A qui la palme ?

Merleau-Ponty

Le Cinéma et la Nouvelle Psychologie
(1945)

in Sens et Non-sens, Gallimard, 1996

Ce texte est tiré d’une conférence de 1945 qui traite de la perception que nous avons d’un film et de son rapport à la nouvelle psychologie ou psychologie de la forme. « Le film est objet à percevoir« , ce qui s’oppose à la théorie classique, de la philosophie cartésienne (https://lewebpedagogique.com/philoflo/textes-en-regard-du-cours/) par exemple, qui critique la perception comme contraire à la connaissance car nous ne percevons jamais des globalités mais des sensations séparées.

Le film est une forme,une organisation globale (images, sons). L’auteur donne une signification inédite au cinéma, celle de percevoir et non de penser, d’organiser, de donner une forme et donc de bien comprendre la nouvelle psychologie.

L'image “http://www.merleau.jp/images/mppic01.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

 » Que signifie, que veut donc dire le film? Chaque film raconte une histoire, c’est-à-dire un certain nombre d’événements qui mettent aux prises des personnages et qui peuvent être aussi racontés en prose, comme ils le sont effectivement dans le scénario d’après lequel le film est fait. Le cinéma parlant, avec son dialogue souvent envahissant, complète notre illusion. On conçoit donc souvent le film comme la représentation visuelle et sonore, la reproduction aussi fidèle que possible d’un drame que la littérature ne pourrait évoquer qu’avec des mots et que le cinéma a la bonne fortune de pouvoir photographier. Ce qui entretient l’équivoque, c’est qu’il y a en effet un réalisme fondamental du cinéma: les acteurs doivent jouer naturel, la mise en scène doit être aussi vraisemblable que possible car «la puissance de réalité que dégage l’écran, dit Leenhardt, est telle que la moindre stylisation détonnerait ». Mais cela ne veut pas dire que le film soit destiné à nous faire voir et entendre ce que nous verrions et entendrions si nous assistions dans la vie à l’histoire qu’il nous raconte, ni d’ailleurs à nous suggérer comme une histoire édifiante quelque conception générale de la vie. Le problème que nous rencontrons ici, l’esthétique l’a déjà rencontré à propos de la poésie ou du roman. Il y a toujours, dans un roman, une idée qui peut se résumer en quelques mots, un scénario qui tient en quelques lignes. Il y a toujours dans un poème allusion à des choses ou à des idées. Et cependant le roman pur, la poésie pure n’ont pas simplement pour fonction de nous signifier ces faits, ces idées ou ces choses, car alors le poème pourrait se traduire exactement en prose et le roman ne perdrait rien à être résumé. »

Laisser une réponse :

Vous devez être connecté pour poster un commentaire...