Nambikwara

Georges CHARBONNIER — Quelle distinction y a-t-il lieu d’établir entre nature et culture ?

Claude LEVI-STRAUSS — C’est la distinction fondamentale pour l’ethnologie et souvent un peu embarrassante chez nous, parce que le terme de culture, qui est d’importation anglaise, n’a pas exactement le même sens traditionnel, en français, que celui que les fondateurs des sciences anthropologiques lui ont donné. La nature, c’est tout ce qui est en nous par hérédité biologique ; la culture, c’est au contraire, tout ce que nous tenons de la tradition externe et, pour reprendre la définition classique de Tylor — je cite de mémoire et inexactement sans doute — enfin, la culture ou civilisation, c’est l’ensemble des coutumes, des croyances, des institutions telles que l’art, le droit, la religion, les techniques de la vie matérielle, en un mot, toutes les habitudes ou aptitudes apprises par l’homme en tant que membre d’une société. Il y a donc là deux grands ordres de faits, l’un grâce auquel nous tenons à l’animalité par tout ce que nous sommes, du fait même de notre naissance et des caractéristiques que nous ont léguées nos parents et nos ancêtres, lesquelles relèvent de la biologie, de la psychologie quelquefois ; et d’autre part, tout cet univers artificiel qui est celui dans lequel nous vivons en tant que membres d’une société. L’ethnologie ou, au sens large, l’anthropologie, essaie de faire, dans l’ordre de la culture, la même oeuvre de description, d’observation, de classification et d’interprétation, que le zoologiste ou le botaniste le fait dans l’ordre de la nature. C’est dans ce sens, d’ailleurs qu’on peut dire que l’ethnologie est une science naturelle ou qu’elle aspire se constituer à l’exemple des sciences naturelles.

Georges CHARBONNIER
Entretien avec LEVI-STRAUSS
éd. UGE, coll. 10/18, pp. 180-182

QUESTIONS sur le texte en bleu (type bac):

1- Idée générale :

La distinction entre nature et culture, relativement à l’hérédité (biologie) et l’héritage ( acquis ).

2 et 3. Qu’est-ce qui caractérise dans le texte, nature et culture ?

2- Nature

Hérédité biologique

Animalité qui provient de notre naissance (biologie), et caractéristiques léguées (psychologie)

3- Culture

Tradition externe

Civilisation

Coutumes / croyances / institutions ( art, droit, religion, techniques = habitudes ou aptitudes apprises)

Société

Univers artificiel

4. Comment envisager le passage de la nature à la culture ?

La difficulté c’est que nous avons « deux grands ordres de faits » et que la frontière entre nature et culture n ‘est pas nette chez l’homme. L’homme à l’état de nature n’existe pas si cela signifie qu’il est réduit à son animalité. Comme le dit Levi-Strauss il est déjà membre d’un groupe familial ou social par l‘éducation qu’il reçoit dès sa naissance, il appartient à l’ordre culturel.

5. Expliquez : « nous tenons à l’animalité », « cet univers artificiel ».

– « Nous tenons a l’animalité » , il s’agit de la nature humaine au sens biologique : l’homme appartient a l’espèce animale , il a des ancêtres communs avec certains animaux connus aujourd’hui comme l’enseigne Charles Darwin. L’animalité signifie également certains traits de caractères, certaines passions qui n’ont pas été corrigés par la discipline et l’éducation.

– « Cet univers artificiel », il s’agit de ce qui relève de la culture et forme pour ainsi dire un monde, un univers proprement humain. L’artificiel c’est ce qui est fabriqué, ce qui est secondaire, ce qui apparait. Il ne vient pas s’ajouter à la nature au sens d’essence de l’homme, mais constitue paradoxalement la véritable nature humaine.


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