nouvelles-aventures1

Penser est une aventure. Nul ne peut dire où il débarquera -, ou bien ce n’est plus penser (…). La condition préalable de n’importe quelle idée, en n’importe qui, c’est un doute radical (…). Non pas seulement à l’égard de ce qui est douteux, car c’est trop facile, mais, à l’égard de ce qui ressemble le plus au vrai , car, même le vrai, la pensée le doit défaire et refaire. Si vous voulez savoir, vous devez commencer par ne plus croire, entendez ne plus donner aux coutumes le visa de l’esprit. Une pensée c’est un doute, mais à l’égard de la coutume, il y a plus que doute, car, quelque force qu’ait la coutume, et même si le penseur s’y conforme, la coutume ne sera jamais preuve.

ALAIN

QUESTIONS:

1 – Dégagez l’idée principale du texte en précisant la structure de son argumentation.

2 – Expliquez:

– « même le vrai, la pensée le doit défaire et refaire. »

– « la coutume ne sera jamais preuve. « 

3 – Dans une discussion progressive et argumentée, vous vous demanderez si la croyance s’oppose toujours à la pensée.



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Ébauche de corrigé

La technique s’oppose-t-elle à la nature ?

Introduction :

La technique (technè) est un savoir faire, une production ou fabrication proprement humaine qui se distingue de la nature (phusis) ou qui s’ajoute à celle-ci comme l’artificiel s’ajoute à ce qui se produit naturellement. La technique est produite selon des règles, elle a une finalité particulière dans ses différentes manifestations (objets d’art ou d’artisanat, industriels, robotique, et jusqu’à l’informatique aujourd’hui). On nous interroge ici sur le lien particulier qu’elle entretient avec la nature, un lien d’opposition qui pose problème dans la mesure où la technique est produite par l’homme qui appartient, en tant que vivant à la nature et porte la responsabilité de sa transformation. On peut donc se demander si l’opposition entre technique et nature est fondée et s’interroger sur l’ambivalence de l’indéniable progrès technique face à un environnement de plus en plus maîtrisé.

Plan possible :

  1. L’opposition technique et nature : Les homme humanisent la nature, transforment l’environnement en monde humain.

    a) Par le travail, les hommes se distinguent des autres vivants. La production humaine n’est pas le prolongement de l’instinct mais c’est une activité qui devient propre à l’homme par le développement technique. La production humaine transforme le milieu pour le façonner et le mettre au service des besoins vitaux. L’homme appartient à la nature, il n’est pas dit Spinoza « un empire dans un empire », il doit subvenir à ses besoins naturels.

    b) Par l’histoire, l’homme est capable de construire son avenir en s’appuyant sur les acquis du passé? ll constitue un progrès en dehors de l’évolution et de l’immédiateté de sa présence au monde. Or, la technique est une forme de la culture qui se transmet, s’enseigne d’un groupe à l’autre comme un véritable apprentissage cumulatif (quantité et qualité).

    c) La réflexion et la volonté, l’imagination et la créativité permettent d’opposer l’activité instinctive des animaux à la fabrication de l’artificiel proprement humaine. C’est ce que Rousseau nomme la « perfectibilité », la faculté de se perfectionner. Toutefois, elle n’est pas toujours pour le meilleur, ni pour la nature, ni pour l’homme qui en use.

  2. L’ambivalence du progrès technique

    a) Le mythe de Prométhée raconté par Platon dans le dialogue Protagoras montre que le vol du feu aux dieux de l’olympe est une nécessité pour l’homme nu, qui, contrairement aux autres animaux n’a pas reçu de don particulier et risque de disparaître en raison de sa fragilité. Ce feu symbolise l’entrée mythique et paradoxale dans le progrès : il va en effet donner l’impulsion au développement technique (agriculture, armes, outils) et en même temps il garantit un équilibre naturel pour la survie de toutes les espèces.

    b) La technique est liée aux besoins naturels, ce sont eux qui la suscitent. Rousseau remarque que le besoin rend les hommes actifs et inventifs et les ethnologues comme Claude Lévi-Strauss souligne le fait qu’il n’y a pas de société sans technique. C’est un fait humain universel qui répond aux besoins de la vie et de la survie.

    c) Le progrès technique peut développer des effets négatifs pour la nature mais l’homme a la capacité de lui assigner des fins. La question est de savoir si la technique est un moyen pour maitriser la nature (comme l’affirme Descartes pour s’en rendre « comme maître et possesseur ») et si les hommes ont les capacités d’en contrôler les effets par leur intelligence et leur volonté.

Conclusion :

La technique a un rôle vital pour l’homme, c’est-à-dire pour un être vivant appartenant à la nature.  Il ne s’agit pas de dénoncer les méfaits du progrès et « de marcher à quatre pattes » comme le disait ironiquement Voltaire à Rousseau qui se faisait défenseur de la nature. Le développement des sciences a permis d’augmenter la puissance de la technique et en ce sens le pouvoir est inséparable du savoir.  Mais la technique n’a pas qu’une fonction économique, elle est essentielle pour établir une société. Toutefois, il faut souligner le danger de rendre la technique autonome : elle requiert elle même une soumission à l’éthique et au politique pour ne pas s’opposer de manière violente et destructrice à la nature.



En parlant de désir, nous ne pensions pas plus au plaisir et à ses fêtes. Certainement le plaisir est agréable, certainement nous y tendons de toutes nos forces. Mais, sous la forme la plus aimable ou la plus indispensable, il vient plutôt interrompre le processus du désir comme constitution d’un champ d’immanence. Rien de plus significatif que l’idée d’un plaisir-décharge ; le plaisir obtenu, on aurait au moins un peu de tranquillité avant que le désir renaisse : il y a beaucoup de haine, ou de peur à l’égard du désir, dans le culte du plaisir. Le plaisir est l’assignation de l’affect, l’affection d’une personne ou d’un sujet, il est le seul moyen pour une personne de « s’y retrouver » dans le processus de désir qui la déborde. Les plaisirs, même les plus artificiels, ou les plus vertigineux, ne peuvent être que de re-territorialisation. Si le désir n’a pas le plaisir pour norme, ce n’est pas au nom d’un Manque intérieur qui serait impossible à combler, mais au contraire en vertu de sa positivité, c’est-à-dire du plan de consistance qu’il trace au cours de son procès. C’est la même erreur qui rapporte le désir à la Loi du manque et à la Norme du plaisir. C’est quand on continue de rapporter le désir au plaisir, à un plaisir à obtenir, qu’on s’aperçoit du même coup qu’il manque essentiellement de quelque chose. Au point que, pour rompre ces alliances toutes faites entre désir-plaisir-manque, nous sommes forcés de passer par de bizarres artifices, avec beaucoup d’ambiguïté. Exemple, l’amour courtois, qui est un agencement de désir lié à la fin de la féodalité. Dater un agencement, ce n’est pas faire de l’histoire, c’est lui donner ses coordonnées d’expression et de contenu, noms propres, infinitifs-devenirs, articles, heccéités. (Ou bien c’est cela, faire de l’histoire ?) Or il est bien connu que l’amour courtois implique des épreuves qui repoussent le plaisir, ou du moins repoussent la terminaison du coït. Ce n’est certes pas une manière de privation. C’est la constitution d’un champ d’immanence, où le désir construit son propre plan, et ne manque de rien, pas plus qu’il ne se laisse interrompre par une décharge qui témoignerait de ce qu’il est trop lourd pour lui-même. L’amour courtois a deux ennemis, qui se confondent : la transcendance religieuse du manque, l’interruption hédoniste qu’introduit le plaisir comme décharge. C’est le processus immanent du désir qui se remplit de lui-même, c’est le continuum des intensités, la conjugaison des flux, qui remplacent et l’instance-loi, et l’interruption-plaisir. Le processus du désir est nommé « joie », non pas manque ou demande. Tout est permis, sauf ce qui viendrait rompre le processus complet du désir, l’agencement. Qu’on ne dise pas que c’est de la Nature : il faut au contraire beaucoup d’artifices pour conjurer le manque intérieur, le transcendant supérieur, l’extérieur apparent. Ascèse, pourquoi pas ? L’ascèse a toujours été la condition du désir, et non sa discipline ou son interdiction. Vous trouverez toujours une ascèse si vous pensez au désir. Or il a fallu « historiquement » qu’un tel champ d’immanence soit possible à tel moment, à tel endroit. L’amour proprement chevaleresque n’avait été possible que lorsque deux flux s’étaient conjugués, flux guerrier et érotique, au sens où la vaillance donnait droit à l’amour. Mais l’amour courtois exigeait un nouveau seuil où la vaillance devenait elle-même intérieure à l’amour, et où l’amour incluait l’épreuve.

Deleuze et Parnet, Dialogues, Flammarion, Champs, pp.119-120


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A lire : Vercors, Les animaux dénaturés

Sous forme de roman, l’écrivain VERCORS imagine qu’une équipe de savants découvre, en Nouvelle Guinée le fameux « chaînon manquant » de l’évolution des espèces. Mais les cranes qu’ils deterrent, loin d’être des fossiles, sont des spécimens de quadrumanes, singes ou hommes fabriquant des outils très rudimentaires, enterrant leurs morts…

L’homme de science s’interroge, l’homme d’église prie dans l’effroi et l’homme d’affaire voit une main d’œuvre bon marché capable de satisfaire son pragmatisme… Sous la satire, l’interrogation anthropologique survient : sommes nous singes, personnes humaines ou animaux dénaturés ?

« A l’origine des hommes et des singes on le sait désormais de façon à peu près sûre, il y a une souche unique. Celle-ci a « buissonné » (c’est l’expression technique), c’est-à-dire qu’elle a subi, selon les contraintes diverses des conditions environnantes, des formes variées d’évolution, qui ont donné naissance à des rameaux divergents. Au bout de ces rameaux se trouvent actuellement, d’une part toutes les familles de singes, d’autre part toutes les races des hommes. Ainsi l’homme ne descend pas du singe, mais le singe et l’homme descendent chacun de son côté, de la même souche originelle. »

(…) » Encore singe ou déjà homme, qu’est-ce que cela veut dire précisément ? Que ce n’était qu’un singe, ou que c’était un homme ?

– (…) « les grecs ont longtemps disputés de la grave question de savoir à partir de quel nombre exact de cailloux on pouvait parler d’un tas : était-ce deux, trois, quatre, cinq ou davantage ? Votre question n’a plus de sens. Toute classification est arbitraire. La nature ne classifie pas. C’est nous qui classifions, parce que c’est commode. Nous classifions d’après des données arbitrairement admises, elles aussi. »

id.

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Oskar Kokoschka, 1925, Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de la Ville de Liège, Belgien, © Fondation Oskar Kokoschka / VBK, Wien, 2008

Rappel du sujet :

“On pense que l’esclave est celui qui agit par commandement et l’homme libre celui qui agit selon son bon plaisir. Cela cependant n’est pas absolument vrai, car en réalité être captif de son plaisir et incapable de rien voir ni faire qui nous soit vraiment utile, c’est le pire des esclavages, et la liberté n’est que celle qu’a celui qui de son entier consentement vit sous la seule conduite de la Raison. Quant à l’action par commandement, c’est-à-dire l’obéissance, elle ôte bien en quelque manière la liberté, elle ne fait cependant pas sur-le-champ un esclave, c’est la raison déterminante de l’action qui le fait. Si la fin de l’action n’est pas l’utilité de l’agent lui-même, mais de celui qui la commande, alors l’agent est un esclave, inutile à lui-même ; au contraire, dans un État et sous un commandement pour lesquels la loi suprême est le salut de tout le peuple, non de celui qui commande, celui qui obéit en tout au souverain ne doit pas être dit un esclave, inutile en tout à lui-même, mais un sujet. Ainsi, cet État est le plus libre, dont les lois sont fondées en droite Raison, car dans cet État, chacun, dès qu’il le veut, peut être libre, c’est-à-dire vivre son entier consentement sous la conduite de la Raison.”

Spinoza


Questions
1 – Dégagez l’idée directrice et les articulations du texte.
2 – Expliquez :
a) “être captif de son plaisir […]est le pire des esclavages” ;
b) “vit sous la seule conduite de la Raison”.
c) “esclave”, “sujet”.
3 – Obéir aux lois est-ce être libre ?

Bac blanc de philosophie du lycée René char d’Avignon session 2009.


1/ Dans ce texte, Spinoza dresse la définition de la liberté et de l’esclavage. En effet, pour lui la liberté n’est pas le fait d’agir selon son bon plaisir mais d’agir avec raison et l’esclavage ne consiste pas en la réalisation d’une action sous le commandement d’une personne mais la réalisation d’une action pour le seul profit de la personne qui la ordonnée. L’auteur met en évidence le fait qu’un homme peut-être tout aussi bien esclave de ses désirs que d’une personne qui le commande. Et qu’au contraire, un homme peut rester libre tout en obéissant et en agissant selon des lois fondées sur la Raison. Ainsi, nous pouvons dégager la définition de la liberté, pour l’auteur, qui est le fait d’agir avec raison, même si cela implique d’obéir à certaines personnes ou lois, tant que le fruit de nos actions profite à tout un peuple. De même, la définition de l’esclavage, pour l’auteur, est le fait d’agir avec déraison, c’est-à-dire pour son seul plaisir et ses propres désirs ou d’agir sous la commande d’une personne et que nos actes ne profite qu’à la personne qui en a donné l’ordre.

Le texte peut être séparé en deux parties :

La première, de la ligne 1 à la ligne 8 qui met en évidence le fait que l’homme peut être tout aussi bien esclave d’une personne que de lui-même. En effet, un homme peut être dirigé et agir pour quelqu’un, obéir aux commandements d’une personne qui ne cherche que son propre intérêt et qui pour se faire commande d’autres personnes qui dans ces conditions sont des esclaves. Mais un homme peut aussi être son propre esclave. En effet, lorsque le plaisir prend le dessus sur la raison et qu’un homme n’agit plus selon sa raison mais selon ses envies alors ces actes ne sont utiles que pour son propre intérêt, que leur seul but est de satisfaire les envies et le plaisir d’une personne et n’ont pas d’utilité réelle. Dans ce cas là, l’homme est esclave de ses plaisirs et donc de lui-même.

La deuxième et dernière partie, de la ligne 8 à la fin du texte met en évidence que l’homme libre est l’homme de raison. En effet, même si au premier abord obéir à des lois ou à des personnes semble ôter la liberté, cela n’est point si les lois sont fondées sur la Raison et les actes réalisés pour le bien de tous. De plus, un homme est libre lorsqu’il peut vivre comme il le souhaite mais toujours comme guide la raison, car c’est elle qui sait lorsqu’il est nécessaire, se plier aux lois pour le bien et l’intérêt de tous.

2/a) Dans le sens commun un captif est une personne qui ne peut plus partir d’un endroit (un prisonnier), le plaisir est relatif aux envies, aux sentiments et n’est donc pas quelque chose de raisonné, et l’esclavage est la perte de la liberté par la réalisation d’actes qui ne sont pas de notre’ propre volonté et ne nous sont pas utiles. Dans cette phrase, l’auteur veut mettre en évidence le fait qu’un homme est prisonnier de ses envies, lorsqu’il ne peut plus s’empêcher d’agir dans le but de satisfaire son plaisir, il n’est plus libre de ses actes et devient esclave de ses envies, de son plaisir, de lui-même. Nous pouvons prendre l’exemple d’un toxicomane qui est prisonnier de son addiction à la drogue et qui n’agit que dans le seul but de s’en procurer pour satisfaire son manque, il est donc esclave de sa dépendance à la drogue qui lui procure du plaisir.

b) Dans le sens commun la conduite est le comportement et la raison tout ce qui est réfléchi et prouvé : ce qui est vrai. Dans le contexte, le sens de conduite est la direction, le guide. Ainsi, dans cette phrase l’auteur cherche à mettre en évidence le fait que pour vivre libre, la seule chose qui doit guider un homme est la Raison. C’est-à-dire que l’homme doit toujours se référer à des choses prouvées comme vraies, telles que les lois, et agir avec réflexion. Il ne doit pas se laisser guider par ses intérêts, qui lui empêchent de voir la vérité et par conséquent d’être libre.

c) Le sens commun du mot esclave est une personne ayant perdu sa liberté et travaillant pour un maître, un sujet est une personne qui obéit aux lois d’un souverain. Pour l’auteur, un esclave est quelqu’un qui n’est libre de ses actes car il est obligé de réaliser quelque chose dont l’utilité n’est que pour celui qui en donne l’ordre ou bien quelqu’un dont les actes sont dictés par la recherche su plaisir et qui de se fait n’agit que dans son propre intérêt et n’est plus libre de ses actes. Alors qu’un sujet pour l’auteur est une personne qui vit comme elle le souhaite mais qui est toujours guidée par la raison. De ce fait, elle respecte des lois et agit sous le commandement de quelqu’un et que le fruit de son action sera utile à tout le monde. Un sujet est donc un homme libre guidé par la raison.

3/ Les lois sont le cadre d’une société. Elles permettent ou interdisent certaines actions. De ce fait, on peut considérer qu’elles privent de liberté ceux qui les respectent. Cependant, les lois sont été créées dans le but que tous les membres d’une société se respectent et vivent en bonne intelligence. De plus, notre liberté s’arrête là où commence celle des autres. Et les lois sont faites pour préserver au maximum les libertés de chacun tant qu’elles ne nuisent pas à une autre personne. Donc le problème qui se pose à nous est le suivant : faut-il perdre certaines libertés en respectant les lois pour pouvoir en conserver le plus possible ? Pour répondre à cette interrogation nous développerons deux axes, le premier qui traitera de la liberté en société et le second de l’obéissance aux lois.

La liberté est considérée communément par le fait de pouvoir faire ce que bon nous semble quand nous le décidons. Seulement, comme nous la démontré dans le texte précédant Spinoza, ce n’est pas le cas. La liberté est réellement le fait de pouvoir décider des ses actes, et que ces actes soient guidés par la raison, utiles au plus grand nombre et nuisibles au plus petit.

De ce fait, chaque membre d’une société doit se plier à des lois. Lorsque ces lois sont fondées sur la Raison, elles sont profitables au plus grand nombre et doivent être appliquées même si elles privent certaines personnes d’une petite part de leur liberté. Car la liberté de certains prive d’autres personnes de la leur.

Ainsi, obéir aux lois n’est certes pas être totalement libre mais y contribue. Lorsque l’on vit en société, c’est-à-dire avec d’autres personnes, il faut trouver un équilibre entre la liberté des uns et la liberté des autres, car chaque personne à se propre définition de la liberté. Ainsi, certaines personnes font des choses qui ne plaisent pas à d’autres et vis et versa. Et, le but des lois est de préserver un équilibre entre les gens pour que la liberté de certains ne gène pas celles des autres. Les lois sont donc un gage d’équilibre des libertés entre chaque membre d’une société. Et les respecter ne signifie ni être totalement libre, ni être esclave.

Julia Ferretti, TSTLbio





Peau de feuilles [Pelle di foglie], 2000
330 x 180 x 130 cm; module de Respirer l’ombre: 78 x 117 x 7 cm
Collection Centre Pompidou-Mnam, Paris
Vue de l’installation au Centre Pompidou
Ph. Cnac/Mnam/Dist. RMN; Philippe Migeat, 2000
© ADAGP, Paris 2007

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Correction bac blanc TES : Les hommes sont-ils des êtres à part dans la nature ?

Bien lire et définir les termes du sujet :

Il s’agit des hommes et non de l’individu, ce qui nous invite à nous interroger sur la notion d’espèce confrontée à d’autres êtres vivants. Les hommes, dans leur totalité ont des qualités communes. Ils constituent un genre à part et se distinguent des animaux.

Des êtres à part suppose la particularité, une place spécifique au sein de la nature, voire une place privilégiée (c’est un sous entendu mais cela n’est pas explicite). Un statut distinct n’est pas forcément exceptionnel : attention aux jugements de valeur.

Dans la nature : ne pas réduire ce mot au seul environnement, ce qui reviendrait à une comparaison entre les hommes et les autres vivants. Le mot nature a plusieurs sens. Ici dans la nature nous enjoint à ne pas oublier que l’homme est un être naturel mais aussi un être qui entretient un rapport particulier avec la nature.

S’interroger :

Existe-t-il une nature humaine spécifique ? L’homme est-il distinct par le rapport même qu’il entretient avec la nature, rapport qui selon le vœu de Descartes le rend « comme maître et possesseur de la nature ? »

Problématique :

Être à part dans la nature ne signifie pas forcément que les hommes ont une supériorité ou une place exceptionnelle. « L’homme n’est pas un empire dans un empire » affirmait Spinoza, parce qu’il n’est ni supérieur ni un simple être naturel parmi d’autres. L’homme appartient à la nature mais entretient un rapport spécifique avec elle qui pose problème : D’une part, l’existence de ce que l’on nomme la culture paraît de manière universelle le définir et le distinguer des autres vivants, d’autre part l’hégémonie qu’il s’accorde par le développement de cette même culture (en particulier techno-scientifique) met en cause sa place au sein même de la nature.

Enjeux :

Nature (déterminisme biologique) et culture (éducation, tradition, histoire)

Savoir (science) et pouvoir (technique)

Intérêt anthropologique (question qu’est-ce que l’homme ?)

Les moyens et les fins (place de l’homme, morale, liberté)

La spécificité de l’homme : la culture

  • La condition fondamentale : « l’homme est un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant » Pascal

  • La notion de groupe permet une vie sociale « l’homme est un animal politique » Aristote, cela veut dire qu’il vit dans une communauté (polis = cité) et l’organise la hiérarchise de manière rationnelle.

  • D’autres caractéristiques peuvent définir l’homme en le distinguant des animaux : le langage, le rire, le travail, l’histoire, la technique (cf. les sciences humaines)

L’homme n’est humain que par les modifications qu’il opère sur la nature

  • La nature humaine est « à part » dans la mesure où elle échappe à l’unité d’une définition : elle est négatrice du donné naturel aussi bien pour l’existentialisme que pour l’ethnologue affirmant la diversité des cultures. Ex. de l’enfant sauvage qui est indétermination ; n’ayant pas reçu de culture d’un groupe humain, il n’en est pas pour autant animal.

  • L’homme est déterminé par la nature en ce qui concerne l’hérédité biologique, les besoins, les lois physiques. Mais il élabore et transforme la nature, par exemple le besoin de manger en distinctions (le cru, le cuit, le mangeable et ce qui ne l’est pas, la façon de préparer, de consommer, etc). Son corps n’est jamais accepté de façon initiale (vêtements, bijoux, coiffures, cosmétiques, tatouages et même chirurgie). Les contraintes sont détournées par les techniques (ex. l’aviation défi aux lois de la gravité). L’animal s’adapte à son milieu, l’homme adapte son milieu.

  • Par ses instincts, l’animal est dès sa naissance tout ce qu’il peut être. L’homme est indéterminé, il est capable par sa raison, son imagination, ses désirs… de se définir pour le meilleur comme pour le pire. C’est ce que Rousseau appelle la perfectibilité. En transformant la nature qui n’est alors qu’un moyen, l’homme accède à la liberté en réalisant ses propres fins.

Une place « à part » sans privilège

  • L’homme dépend en un sens de l’environnement et des autres animaux (pour sa survie, pour sa compagnie). Il n’échappe pas aux lois du vivant, (en particulier l’évolution des espèces)

  • Quand on parle de nature il ne s’agit pas de regretter la mère nourricière, paradis caricaturé par Voltaire à propos de l’état de nature de Rousseau et d’arrêter les progrès techniques. L’humanisation universelle est à prendre en compte pour comprendre la place « à part » des hommes sans idéaliser les sociétés dites « primitives ». L’ethnologie montre en effet que ces sociétés ont bien conscience, par les pratiques magiques ou religieuses par exemple, d’occuper une place à part. Le choix des sociétés industrielles n’est qu’un choix parmi d’autres de moyens négateurs du donné naturel. D’autres nous semblent peut être plus conciliant avec le milieu.

  • La place « à part » signifie la coupure entre deux ordres distincts : la nature et les cultures des hommes. Le développement des sciences et des techniques est un choix culturel qui semble aujourd’hui entrainer une exploitation de la nature par l’homme. Mais il prend conscience du fait que sa place non seulement rompt l’équilibre naturel et son rapport à la nature mais mais aussi en danger sa propre survie. Place peu enviable : Les hommes sont les seuls capables de se supprimer.

  • La conscience fait de l’homme une personne, un être singulier capable de dire « je », et un être de dignité, seul sujet de respect : c’est ce que Kant nomme être une fin en soi. A l’inverse, les animaux, dénués de conscience ont le statut de chose, et c’est pourquoi ils sont utilisés comme des moyens, si nous leur devons des égards, nous pouvons aussi les utiliser, les consommer, les échanger ou les vendre. Enfin tout comme les choses, produites par l’action de la nature ou fabriquées par l’homme, les animaux sont déterminés quand l’homme aspire à la liberté.

Conclusion :

On ne peut pas affirmer le caractère exceptionnel de l’être humain par des critères qui le distinguent des autres êtres vivants. L’homme appartient à la nature. Mais il doit être considéré d’une autre manière que ces autres êtres dans la mesure où il connait et maitrise la nature et est le seul à posséder cette faculté réflexive sur ses savoirs et ses pouvoirs : la conscience. Cette faculté particulière permet à l’homme de savoir qu’il connait la nature, de savoir qu’il la maitrise. C’est la caractéristique d’un être conscient qui le met « à part » dans la nature, capable avons nous dit du meilleur comme du pire. A lui de « savoir pour prévoir et prévoir pour pouvoir » comme l’affirmait A. Comte. L’homme peut en effet prendre conscience de la fragilité de la nature, comme de sa propre fragilité au sein de la nature.

Textes à l’appui :

« Je pose en principe un fait peu contestable: que l’homme est l’animal qui n’accepte pas simplement le donné naturel, qui le nie. Il change ainsi le monde extérieur naturel, il en tire des outils et des objets fabriqués qui composent un monde nouveau, le monde humain. L’homme parallèlement se nie lui-même, il s’éduque, il refuse par exemple de donner à la satisfaction de ses besoins animaux ce cours libre, auquel l’animal n’apporte pas de réserve. Il est nécessaire encore d’accorder que les deux négations que, d’une part, l’homme fait du monde donné et, d’autre part, de sa propre animalité, sont liées. Il ne nous appartient pas de donner une priorité à l’une ou à l’autre, de chercher si l’éducation (qui apparaît sous la forme des interdits religieux) est la conséquence du travail, ou le travail la conséquence d’une mutation morale. Mais en tant qu’il y a homme, il y a d’une part travail et de l’autre négation par interdits de l’animalité de l’homme. » Georges Bataille, L’érotisme, 10/18

« On pose la question de savoir si l’homme est par nature moralement bon ou mauvais. Il n’est ni l’un ni l’autre, car l’homme par nature n’est pas du tout un être moral ; il ne devient un être moral que lorsque sa raison s’élève jusqu’aux concepts du devoir et de la loi. On peut cependant dire qu’il contient en lui-même à l’origine des impulsions menant à tous les vices, car il possède des penchants et des instincts qui le poussent d’un côté, bien que la raison le pousse du côté opposé. Il ne peut donc devenir moralement bon que par la vertu, c’est-à-dire en exerçant une contrainte sur lui-même, bien qu’il puisse être innocent s’il est sans passion.
La plupart des vices naissent de ce que l’état de culture fait violence à la nature et cependant notre destination en tant qu’homme est de sortir du pur état de nature où nous ne sommes que des animaux. »
Kant

«
«
Mais, quand les difficultés qui environnent toutes ces questions laisseraient quelque lieu de disputer sur cette différence de l’homme et de l’animal, il y a une autre qualité très spécifique qui les distingue, et sur laquelle il ne peut y avoir de contestation, c’est la faculté de se perfectionner; faculté qui, à l’aide des circonstances, développe successivement toutes les autres, et réside parmi nous tant dans l’espèce que dans l’individu, au lieu qu’un animal est, au bout de quelques mois, ce qu’il sera toute sa vie, et son espèce, au bout de mille ans, ce qu’elle était la première année de ces mille ans. Pourquoi l’homme seul est-il sujet à devenir imbécile? N’est-ce point qu’il retourne ainsi dans son état primitif, et que, tandis que la bête, qui n’a rien acquis et qui n’a rien non plus à perdre, reste toujours avec son instinct, l’homme, reperdant par la vieillesse ou d’autres accidents, tout ce que sa perfectibilité lui avait fait acquérir, retombe ainsi plus bas que la bête même? Il serait triste pour nous d’être forcés de convenir que cette faculté distinctive, et presque illimitée, est la source de tous les malheurs de l’homme; que c’est elle qui le tire, à force de temps, de cette condition originaire, dans laquelle il coulerait des jours tranquilles et innocents; que c’est elle, qui faisant éclore avec les siècles ses lumières et ses erreurs, ses vices et ses vertus, le rend à la longue le tyran de lui-même, et de la Nature. » JJ Rousseau

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Collection Lambert, Douglas Gordon

Correction du bac blanc : sujet LA QUESTION « QUI SUIS-JE ? »

ADMET-ELLE UNE RÉPONSE EXACTE ?

Lire le sujet et définir les mots clefs.

Éviter de répondre, surtout en déclinant son identité, montrer au contraire que toutes les qualités qui me sont attribuées par moi-même ou par autrui, en privé ou en public, ne suffisent pas à me définir, à dire qui je suis. Ne pas confondre la question qui suis je ? avec que suis je ? qui porte sur l’existence du sujet. La question ne se résume pas non plus à la définition de la nature de l’homme, qu’est-ce que je suis en tant qu’ homme, mais quelle personne suis-je, quel sujet s’exprime quand je dis « je suis » ? La question concerne non seulement la conscience de soi, mais aussi la connaissance de soi.

Pourquoi cette question « qui suis je » pose-t-elle problème, non pas en elle-même mais si l’on demande si elle admet une réponse exacte ?

Une réponse exacte (latin exigere = mesurer, achever, mener à terme) signifie

– que l’on peut donner de manière précise, intégrale, sans conteste ; elle s’oppose à l’à peu près, l’approximatif ou le vraisemblable

une réponse juste (sens de la justesse), vraie, qui s’oppose au faux, à l’erreur ou à l’illusion.

On peut opposer sur plusieurs points:

La question qui suis je?…

– Elle amène une réponse subjective, arbitraire ou plusieurs réponses contradictoires, changeantes : « on ne peut pas être à la fois au balcon et se regarder passer dans la rue » dit A. Comte

– Il y a une part en nous qui nous échappe : c’est l‘inconscient psychique (cf textes de Freud, les données lacunaires de la conscience, l’homme n’est pas maître de sa propre maison…)

– C’est une question réflexive, qui renvoie au sujet qui connait, à la connaissance de soi sans objet d’étude autre que soi-même.

– Je ne dis pas qui je suis en donnant une liste d’attributs, des qualités sensibles ou morales (Cf. texte de Pascal « qu’est-ce que le moi ?)

… Une réponse exacte.

– C’est une réponse unique et détaillée

– C’est une réponse sur le modèle de la démonstration mathématique : qui peut être argumentée selon les règles de la logique (cf. modèle de la résolution d’un problème dans les sciences justement appelées « exactes » pour les différencier des sciences humaines).

– Une réponse exacte à une question suppose l‘objectivité, c’est-à-dire ce qui est à étudier doit être selon l’étymologie, placé, jeté (jectum) devant nous (ob), à distance de notre esprit connaissant.

– Le « je » est à la fois sujet et objet de l’étude, et même à considérer que je suis le mieux placé pour savoir qui je suis », il y a confusion.

Le sujet est difficile à connaitre d’une part, et d’autre part on ne peux pas mener l’analyse à son terme car il y a confusion entre le sujet connaissant et l’objet à connaitre dans la question qui suis-je ?

On arrive au problème du sujet :

La question qui suis-je est une question philosophique, ou du domaine des sciences humaines ,elle concerne le sujet. La réflexion que suscite cette question ne peut être menée à bien dans le cadre des sciences exactes, elle n’admet pas UNE réponse exacte dans la mesure où elle est une question réflexive et subjective. Cela ne veut pas dire que cette question ne mérite pas que l’on s’y attarde… Cette question a une valeur malgré l’absence de certitude.

L’enjeu est le domaine de la connaissance (science, vérité) et de l’anthropologie ; il concerne aussi les sciences humaines en général.

Plan possible :

  1. Les difficultés de répondre de manière exacte à la question qui suis – je ?
  • Le problème de l’introspection et de la rétrospection (au présent et dans le temps)
  • Le caractère irréductible de la subjectivité
  • La part d’inconscient en moi
  1. 2.L’intérêt de cette question au delà de l’exactitude.
  • Valeur de la connaissance de soi, fondement des autres connaissances
  • Donner un sens à sa vie et non des réponses (« C’est le problème philosophique vraiment sérieux  » pour Camus)
  • L’engagement moral : l’action, autrui, l’urgence des réponses n’exige pas l’exactitude mais « nous ne pouvons pas rester irrésolus » (Descartes)

Conclusion :

La question « qui suis-je  ? « n’admet pas une, ni même plusieurs réponses qui soient exactes. Les tentatives pour répondre à l’injonction adressée à Socrate par Apollon ‘ »connais toi toi même ») sont illusoires si l’on entend par connaissance de soi une connaissance précise, rationnelle et absolue sur le modèle de la vérité scientifique. Cependant, la subjectivité qui nous définit s’exprime comme action et permet de donner du sens à notre existence et de nous engager dans notre vie personnelle, irréductible à toute détermination exacte. La question est de la plus haute importance malgré l’absence de certitude et de caractère définitif qui ôterait sa valeur au sens de la vie.

Textes pour nourrir la réflexion :

« Puis, examinant avec attention ce que j’étais, et voyant que je pouvais feindre que je n’avais aucun corps et qu’il n’y avait aucun monde ni aucun lieu où je fusse, mais que je ne pouvais pas feindre pour cela que je n’étais point, et qu’au contraire, de cela même que je pensais à douter de la vérité des autres choses, il suivait très évidemment et très certainement que j’étais, au lieu que, si j’eusse seulement cessé de penser, encore que tout le reste de ce que j’avais jamais imaginé eût été vrai, je n’avais aucune raison de croire que j’eusse été, je connus de là que j’étais une substance dont toute l’essence ou la nature n’est que de penser, et qui pour être n’a besoin d’aucun lieu ni ne dépend d’aucune chose matérielle ; en sorte que ce moi, c’est-à-dire l’âme, par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement distincte du corps, et même qu’elle est plus aisée à connaître que lui et qu’encore qu’il ne fût point, elle ne laisserait pas d’être tout ce qu’elle est ».

DESCARTES Discours de la Méthode, IVe partie.

« Qu’est-ce que le moi ?
Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants, si je passe par là, puis-je dire qu’il s’est mis là pour me voir ? Non ; car il ne pense pas à moi en particulier. Mais celui qui aime quelqu’un à cause de sa beauté, l’aime-t-il ? Non; car la petite vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu’il ne l’aimera plus.
Et si on m’aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m’aime-t-on, moi ? Non ; car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même. Où est donc ce moi, s’il n’est ni dans le corps, ni dans l’âme ? Et comment aimer le corps ou l’âme, sinon pour ces qualités qui ne sont point ce qui fait le moi, puisqu’elles sont périssables ? Car aimerait-on la substance de l’âme d’une personne abstraitement, et quelques qualités qui y fussent ? Cela ne se peut, et serait injuste. On n’aime donc jamais personne, mais seulement des qualités.
Qu’on ne se moque donc plus de ceux qui se font honorer pour des charges et des offices, car on n’aime personne que pour des qualités empruntées. »

Pensées, BLAISE PASCAL

« Il y a certains philosophes qui imaginent que nous avons à tout moment la conscience intime de ce que nous appelons notre moi ; que nous sentons son existence et sa continuité d’existence ; et que nous sommes certains, plus que par l’évidence d’une démonstration, de son identité et de sa simplicité parfaites. Pour ma part, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j’appelle moi, je bute toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaud ou de froid, de lumière ou d’ombre, d’amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment sans une perception et je ne peux rien observer que la perception. Quand mes perceptions sont écartées pour un temps, comme par un sommeil tranquille, aussi longtemps, je n’ai plus conscience de moi et on peut dire vraiment que je n’existe pas. Si toutes mes perceptions étaient supprimées par la mort et que je ne puisse ni penser ni sentir, ni voir, ni aimer, ni haïr après la dissolution de mon corps, je serais entièrement annihilé et je ne conçois pas ce qu’il faudrait de plus pour faire de moi un parfait néant. Si quelqu’un pense, après une réflexion sérieuse et impartiale, qu’il a, de lui-même, une connaissance différente, il me faut l’avouer, je ne peux raisonner plus longtemps avec lui ».

DAVID HUME, Traité de la nature humaine, trad. A. Leroy, t. I, Aubier-Montaigne, 1968, pp. 342-344..


« Posséder le Je dans sa représentation : ce pouvoir élève l’homme infiniment au-dessus de tous les autres êtres vivants sur la terre. Par là, il est une personne; et grâce à l’unité de la conscience dans tous les changements qui peuvent lui survenir, il est une seule et même personne, ie, un être entièrement différent, par le rang et la dignité, de choses comme le sont les animaux sans raison, dont on peut disposer à sa guise; et ceci, même lorsqu’il ne peut pas dire Je, car il l’ a dans sa pensée; ainsi toutes les langues, lorsqu’elles parlent à la première personne, doivent penser ce Je, même si elles ne l’expriment pas en un mot particulier. Car cette faculté (de penser) est l’entendement. Il faut remarquer que l’enfant, qui sait déjà parler assez correctement ne commence qu’assez tard (peut-être un an après) à dire Je; avant, il parle de soi à la troisième personne (Charles veut manger, marcher, etc.); et il semble que pour lui une lumière vienne de se lever quand il commence à dire Je; à partir de ce jour, il ne revient jamais à l’autre manière de parler. Auparavant, il ne faisait que se sentir; maintenant, il se pense. »

KANT, Anthropologie du point de vue pragmatique, I, 1.

« Sur quoi repose l’identité de la personne? Non pas sur la matière du corps : celle-ci se renouvelle au bout de quelques années. Non plus sur la forme de ce corps elle change dans son ensemble et dans ses diverses parties, sauf toutefois dans l’expression du regard; c’est au regard qu’après un grand nombre d’années même on peut reconnaître une personne. Preuve que, malgré toutes les modifications que le temps provoque dans l’homme, quelque chose en lui reste immuable, et nous permet ainsi, a après un très long intervalle même, de le reconnaître et le retrouver intact. C’est ce que nous observons également en nous-mêmes nous avons beau vieillir, dans notre for intérieur nous nous sentons toujours le même que nous étions dans notre jeunesse, dans notre enfance même. Cet élément immuable, qui demeure toujours identique à soi sans jamais vieillir, c’est précisément le noyau de notre être qui n’est pas dans le temps. – On admet généralement que l’identité de la personne repose sur celle de la conscience. Si on entend uniquement par cette dernière le souvenir coordonné du cours de notre vie, elle ne suffit pas à expliquer l’autre. Sans doute nous savons un peu plus de notre vie passée que d’un roman lu autrefois; mais ce que nous en savons est pourtant peu de chose. Les événements principaux, les scènes intéressantes se sont gravés dans la mémoire; quant au reste, pour un événement retenu, mille autres sont tombés dans oubli. Plus nous vieillissons, et plus les faits de notre vie passent sans laisser de trace. Un âge très avancé, une maladie, une lésion du cerveau, la folie peuvent nous priver complètement de mémoire. Mais l’identité de la personne ne s’est pas perdue avec cet évanouissement progressif du souvenir. Elle repose sur la volonté identique, et sur le caractère immuable que celle-ci présente. C’est cette même volonté qui confère sa persistance à l’expression du regard. L’homme se trouve dans le coeur, non dans la tête. Sans doute, par suite de nos relations avec le dehors, nous sommes habitués à considérer comme notre moi véritable le sujet de la connaissance, le moi connaissant, qui s’alanguit le soir, s’évanouit dans le sommeil, pour briller le lendemain, avec des forces renouvelées, d’un plus vif éclat. Mais ce moi là n’est qu’une simple fonction du cerveau et non notre moi véritable. Celui-ci, ce noyau de notre être, c’est ce qui est caché derrière l’autre ».

SCHOPENHAUER, Le Monde comme volonté et comme représentation,   P.U.F. p.943-944..

Textes à puiser dans le cours de cette année :

Platon, Descartes, Freud, A. Comte, Bachelard (sur la connaissance), Camus…



Musée de la préhistoire, Quinson

Dans le cadre de l’anniversaire de Charles Darwin (né en 1809 et publication de l’origine des espèces en 1859), travail sur la théorie de l’évolution.

  • Nous recevrons au lycée mardi 7 avril un intervenant :

François MARCHAL, paléoanthropologue
UMR 6578 – Unité d’Anthropologie Bioculturelle
CNRS / Université de la Méditerranée / EFS
Faculté de Médecine – Secteur Nord
Université de la Méditerranée

  • Les élèves de la classe terminale 1 ont travaillé sur des articles de presse publiés en 2008/2009 par des biologistes, philosophes ou anthropologues (Voir bibiliographie-evolutionnisme-1)
  • Chaque élève doit proposer deux questions qui seront sujets de débat mardi 7 avril.

Le compte rendu du travail sur document des élèves se trouve en Pages :

La théorie de l’évolution

Serme B. / Doudet C. l’inquiétante selection naturelle

Cavalli A. / Velez J. Darwin et la morale

Flores G. / Bomier J.  L’échec du créationisme

? Les habits neufs du créationisme et ? avons nous besoin du darwinisme ?

Delaprune E. Dieu contre Darwin et Delozier T. Dieu, Darwin et le prédicateur

Griolet M. Darwinisme : une pensée en évolution

Barnier S. L’évolution est un fait

Gaulhiac S. Le papillon de Darwin

Mouret J. Reviens Darwin,ils sont devenus fous

Ku D. Le créationnisme en France

Les questions sont regroupées en PAGE l’évolution en question.

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On ne commença pas par raisonner, mais par sentir. On prétend que les hommes inventèrent la parole pour exprimer leurs besoins ; cette opinion me paraît insoutenable. L’effet naturel des premiers besoins fut d’écarter les hommes et non de les rapprocher. Il le fallait ainsi pour que l’espèce vînt à s’étendre, et que la terre se peuplât promptement ; sans quoi le genre humain se fût entassé dans un coin du monde, et tout le reste fût demeuré désert.

De cela seul il suit avec évidence que l’origine des langues n’est point due aux premiers besoins des hommes ; il serait absurde que de la cause qui les écarte vînt le moyen qui les unit. D’où peut donc venir cette origine ? Des besoins moraux, des passions. Toutes les passions rapprochent les hommes que la nécessité de chercher à vivre force à se fuir. Ce n’est ni la faim, ni la soif, mais l’amour, la haine, la pitié, la colère, qui leur ont arraché les pre­mières voix. Les fruits ne se dérobent point à nos mains, on peut s’en nourrir sans parler ; on poursuit en silence la proie dont on veut se repaître : mais pour émouvoir un jeune cœur, pour repousser un agresseur injuste, la nature dicte des accens, des cris, des plaintes. Voilà les plus anciens mots inventés, et voilà pourquoi les premières langues furent chantantes et passion­nées avant d’être simples et méthodiques. Tout ceci n’est pas vrai sans distinction, mais j’y reviendrai ci-après.

Jean-Jacques Rousseau, Essai sur l’origine des langues, chap. II



Le vivant

Histoire d’une notion :

Le vitalisme des anciens, Aristote

«L’âme disparue, il n’y a plus d’animal et aucune des parties ne demeure la même, sinon seulement par la configuration extérieure, comme ceux qui, dans la légende, ont été changés en pierres; s’il en est ainsi, il appartiendra au naturaliste de parler de l’âme et d’en avoir la science, et sinon de toute l’âme, du moins de ce qui fait l’animal ce qu’il est; le naturaliste doit connaître ce qu’est l’âme, ou cette partie spéciale de l’âme, et tout ce qui accompagne son essence, d’autant plus que la nature se dit en deux sens: la matière et la substance. C’est cette dernière qui joue le rôle de moteur et de fin. C’est cela qu’est l’âme de l’animal, ou tout entière, ou une partie d’elle-même. Ainsi, il faut, dans l’étude de la nature, insister davantage sur l’âme que sur la matière, dans la mesure précisément selon laquelle c’est par l’âme que la matière est nature, et non l’inverse; en effet, le bois n’est lit et trépied, que parce qu’il est cela en puissance.»

Aristote, Des parties des animaux, 1,1,

La dissociation cartésienne

« Or il n’y a rien que cette nature m’enseigne plus expressément, ni plus sensiblement, sinon que j’ai un corps qui est mal disposé quand je sens de la douleur, qui a besoin de manger ou de boire, quand j’ai les sentiments de la faim ou de la soif, etc. Et partant je ne dois aucunement douter qu’il n’y ait en cela quelque vérité.
La nature m’enseigne aussi par ces sentiments de douleur, de faim, de soif, etc., que je ne suis pas seulement logé dans mon corps, ainsi qu’un pilote en son navire, mais, outre cela, que je lui suis conjoint trés étroitement et tellement confondu et mêlé, que je compose comme un seul tout avec lui. Car, si cela n’était, lorsque mon corps est blessé, je ne sentirais pas pour cela de la douleur, moi qui ne suis qu’une chose qui pense, mais j’apercevrais cette blessure par le seul entendement, comme un pilote aperçoit par la vue si quelque chose se rompt dans son vaisseau ; et lorsque mon corps a besoin de boire ou de manger, je connaîtrais simplement cela même, sans en être averti par des sentiments confus de faim et de solf. Car en effet tous ces sentiments de faim, de soif, de douleur, etc., ne sont autre chose que de certaines façons confuses de penser, qui proviennent et dépendent de l’union et comme du mélange de l’esprit avec le corps.
Outre cela, la nature m’enseigne que plusieurs autres corps existent autour du mien, entre lesquels je dois poursuivre les uns et fuir les autres. » Descartes
Méditations métaphysiques, VI, Garnier T. II, p. 492 – 493

La synthèse de Bergson

« On pourrait dire de la vie comme de la conscience qu’à chaque instant elle crée quelque chose.
Mais contre cette idée de l’originalité et de l’imprévisibilité absolue des formes toute notre intelligence s’insurge. Notre intelligence, telle que l’évolution de la vie l’a modelée, a pour fonction essentielle d’éclairer notre conduite, de préparer notre action sur les choses, de prévoir pour une situation donnée, les évènements favorables ou défavorables qui pourront s’ensuivre. Elle isole donc instinctivement, dans une situation, ce qui ressemble au déjà connu ; elle cherche le même, afin de pouvoir appliquer son principe que « le même produit le même ». En cela consiste la prévision de l’avenir par le sens commun. La science porte cette opération au plus haut degré possible d’exactitude et de précision, mais elle n’en altère pas le caractère essentiel. Comme la connaissance usuelle la science ne retient des choses que l’aspect répétition. Si le tout est original, elle s’arrange pour l’analyser en élément ou en aspects qui soient à peu près la reproduction du passé. Elle ne peut opérer que sur ce qui est censé se répéter, c’est à dire sur ce qui est soustrait, par hypothèse, à l’action de la durée. Ce qu’il y a d’irréductible et d’irréversible dans les moments d’une histoire lui échappe.»
(Bergson, L’évolution créatrice : chapitre 1 : vivant et conscience)


Comprendre le vivant à partir de l’évolution des espèces :

Le débat Lamarck / Darwin

« Plusieurs naturalistes éminents ont récemment exprimé l’opinion qu’il y a, dans chaque genre, une multitude d’espèces ; considérées comme telles, qui ne sont cependant pas de vraies espèces ; tandis qu’il en est d’autres qui sont réelles, c’est-à-dire qui ont été créées d’une manière indépendante. C’est là, il me semble ; une singulière conclusion. Après avoir reconnu une foule de formes, qu’ils considéraient tout récemment encore comme des créations spéciales, qui sont encore considérées comme telles par la grande majorité des naturalistes ; et qui conséquemment ont tous les caractères extérieurs de véritables espèces, ils admettent que ces formes sont le produit d’une série de variations et ils refusent d’étendre cette manière de voir à d’autres formes un peu différentes. Ils ne prétendent cependant pas pouvoir définir, ou même conjecturer, quelles sont les formes qui ont été créées et quelles sont celles qui sont le produit de lois secondaires. Ils admettent la variabilité comme vera causa dans un cas, et ils la rejettent arbitrairement dans un autre, sans établir aucune distinction fixe entre les deux. Le jour viendra où l’on pourra signaler ces faits comme un curieux exemple de l’aveuglement résultant d’une opinion préconçue. Ces savants ne semblent pas plus s’étonner d’un acte miraculeux de création que d’une naissance ordinaire. Mais croient-ils réellement qu’à d’innombrables époques de l’histoire de la terre certains atomes élémentaires ont reçu l’ordre de se constituer soudain en tissus vivants? Admettent-ils qu’à chaque acte supposé de création il se soit produit un individu ou plusieurs? Les espèces infiniment nombreuses de plantes et d’animaux ont-elles été créées à l’état de graines, d’ovules ou de parfait développement? Et, dans le cas des mammifères, ont-elles, lors de leur création, porté les marques mensongères de la nutrition intra-utérine? À ces questions, les partisans de la création de quelques formes vivantes ou d’une seule forme ne sauraient, sans doute, que répondre. […] ». Charles Darwin, « l’origine des espèces »

L’origine des espèces


Espèces d’espèces

http://www.science-television.com/pariscience/popup_video.php?player=a7bb76826558fbee47b11103c0fcd35c&pID=195&video=

Halte au créationnisme

  • Nous allons travailler sur ce thème à partir d’une bibliographie sélectionnée au C.D.I du lycée :

bibiliographie-evolutionnisme-1

Voici les articles à consulter :

  • Nous recevrons au lycée mardi 7 avril un intervenant :
    François MARCHAL, paléoanthropologue
    UMR 6578 – Unité d’Anthropologie Bioculturelle
    CNRS / Université de la Méditerranée / EFS
    Faculté de Médecine – Secteur Nord
    Université de la Méditerranée

Résumé de sa conférence.
Théorie de l’évolution et créationnisme
L’évolution biologique des êtres vivants est une réalité avérée. La théorie de l’évolution est le cadre conceptuel actuel qui explique scientifiquement cette réalité. Divers courants de pensée tentent, depuis Darwin, de nier cette réalité de l’évolution. Certaines de ces tentatives récentes utilisent le subterfuge qui consiste à imiter la démarche scientifique pour rejeter l’explication darwinienne de l’évolution au profit d’une conception créationniste. Qu’est ce qui caractérise la démarche scientifique ? Pourquoi la théorie darwinienne de l’évolution est bel et bien une théorie scientifique ? Pourquoi les alternatives créationnistes ne le sont pas ? Ce  sera l’objectif de cet exposé que d’apporter quelques éléments de réponses à  ces questions.

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