A lire : Vercors, Les animaux dénaturés
Sous forme de roman, l’écrivain VERCORS imagine qu’une équipe de savants découvre, en Nouvelle Guinée le fameux « chaînon manquant » de l’évolution des espèces. Mais les cranes qu’ils deterrent, loin d’être des fossiles, sont des spécimens de quadrumanes, singes ou hommes fabriquant des outils très rudimentaires, enterrant leurs morts…
L’homme de science s’interroge, l’homme d’église prie dans l’effroi et l’homme d’affaire voit une main d’œuvre bon marché capable de satisfaire son pragmatisme… Sous la satire, l’interrogation anthropologique survient : sommes nous singes, personnes humaines ou animaux dénaturés ?
« A l’origine des hommes et des singes on le sait désormais de façon à peu près sûre, il y a une souche unique. Celle-ci a « buissonné » (c’est l’expression technique), c’est-à-dire qu’elle a subi, selon les contraintes diverses des conditions environnantes, des formes variées d’évolution, qui ont donné naissance à des rameaux divergents. Au bout de ces rameaux se trouvent actuellement, d’une part toutes les familles de singes, d’autre part toutes les races des hommes. Ainsi l’homme ne descend pas du singe, mais le singe et l’homme descendent chacun de son côté, de la même souche originelle. »
(…) » Encore singe ou déjà homme, qu’est-ce que cela veut dire précisément ? Que ce n’était qu’un singe, ou que c’était un homme ?
– (…) « les grecs ont longtemps disputés de la grave question de savoir à partir de quel nombre exact de cailloux on pouvait parler d’un tas : était-ce deux, trois, quatre, cinq ou davantage ? Votre question n’a plus de sens. Toute classification est arbitraire. La nature ne classifie pas. C’est nous qui classifions, parce que c’est commode. Nous classifions d’après des données arbitrairement admises, elles aussi. »
id.
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