
Oskar Kokoschka, 1925, Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de la Ville de Liège, Belgien, © Fondation Oskar Kokoschka / VBK, Wien, 2008
Rappel du sujet :
“On pense que l’esclave est celui qui agit par commandement et l’homme libre celui qui agit selon son bon plaisir. Cela cependant n’est pas absolument vrai, car en réalité être captif de son plaisir et incapable de rien voir ni faire qui nous soit vraiment utile, c’est le pire des esclavages, et la liberté n’est que celle qu’a celui qui de son entier consentement vit sous la seule conduite de la Raison. Quant à l’action par commandement, c’est-à-dire l’obéissance, elle ôte bien en quelque manière la liberté, elle ne fait cependant pas sur-le-champ un esclave, c’est la raison déterminante de l’action qui le fait. Si la fin de l’action n’est pas l’utilité de l’agent lui-même, mais de celui qui la commande, alors l’agent est un esclave, inutile à lui-même ; au contraire, dans un État et sous un commandement pour lesquels la loi suprême est le salut de tout le peuple, non de celui qui commande, celui qui obéit en tout au souverain ne doit pas être dit un esclave, inutile en tout à lui-même, mais un sujet. Ainsi, cet État est le plus libre, dont les lois sont fondées en droite Raison, car dans cet État, chacun, dès qu’il le veut, peut être libre, c’est-à-dire vivre son entier consentement sous la conduite de la Raison.”
Spinoza
Questions
1 – Dégagez l’idée directrice et les articulations du texte.
2 – Expliquez :
a) “être captif de son plaisir […]est le pire des esclavages” ;
b) “vit sous la seule conduite de la Raison”.
c) “esclave”, “sujet”.
3 – Obéir aux lois est-ce être libre ?
Bac blanc de philosophie du lycée René char d’Avignon session 2009.
1/ Dans ce texte, Spinoza dresse la définition de la liberté et de l’esclavage. En effet, pour lui la liberté n’est pas le fait d’agir selon son bon plaisir mais d’agir avec raison et l’esclavage ne consiste pas en la réalisation d’une action sous le commandement d’une personne mais la réalisation d’une action pour le seul profit de la personne qui la ordonnée. L’auteur met en évidence le fait qu’un homme peut-être tout aussi bien esclave de ses désirs que d’une personne qui le commande. Et qu’au contraire, un homme peut rester libre tout en obéissant et en agissant selon des lois fondées sur la Raison. Ainsi, nous pouvons dégager la définition de la liberté, pour l’auteur, qui est le fait d’agir avec raison, même si cela implique d’obéir à certaines personnes ou lois, tant que le fruit de nos actions profite à tout un peuple. De même, la définition de l’esclavage, pour l’auteur, est le fait d’agir avec déraison, c’est-à-dire pour son seul plaisir et ses propres désirs ou d’agir sous la commande d’une personne et que nos actes ne profite qu’à la personne qui en a donné l’ordre.
Le texte peut être séparé en deux parties :
La première, de la ligne 1 à la ligne 8 qui met en évidence le fait que l’homme peut être tout aussi bien esclave d’une personne que de lui-même. En effet, un homme peut être dirigé et agir pour quelqu’un, obéir aux commandements d’une personne qui ne cherche que son propre intérêt et qui pour se faire commande d’autres personnes qui dans ces conditions sont des esclaves. Mais un homme peut aussi être son propre esclave. En effet, lorsque le plaisir prend le dessus sur la raison et qu’un homme n’agit plus selon sa raison mais selon ses envies alors ces actes ne sont utiles que pour son propre intérêt, que leur seul but est de satisfaire les envies et le plaisir d’une personne et n’ont pas d’utilité réelle. Dans ce cas là, l’homme est esclave de ses plaisirs et donc de lui-même.
La deuxième et dernière partie, de la ligne 8 à la fin du texte met en évidence que l’homme libre est l’homme de raison. En effet, même si au premier abord obéir à des lois ou à des personnes semble ôter la liberté, cela n’est point si les lois sont fondées sur la Raison et les actes réalisés pour le bien de tous. De plus, un homme est libre lorsqu’il peut vivre comme il le souhaite mais toujours comme guide la raison, car c’est elle qui sait lorsqu’il est nécessaire, se plier aux lois pour le bien et l’intérêt de tous.
2/a) Dans le sens commun un captif est une personne qui ne peut plus partir d’un endroit (un prisonnier), le plaisir est relatif aux envies, aux sentiments et n’est donc pas quelque chose de raisonné, et l’esclavage est la perte de la liberté par la réalisation d’actes qui ne sont pas de notre’ propre volonté et ne nous sont pas utiles. Dans cette phrase, l’auteur veut mettre en évidence le fait qu’un homme est prisonnier de ses envies, lorsqu’il ne peut plus s’empêcher d’agir dans le but de satisfaire son plaisir, il n’est plus libre de ses actes et devient esclave de ses envies, de son plaisir, de lui-même. Nous pouvons prendre l’exemple d’un toxicomane qui est prisonnier de son addiction à la drogue et qui n’agit que dans le seul but de s’en procurer pour satisfaire son manque, il est donc esclave de sa dépendance à la drogue qui lui procure du plaisir.
b) Dans le sens commun la conduite est le comportement et la raison tout ce qui est réfléchi et prouvé : ce qui est vrai. Dans le contexte, le sens de conduite est la direction, le guide. Ainsi, dans cette phrase l’auteur cherche à mettre en évidence le fait que pour vivre libre, la seule chose qui doit guider un homme est la Raison. C’est-à-dire que l’homme doit toujours se référer à des choses prouvées comme vraies, telles que les lois, et agir avec réflexion. Il ne doit pas se laisser guider par ses intérêts, qui lui empêchent de voir la vérité et par conséquent d’être libre.
c) Le sens commun du mot esclave est une personne ayant perdu sa liberté et travaillant pour un maître, un sujet est une personne qui obéit aux lois d’un souverain. Pour l’auteur, un esclave est quelqu’un qui n’est libre de ses actes car il est obligé de réaliser quelque chose dont l’utilité n’est que pour celui qui en donne l’ordre ou bien quelqu’un dont les actes sont dictés par la recherche su plaisir et qui de se fait n’agit que dans son propre intérêt et n’est plus libre de ses actes. Alors qu’un sujet pour l’auteur est une personne qui vit comme elle le souhaite mais qui est toujours guidée par la raison. De ce fait, elle respecte des lois et agit sous le commandement de quelqu’un et que le fruit de son action sera utile à tout le monde. Un sujet est donc un homme libre guidé par la raison.
3/ Les lois sont le cadre d’une société. Elles permettent ou interdisent certaines actions. De ce fait, on peut considérer qu’elles privent de liberté ceux qui les respectent. Cependant, les lois sont été créées dans le but que tous les membres d’une société se respectent et vivent en bonne intelligence. De plus, notre liberté s’arrête là où commence celle des autres. Et les lois sont faites pour préserver au maximum les libertés de chacun tant qu’elles ne nuisent pas à une autre personne. Donc le problème qui se pose à nous est le suivant : faut-il perdre certaines libertés en respectant les lois pour pouvoir en conserver le plus possible ? Pour répondre à cette interrogation nous développerons deux axes, le premier qui traitera de la liberté en société et le second de l’obéissance aux lois.
La liberté est considérée communément par le fait de pouvoir faire ce que bon nous semble quand nous le décidons. Seulement, comme nous la démontré dans le texte précédant Spinoza, ce n’est pas le cas. La liberté est réellement le fait de pouvoir décider des ses actes, et que ces actes soient guidés par la raison, utiles au plus grand nombre et nuisibles au plus petit.
De ce fait, chaque membre d’une société doit se plier à des lois. Lorsque ces lois sont fondées sur la Raison, elles sont profitables au plus grand nombre et doivent être appliquées même si elles privent certaines personnes d’une petite part de leur liberté. Car la liberté de certains prive d’autres personnes de la leur.
Ainsi, obéir aux lois n’est certes pas être totalement libre mais y contribue. Lorsque l’on vit en société, c’est-à-dire avec d’autres personnes, il faut trouver un équilibre entre la liberté des uns et la liberté des autres, car chaque personne à se propre définition de la liberté. Ainsi, certaines personnes font des choses qui ne plaisent pas à d’autres et vis et versa. Et, le but des lois est de préserver un équilibre entre les gens pour que la liberté de certains ne gène pas celles des autres. Les lois sont donc un gage d’équilibre des libertés entre chaque membre d’une société. Et les respecter ne signifie ni être totalement libre, ni être esclave.
Julia Ferretti, TSTLbio