui confirme son parti pris de montrer au spectateur une vérité authentique, qui pourrait être celle de postes de police réels et actuels.

Il rajoute toutefois des détails qui sont souvent caché au grand public, comme par exemple le problème de la drogue qu’il met en scène avec humour, lorsque Caroline en offre à Antoine et qu’un inconnu les aborde pour leur dire de se méfier, que c’est une rue pleine de flics, ou encore le problème de l’alcool, qui un motif essentiel du film. Cette insistance sur ce sujet, permet de réaliser que les policiers ne sont pas des personnes irréprochables, que beaucoup d’entre eux sont attirés par la boisson, il ne faut bien évidemment pas généraliser, ce n’est pas le cas de tous. Cela me fait penser à l’insistance à propos du café. Pourquoi tient-il tant à faire croire qu’il a bu un café, alors que ce n’est qu’un détail infime, à coté de l’erreur qu’il a commise. En fait, il semblerait que malgré sa faute professionnelle, ce personnage veuille conserver sa dignité ainsi que sa fierté. D’autre part, un motif important de ce film, tend à être oublié dans d’autres films du même genre : il s’agit de la violence de la rue. En effet, cet aspect peut être observé à plusieurs moments du film comme par exemple lorsqu’un homme ivre est ramené au commissariat par des policiers qui le forcent à souffler dans l’éthylotest. Le racisme est également évoqué dans ce film. Tout d’abord avec le personnage de Solo, un marocain qui a su se faire un nom dans la police même si, peu de gens le soutenaient, et également dans la manière péjorative dont les policiers parlent des étrangers. Et puis, une chose importante et exceptionnelle au cinéma, le réalisateur arrive à représenter la routine du commissariat, c’est peut-être pourquoi le film peut paraître ennuyant pour certains, mais cela, montre encore une fois la volonté de Xavier Beauvois de rester le plus proche possible de la réalité ce qui peut faire du Petit Lieutenant un véritable documentaire.

De plus, toutes les avancées du film sont des accidents. En effet, comme je l’ai dit précédemment, le début du film nous laisse dans l’attente : Antoine découvre la police et son fonctionnement, mais il n’y a pas de véritable avancée. La première a lieu lorsque le cadavre est découvert dans le lac, et qu’Antoine est convié pour la première fois à une action excitante. La découverte d’une autre victime, est un autre accident qui fait avancer l’enquête tout comme, la rencontre entre Antoine et Pavel qui est la cause de sa mort. Cette rencontre prématurée, puisqu’elle n’a lieu qu’au milieu du film accélère les évènements, puisque Caroline voudra alors se venger, ce qu’elle parviendra à faire à la fin du film. Ce film nous invite également à nous interroger sur plusieurs notions. C’est par exemple le cas, lorsque les hommes parlent du statut du prisonnier. Peut-il ou non recevoir des femmes dans sa cellule ? On peut également se demander en quoi le crime est une jouissance pour le coupable. Je pense, pour ma part, que les criminels sont des personnes qui veulent se venger de certaines choses qu’ils leur sont arrivés dans la vie. Le crime serrait pour eux, une manière d’assouvir une vengeance, mais bien sur on peut aussi se dire que c’est leur inconscient qui guide leurs actes, et qu’ils ne seraient donc pas responsables.

Pour conclure nous pouvons donc dire que ce film, bien qu’il réponde à de nombreux stéréotypes qui pourraient faire de lui un polar, correspondrait plutôt à un anti-polar car il mêle ingénieusement le documentaire à la fiction. De plus, ce film présente plusieurs thèmes comme ceux de la violence, du racisme, de l’alcool et les associe avec des personnages qui peuvent tout d’abord apparaître comme des stéréotypes mais qui se révèlent finalement être des personnages uniques avec une histoire propre à eux même. D’autre part, la mort précipitée du héros, confirme le fait que ce film soit un anti-polar. En un sens, ce film me fait un peu penser au film Elephant de Gus Van Sant, car l’atmosphère y est similaire. En effet, dans Elephant, c’est la routine d’un lycée qui est mise en avant, de plus, la seule avancée du film est également un accident puisqu’il s’agit de l’attaque du lycée par deux jeunes adolescents qui sous la pression de la société, se transforment en tueurs.


2 commentaires pour “Le Petit Lieutenant”

  1.  florencebegel dit :

    Ce travail, réalisé par Amandine C. élève de Terminale S1 attend vos commentaires !

  2.  Koukounille dit :

    Ton truc est vraiment Ma-Gni-Fique.

    Merci!