En parlant de désir, nous ne pensions pas plus au plaisir et à ses fêtes. Certainement le plaisir est agréable, certainement nous y tendons de toutes nos forces. Mais, sous la forme la plus aimable ou la plus indispensable, il vient plutôt interrompre le processus du désir comme constitution d’un champ d’immanence. Rien de plus significatif que l’idée d’un plaisir-décharge ; le plaisir obtenu, on aurait au moins un peu de tranquillité avant que le désir renaisse : il y a beaucoup de haine, ou de peur à l’égard du désir, dans le culte du plaisir. Le plaisir est l’assignation de l’affect, l’affection d’une personne ou d’un sujet, il est le seul moyen pour une personne de « s’y retrouver » dans le processus de désir qui la déborde. Les plaisirs, même les plus artificiels, ou les plus vertigineux, ne peuvent être que de re-territorialisation. Si le désir n’a pas le plaisir pour norme, ce n’est pas au nom d’un Manque intérieur qui serait impossible à combler, mais au contraire en vertu de sa positivité, c’est-à-dire du plan de consistance qu’il trace au cours de son procès. C’est la même erreur qui rapporte le désir à la Loi du manque et à la Norme du plaisir. C’est quand on continue de rapporter le désir au plaisir, à un plaisir à obtenir, qu’on s’aperçoit du même coup qu’il manque essentiellement de quelque chose. Au point que, pour rompre ces alliances toutes faites entre désir-plaisir-manque, nous sommes forcés de passer par de bizarres artifices, avec beaucoup d’ambiguïté. Exemple, l’amour courtois, qui est un agencement de désir lié à la fin de la féodalité. Dater un agencement, ce n’est pas faire de l’histoire, c’est lui donner ses coordonnées d’expression et de contenu, noms propres, infinitifs-devenirs, articles, heccéités. (Ou bien c’est cela, faire de l’histoire ?) Or il est bien connu que l’amour courtois implique des épreuves qui repoussent le plaisir, ou du moins repoussent la terminaison du coït. Ce n’est certes pas une manière de privation. C’est la constitution d’un champ d’immanence, où le désir construit son propre plan, et ne manque de rien, pas plus qu’il ne se laisse interrompre par une décharge qui témoignerait de ce qu’il est trop lourd pour lui-même. L’amour courtois a deux ennemis, qui se confondent : la transcendance religieuse du manque, l’interruption hédoniste qu’introduit le plaisir comme décharge. C’est le processus immanent du désir qui se remplit de lui-même, c’est le continuum des intensités, la conjugaison des flux, qui remplacent et l’instance-loi, et l’interruption-plaisir. Le processus du désir est nommé « joie », non pas manque ou demande. Tout est permis, sauf ce qui viendrait rompre le processus complet du désir, l’agencement. Qu’on ne dise pas que c’est de la Nature : il faut au contraire beaucoup d’artifices pour conjurer le manque intérieur, le transcendant supérieur, l’extérieur apparent. Ascèse, pourquoi pas ? L’ascèse a toujours été la condition du désir, et non sa discipline ou son interdiction. Vous trouverez toujours une ascèse si vous pensez au désir. Or il a fallu « historiquement » qu’un tel champ d’immanence soit possible à tel moment, à tel endroit. L’amour proprement chevaleresque n’avait été possible que lorsque deux flux s’étaient conjugués, flux guerrier et érotique, au sens où la vaillance donnait droit à l’amour. Mais l’amour courtois exigeait un nouveau seuil où la vaillance devenait elle-même intérieure à l’amour, et où l’amour incluait l’épreuve.

Deleuze et Parnet, Dialogues, Flammarion, Champs, pp.119-120


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Nos citations par thème :

La culture

« La nature c’est tout ce qui vient de l’hérédité biologique, la culture c’est tout ce que l’on acquiert par héritage. » Claude Levi-Strauss.

« La discipline transforme l’animalité en humanité. » Kant.

« Il y a une qualité très spécifique qui distingue les hommes des animaux : c’est la faculté de se perfectionner. » J.J Rousseau

« Est beau ce qu’il plaît universellement sans concept. » Kant

« En droit on ne devrait appeler art que la production par liberté. » Kant

« Prométhée dérobe au Dieu son art de manier le feu et il en fait présent a l’homme. » Platon

« La prohibition de l’inceste comme l’ exogamie qui en est son expression sociale élargie , est une règle de réciprocité » Levi-Strauss

La vérité

« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » Descartes

« L’homme est un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant » Pascal

« L’opinion a, en droit, toujours tord » Bachelard

« Il est donc nécessaire qu’il y ait une raison universelle qui m’éclaire…(préférer son cheval a son cocher : ) ce sont des raisons qui, dans le fond, ne sont pas raisonnables » Malebranche

« Penser c’est dire NON » Alain

La liberté

« Il vaut mieux changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde » Descartes

« Le plus bas degré de la liberté » est la liberté d’indifférence Descartes

« Ce n’est pas tant des événements que j’ai curiosité que de moi-même. Tel se croit capable de tout qui, devant que d’agir, recule… » Gide, les caves du Vatican

« Les hommes se croient libres pour cette seule cause qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par où ils sont déterminés. » Spinoza, Ethique

« Il n’y a point de liberté sans lois, ni où quelqu’un est au-dessus des lois. » Rousseau

« La liberté consiste à vouloir que les choses arrivent à vouloir que les choses arrivent non comme il te plaît mais comme elles arrivent ». Epictète



Pour vous entrainer avant l’épreuve du 18 juin, voici les sujets 2009 du lycée français de Pondichéry (14 avril)

philos

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Voici un texte de Kant qui explique la nécessité de travailler en philosophie au risque  de se prendre pour « un grand seigneur » à la veille des examens…

« C’est que non seulement la paresse naturelle, mais aussi la présomption des hommes (liberté mal entendue), font que ceux qui ont de quoi vivre, que ce soit largement ou chichement, se prennent pour des seigneurs quand ils se comparent aux gens qui doivent travailler pour vivre. -L’Arabe ou le Mongol dédaigne le citadin et se prend pour un seigneur en se comparant à lui, car vagabonder au désert avec ses chevaux et ses moutons est plutôt du divertissement que du travail. C’est une malédiction que le Toungouse des bois entend jeter à son frère quand il lui dit: « Puisses-tu élever ton propre troupeau comme le Buriate ! » Le frère renchérit sur l’imprécation en disant: « Puisses-tu labourer la terre comme le Russe » Ce dernier dira peut-être selon sa façon de penser : « Puisses-tu être assis à une machine à tisser comme l’Allemand ! »- En un mot, tous se prennent pour des seigneurs dans la mesure où ils se croient dispensés de travailler ; et suivant ce principe on est récemment allé si loin dans cette voie que voici que s’annonce de façon ouverte et déclarée une prétendue philosophie pour laquelle point n’est besoin de travailler; il suffit de prêter l’oreille à l’oracle au-dedans de soi-même et d’en faire son profit pour s’assurer l’entière possession de toute la sagesse qu’on peut attendre de la philosophie ; et cela sur un ton qui montre que ses tenants entendent bien ne pas être mis au rang de ceux qui sur le mode scolaire s’estiment tenus de progresser lentement et prudemment de la critique de leur faculté de connaître à la connaissance dogmatique, mais que – sur le mode génial – ils se font fort d’effectuer d’un seul regard pénétrant sur leur intérieur tout ce qu’un travail appliqué peut jamais procurer et bien davantage encore. Des sciences qui exigent du travail, comme les mathématiques, la science de la nature, l’histoire ancienne, la philosophie, etc. beaucoup peuvent bien s’enorgueillir de façon pédante ; mais il est réservé au philosophe de l’intuition de jouer les grands seigneurs, lui dont la démonstration n’a pas à gravir la pente par le travail herculéen de la connaissance de soi, mais à qui une gratuite apothéose permet en son survol de la dispenser d’en haut : car il y parle de sa propre autorité et, de ce fait, il n’est tenu de rendre raison à personne. (…)
Au fond, c’est bien toute philosophie qui est prosaïque, et proposer aujourd’hui de se remettre à philosopher poétiquement pourrait bien passer pour proposer au boutiquier de ne plus écrire désormais ses livres de compte en prose, mais en vers.
Impossible de philosopher sans un travail scolaire et prosaïque.  »

Kant, D’un ton grand seigneur adopté en philosophie



A lire : Vercors, Les animaux dénaturés

Sous forme de roman, l’écrivain VERCORS imagine qu’une équipe de savants découvre, en Nouvelle Guinée le fameux « chaînon manquant » de l’évolution des espèces. Mais les cranes qu’ils deterrent, loin d’être des fossiles, sont des spécimens de quadrumanes, singes ou hommes fabriquant des outils très rudimentaires, enterrant leurs morts…

L’homme de science s’interroge, l’homme d’église prie dans l’effroi et l’homme d’affaire voit une main d’œuvre bon marché capable de satisfaire son pragmatisme… Sous la satire, l’interrogation anthropologique survient : sommes nous singes, personnes humaines ou animaux dénaturés ?

« A l’origine des hommes et des singes on le sait désormais de façon à peu près sûre, il y a une souche unique. Celle-ci a « buissonné » (c’est l’expression technique), c’est-à-dire qu’elle a subi, selon les contraintes diverses des conditions environnantes, des formes variées d’évolution, qui ont donné naissance à des rameaux divergents. Au bout de ces rameaux se trouvent actuellement, d’une part toutes les familles de singes, d’autre part toutes les races des hommes. Ainsi l’homme ne descend pas du singe, mais le singe et l’homme descendent chacun de son côté, de la même souche originelle. »

(…) » Encore singe ou déjà homme, qu’est-ce que cela veut dire précisément ? Que ce n’était qu’un singe, ou que c’était un homme ?

– (…) « les grecs ont longtemps disputés de la grave question de savoir à partir de quel nombre exact de cailloux on pouvait parler d’un tas : était-ce deux, trois, quatre, cinq ou davantage ? Votre question n’a plus de sens. Toute classification est arbitraire. La nature ne classifie pas. C’est nous qui classifions, parce que c’est commode. Nous classifions d’après des données arbitrairement admises, elles aussi. »

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L'image “http://tbn1.google.com/images?q=tbn:Zg8JGiiJp4XhGM:http://yeswecannes.blog.lemonde.fr/files/2008/04/palme-dor.1207913454.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs. Cinéma et philosophie.

[…] « Voilà pourquoi l’expression de l’homme peut être au cinéma si saisissante : le cinéma ne nous donne pas, comme le roman l’a fait longtemps, les pensées de l’homme, il nous donne sa conduite ou son comportement, il nous offre directement cette manière spéciale d’être au monde de traiter les choses et les autres, qui est pour nous visible dans les gestes, le regard, la mimique, et qui définit avec évidence chaque personne que nous connaissons. Si le cinéma veut nous montrer un personnage qui a le vertige, il ne devra pas essayer de rendre le paysage intérieur du vertige, comme Daquin dans Premier de cordée et Malraux dans Sierra de Terruel ont voulu le faire. Nous sentirons beaucoup mieux le vertige en le voyant de l’extérieur, en contemplant ce corps déséquilibré qui se tord sur un rocher, ou cette marche vacillante qui tente de s’adapter à on ne sait quel bouleversement de l’espace. Pour le cinéma comme pour la psychologie moderne, le vertige, le plaisir, la douleur, l’amour, la haine sont des conduites.

Cette psychologie et les philosophies contemporaines ont pour commun caractère de nous présenter, non pas, comme les philosophies classiques, l’esprit et le monde, chaque conscience et les autres, mais la conscience jetée dans le monde, soumise au regard des autres et apprenant d’eux ce qu’elle est. Une bonne part de la philosophie phénoménologique ou existentielle consiste à s’étonner de cette inhérence du moi au monde et du moi à autrui, à nous décrire ce paradoxe et cette confusion, à faire voir le lien du sujet et du monde, du sujet et des autres, au lieu de l’expliquer, comme le faisaient les classiques, par quelques recours à l’esprit absolu. » […]

Merleau-Ponty, le cinéma et la nouvelle psychologie, in sens et non sens, 1945

Modeste bibliographie sur le cinéma :

  • Certains citerons les classiques, il s’agit alors de penser la perception et le statut de l’image sensible :

Platon, « l’allégorie de la caverne », République livres VI et VII

Descartes, « le morceau de cire », Méditations IV

  • Parmi les contemporains du cinéma

Bergson, « la perception du changement » Matière et mouvement

Walter Benjamin, L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique

Gilles Deleuze, l’image-temps, l’image mouvement

Maurice Merleau Pony, le texte cité ci-dessus extrait de la conférence du 13 mars 1945 à l’institut des études cinématographiques.

  • Beaucoup de films illustrent les thèmes de la philosophie au bac ! pensez à citer ceux que vous avez VU sans les réduire à l’anecdote du récit ou au résumé, mais en les considérant comme de véritables œuvres d’art.



Oskar Kokoschka, 1925, Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de la Ville de Liège, Belgien, © Fondation Oskar Kokoschka / VBK, Wien, 2008

Rappel du sujet :

“On pense que l’esclave est celui qui agit par commandement et l’homme libre celui qui agit selon son bon plaisir. Cela cependant n’est pas absolument vrai, car en réalité être captif de son plaisir et incapable de rien voir ni faire qui nous soit vraiment utile, c’est le pire des esclavages, et la liberté n’est que celle qu’a celui qui de son entier consentement vit sous la seule conduite de la Raison. Quant à l’action par commandement, c’est-à-dire l’obéissance, elle ôte bien en quelque manière la liberté, elle ne fait cependant pas sur-le-champ un esclave, c’est la raison déterminante de l’action qui le fait. Si la fin de l’action n’est pas l’utilité de l’agent lui-même, mais de celui qui la commande, alors l’agent est un esclave, inutile à lui-même ; au contraire, dans un État et sous un commandement pour lesquels la loi suprême est le salut de tout le peuple, non de celui qui commande, celui qui obéit en tout au souverain ne doit pas être dit un esclave, inutile en tout à lui-même, mais un sujet. Ainsi, cet État est le plus libre, dont les lois sont fondées en droite Raison, car dans cet État, chacun, dès qu’il le veut, peut être libre, c’est-à-dire vivre son entier consentement sous la conduite de la Raison.”

Spinoza


Questions
1 – Dégagez l’idée directrice et les articulations du texte.
2 – Expliquez :
a) “être captif de son plaisir […]est le pire des esclavages” ;
b) “vit sous la seule conduite de la Raison”.
c) “esclave”, “sujet”.
3 – Obéir aux lois est-ce être libre ?

Bac blanc de philosophie du lycée René char d’Avignon session 2009.


1/ Dans ce texte, Spinoza dresse la définition de la liberté et de l’esclavage. En effet, pour lui la liberté n’est pas le fait d’agir selon son bon plaisir mais d’agir avec raison et l’esclavage ne consiste pas en la réalisation d’une action sous le commandement d’une personne mais la réalisation d’une action pour le seul profit de la personne qui la ordonnée. L’auteur met en évidence le fait qu’un homme peut-être tout aussi bien esclave de ses désirs que d’une personne qui le commande. Et qu’au contraire, un homme peut rester libre tout en obéissant et en agissant selon des lois fondées sur la Raison. Ainsi, nous pouvons dégager la définition de la liberté, pour l’auteur, qui est le fait d’agir avec raison, même si cela implique d’obéir à certaines personnes ou lois, tant que le fruit de nos actions profite à tout un peuple. De même, la définition de l’esclavage, pour l’auteur, est le fait d’agir avec déraison, c’est-à-dire pour son seul plaisir et ses propres désirs ou d’agir sous la commande d’une personne et que nos actes ne profite qu’à la personne qui en a donné l’ordre.

Le texte peut être séparé en deux parties :

La première, de la ligne 1 à la ligne 8 qui met en évidence le fait que l’homme peut être tout aussi bien esclave d’une personne que de lui-même. En effet, un homme peut être dirigé et agir pour quelqu’un, obéir aux commandements d’une personne qui ne cherche que son propre intérêt et qui pour se faire commande d’autres personnes qui dans ces conditions sont des esclaves. Mais un homme peut aussi être son propre esclave. En effet, lorsque le plaisir prend le dessus sur la raison et qu’un homme n’agit plus selon sa raison mais selon ses envies alors ces actes ne sont utiles que pour son propre intérêt, que leur seul but est de satisfaire les envies et le plaisir d’une personne et n’ont pas d’utilité réelle. Dans ce cas là, l’homme est esclave de ses plaisirs et donc de lui-même.

La deuxième et dernière partie, de la ligne 8 à la fin du texte met en évidence que l’homme libre est l’homme de raison. En effet, même si au premier abord obéir à des lois ou à des personnes semble ôter la liberté, cela n’est point si les lois sont fondées sur la Raison et les actes réalisés pour le bien de tous. De plus, un homme est libre lorsqu’il peut vivre comme il le souhaite mais toujours comme guide la raison, car c’est elle qui sait lorsqu’il est nécessaire, se plier aux lois pour le bien et l’intérêt de tous.

2/a) Dans le sens commun un captif est une personne qui ne peut plus partir d’un endroit (un prisonnier), le plaisir est relatif aux envies, aux sentiments et n’est donc pas quelque chose de raisonné, et l’esclavage est la perte de la liberté par la réalisation d’actes qui ne sont pas de notre’ propre volonté et ne nous sont pas utiles. Dans cette phrase, l’auteur veut mettre en évidence le fait qu’un homme est prisonnier de ses envies, lorsqu’il ne peut plus s’empêcher d’agir dans le but de satisfaire son plaisir, il n’est plus libre de ses actes et devient esclave de ses envies, de son plaisir, de lui-même. Nous pouvons prendre l’exemple d’un toxicomane qui est prisonnier de son addiction à la drogue et qui n’agit que dans le seul but de s’en procurer pour satisfaire son manque, il est donc esclave de sa dépendance à la drogue qui lui procure du plaisir.

b) Dans le sens commun la conduite est le comportement et la raison tout ce qui est réfléchi et prouvé : ce qui est vrai. Dans le contexte, le sens de conduite est la direction, le guide. Ainsi, dans cette phrase l’auteur cherche à mettre en évidence le fait que pour vivre libre, la seule chose qui doit guider un homme est la Raison. C’est-à-dire que l’homme doit toujours se référer à des choses prouvées comme vraies, telles que les lois, et agir avec réflexion. Il ne doit pas se laisser guider par ses intérêts, qui lui empêchent de voir la vérité et par conséquent d’être libre.

c) Le sens commun du mot esclave est une personne ayant perdu sa liberté et travaillant pour un maître, un sujet est une personne qui obéit aux lois d’un souverain. Pour l’auteur, un esclave est quelqu’un qui n’est libre de ses actes car il est obligé de réaliser quelque chose dont l’utilité n’est que pour celui qui en donne l’ordre ou bien quelqu’un dont les actes sont dictés par la recherche su plaisir et qui de se fait n’agit que dans son propre intérêt et n’est plus libre de ses actes. Alors qu’un sujet pour l’auteur est une personne qui vit comme elle le souhaite mais qui est toujours guidée par la raison. De ce fait, elle respecte des lois et agit sous le commandement de quelqu’un et que le fruit de son action sera utile à tout le monde. Un sujet est donc un homme libre guidé par la raison.

3/ Les lois sont le cadre d’une société. Elles permettent ou interdisent certaines actions. De ce fait, on peut considérer qu’elles privent de liberté ceux qui les respectent. Cependant, les lois sont été créées dans le but que tous les membres d’une société se respectent et vivent en bonne intelligence. De plus, notre liberté s’arrête là où commence celle des autres. Et les lois sont faites pour préserver au maximum les libertés de chacun tant qu’elles ne nuisent pas à une autre personne. Donc le problème qui se pose à nous est le suivant : faut-il perdre certaines libertés en respectant les lois pour pouvoir en conserver le plus possible ? Pour répondre à cette interrogation nous développerons deux axes, le premier qui traitera de la liberté en société et le second de l’obéissance aux lois.

La liberté est considérée communément par le fait de pouvoir faire ce que bon nous semble quand nous le décidons. Seulement, comme nous la démontré dans le texte précédant Spinoza, ce n’est pas le cas. La liberté est réellement le fait de pouvoir décider des ses actes, et que ces actes soient guidés par la raison, utiles au plus grand nombre et nuisibles au plus petit.

De ce fait, chaque membre d’une société doit se plier à des lois. Lorsque ces lois sont fondées sur la Raison, elles sont profitables au plus grand nombre et doivent être appliquées même si elles privent certaines personnes d’une petite part de leur liberté. Car la liberté de certains prive d’autres personnes de la leur.

Ainsi, obéir aux lois n’est certes pas être totalement libre mais y contribue. Lorsque l’on vit en société, c’est-à-dire avec d’autres personnes, il faut trouver un équilibre entre la liberté des uns et la liberté des autres, car chaque personne à se propre définition de la liberté. Ainsi, certaines personnes font des choses qui ne plaisent pas à d’autres et vis et versa. Et, le but des lois est de préserver un équilibre entre les gens pour que la liberté de certains ne gène pas celles des autres. Les lois sont donc un gage d’équilibre des libertés entre chaque membre d’une société. Et les respecter ne signifie ni être totalement libre, ni être esclave.

Julia Ferretti, TSTLbio



Rappel de la méthode de dissertation

(et la dernière question sur un texte pour les séries technologiques)

Introduction

Définir tous les mots du sujet : par exemple chercher les contraires, les mots voisins, les mots de la même famille…attention aux synonymes. Confronter les mots entre eux, chercher leurs liens, leurs points communs, leurs différences… S’empêcher de répondre à la question.

Montrer en quoi la question est mal posée, le sujet pose problème dans sa formulation :

– elle contredit une opinion acceptée par le sens commun

– elle interroge la thèse d’un auteur

– elle met en jeu des notions mal définies

– elle concerne des domaines étrangers l’un à l’autre (ex. religion et philosophie, art et science)

– elle admet une réponse évidente, immédiate et précipitée ( pré-jugé)

Annoncer clairement le problème

Trouver les sous-entendus et les enjeux ou intérêts de ce problème, ex . :

-pour la connaissance, le savoir

-pour l’action, la morale

-pour la culture (histoire, art)

-pour l’anthropologie (définition de l’homme)

-pour soi, lecteur ayant à réfléchir sur cette question précise.

Annoncer les grandes parties de son plan

Récapitulatif d’une introduction :

Analyse du sujet

Problématique

Intérêt

Annonce du plan

Développement :

On conseille deux parties pour éviter le fameux thèse antithèse synthèse (oui, non, bof) qui cumule le défaut de la contradiction et celui du relativisme.

  1. Thèse
  2. Limite (s) de dette thèse, ou dépassement, on va plus loin sans se contredire

Une seule idée par partie mais plusieurs arguments.

Les exemples ne prouvent rien, ils sont secondaires ; les citations (exactes et entre guillemets) ou les références viennent seulement illustrer l’argument.

Penser aux transitions qui n’ont de valeur que pour insister sur le fil conducteur (problématique) et montrer une progression de la réflexion.

Le plan se présente comme suit:

  1. Une idée
  • argument

-exemple, référence citation

  1. Une idée
  • argument

-exemple, référence citation

La conclusion

Il faut conclure sans faire d’ouverture, ni à un autre sujet, ni au thème engagé dans le devoir, ni à un jugement de valeur ; pas de conclusion apocalyptique ni d’un optimisme naïf.

Faire le point sur le problème, c’est-à-dire, expliquer où on en est de notre réflexion :

-soit le problème est résolu, on dit comment, et on donne clairement cette solution

-soit on indique les difficultés qui subsistent à la fin de notre argumentation, en montrant tout de même l’essai de résolution.

On peut terminer par l’intérêt de ce sujet, mais on évite les citations en guise de mot de la fin, comme les exclamations, les points de suspension et les questions.



http://matthieu.chevrier.free.fr/couvertures/couv101.jpg

T. STG, STLB1, STLB2, STLC

Le candidat traitera l’un des sujets au choix :

Sujet 1

A quoi reconnaît-on l’humanité en chaque homme ?

Sujet 2

Peut-on tolérer toutes les opinions ?

Sujet 3

« On pense que l’esclave est celui qui agit par commandement et l’homme libre celui qui agit selon son bon plaisir. Cela cependant n’est pas absolument vrai, car en réalité être captif de son plaisir et incapable de rien voir ni faire qui nous soit vraiment utile, c’est le pire des esclavages, et la liberté n’est que celle qu’a celui qui de son entier consentement vit sous la seule conduite de la Raison. Quant à l’action par commandement, c’est-à-dire l’obéissance, elle ôte bien en quelque manière la liberté, elle ne fait cependant pas sur-le-champ un esclave, c’est la raison déterminante de l’action qui le fait. Si la fin de l’action n’est pas l’utilité de l’agent lui-même, mais de celui qui la commande, alors l’agent est un esclave, inutile à lui-même ; au contraire, dans un État et sous un commandement pour lesquels la loi suprême est le salut de tout le peuple, non de celui qui commande, celui qui obéit en tout au souverain ne doit pas être dit un esclave, inutile en tout à lui-même, mais un sujet. Ainsi, cet État est le plus libre, dont les lois sont fondées en droite Raison, car dans cet État, chacun, dès qu’il le veut, peut être libre, c’est-à-dire vivre son entier consentement sous la conduite de la Raison. »

Spinoza


Questions
1 – Dégagez l’idée directrice et les articulations du texte.
2 – Expliquez :
a) « être captif de son plaisir […]est le pire des esclavages » ;
b) « vit sous la seule conduite de la Raison ».
c) « esclave », « sujet ».
3 – Obéir aux lois est-ce être libre ?





Peau de feuilles [Pelle di foglie], 2000
330 x 180 x 130 cm; module de Respirer l’ombre: 78 x 117 x 7 cm
Collection Centre Pompidou-Mnam, Paris
Vue de l’installation au Centre Pompidou
Ph. Cnac/Mnam/Dist. RMN; Philippe Migeat, 2000
© ADAGP, Paris 2007

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Correction bac blanc TES : Les hommes sont-ils des êtres à part dans la nature ?

Bien lire et définir les termes du sujet :

Il s’agit des hommes et non de l’individu, ce qui nous invite à nous interroger sur la notion d’espèce confrontée à d’autres êtres vivants. Les hommes, dans leur totalité ont des qualités communes. Ils constituent un genre à part et se distinguent des animaux.

Des êtres à part suppose la particularité, une place spécifique au sein de la nature, voire une place privilégiée (c’est un sous entendu mais cela n’est pas explicite). Un statut distinct n’est pas forcément exceptionnel : attention aux jugements de valeur.

Dans la nature : ne pas réduire ce mot au seul environnement, ce qui reviendrait à une comparaison entre les hommes et les autres vivants. Le mot nature a plusieurs sens. Ici dans la nature nous enjoint à ne pas oublier que l’homme est un être naturel mais aussi un être qui entretient un rapport particulier avec la nature.

S’interroger :

Existe-t-il une nature humaine spécifique ? L’homme est-il distinct par le rapport même qu’il entretient avec la nature, rapport qui selon le vœu de Descartes le rend « comme maître et possesseur de la nature ? »

Problématique :

Être à part dans la nature ne signifie pas forcément que les hommes ont une supériorité ou une place exceptionnelle. « L’homme n’est pas un empire dans un empire » affirmait Spinoza, parce qu’il n’est ni supérieur ni un simple être naturel parmi d’autres. L’homme appartient à la nature mais entretient un rapport spécifique avec elle qui pose problème : D’une part, l’existence de ce que l’on nomme la culture paraît de manière universelle le définir et le distinguer des autres vivants, d’autre part l’hégémonie qu’il s’accorde par le développement de cette même culture (en particulier techno-scientifique) met en cause sa place au sein même de la nature.

Enjeux :

Nature (déterminisme biologique) et culture (éducation, tradition, histoire)

Savoir (science) et pouvoir (technique)

Intérêt anthropologique (question qu’est-ce que l’homme ?)

Les moyens et les fins (place de l’homme, morale, liberté)

La spécificité de l’homme : la culture

  • La condition fondamentale : « l’homme est un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant » Pascal

  • La notion de groupe permet une vie sociale « l’homme est un animal politique » Aristote, cela veut dire qu’il vit dans une communauté (polis = cité) et l’organise la hiérarchise de manière rationnelle.

  • D’autres caractéristiques peuvent définir l’homme en le distinguant des animaux : le langage, le rire, le travail, l’histoire, la technique (cf. les sciences humaines)

L’homme n’est humain que par les modifications qu’il opère sur la nature

  • La nature humaine est « à part » dans la mesure où elle échappe à l’unité d’une définition : elle est négatrice du donné naturel aussi bien pour l’existentialisme que pour l’ethnologue affirmant la diversité des cultures. Ex. de l’enfant sauvage qui est indétermination ; n’ayant pas reçu de culture d’un groupe humain, il n’en est pas pour autant animal.

  • L’homme est déterminé par la nature en ce qui concerne l’hérédité biologique, les besoins, les lois physiques. Mais il élabore et transforme la nature, par exemple le besoin de manger en distinctions (le cru, le cuit, le mangeable et ce qui ne l’est pas, la façon de préparer, de consommer, etc). Son corps n’est jamais accepté de façon initiale (vêtements, bijoux, coiffures, cosmétiques, tatouages et même chirurgie). Les contraintes sont détournées par les techniques (ex. l’aviation défi aux lois de la gravité). L’animal s’adapte à son milieu, l’homme adapte son milieu.

  • Par ses instincts, l’animal est dès sa naissance tout ce qu’il peut être. L’homme est indéterminé, il est capable par sa raison, son imagination, ses désirs… de se définir pour le meilleur comme pour le pire. C’est ce que Rousseau appelle la perfectibilité. En transformant la nature qui n’est alors qu’un moyen, l’homme accède à la liberté en réalisant ses propres fins.

Une place « à part » sans privilège

  • L’homme dépend en un sens de l’environnement et des autres animaux (pour sa survie, pour sa compagnie). Il n’échappe pas aux lois du vivant, (en particulier l’évolution des espèces)

  • Quand on parle de nature il ne s’agit pas de regretter la mère nourricière, paradis caricaturé par Voltaire à propos de l’état de nature de Rousseau et d’arrêter les progrès techniques. L’humanisation universelle est à prendre en compte pour comprendre la place « à part » des hommes sans idéaliser les sociétés dites « primitives ». L’ethnologie montre en effet que ces sociétés ont bien conscience, par les pratiques magiques ou religieuses par exemple, d’occuper une place à part. Le choix des sociétés industrielles n’est qu’un choix parmi d’autres de moyens négateurs du donné naturel. D’autres nous semblent peut être plus conciliant avec le milieu.

  • La place « à part » signifie la coupure entre deux ordres distincts : la nature et les cultures des hommes. Le développement des sciences et des techniques est un choix culturel qui semble aujourd’hui entrainer une exploitation de la nature par l’homme. Mais il prend conscience du fait que sa place non seulement rompt l’équilibre naturel et son rapport à la nature mais mais aussi en danger sa propre survie. Place peu enviable : Les hommes sont les seuls capables de se supprimer.

  • La conscience fait de l’homme une personne, un être singulier capable de dire « je », et un être de dignité, seul sujet de respect : c’est ce que Kant nomme être une fin en soi. A l’inverse, les animaux, dénués de conscience ont le statut de chose, et c’est pourquoi ils sont utilisés comme des moyens, si nous leur devons des égards, nous pouvons aussi les utiliser, les consommer, les échanger ou les vendre. Enfin tout comme les choses, produites par l’action de la nature ou fabriquées par l’homme, les animaux sont déterminés quand l’homme aspire à la liberté.

Conclusion :

On ne peut pas affirmer le caractère exceptionnel de l’être humain par des critères qui le distinguent des autres êtres vivants. L’homme appartient à la nature. Mais il doit être considéré d’une autre manière que ces autres êtres dans la mesure où il connait et maitrise la nature et est le seul à posséder cette faculté réflexive sur ses savoirs et ses pouvoirs : la conscience. Cette faculté particulière permet à l’homme de savoir qu’il connait la nature, de savoir qu’il la maitrise. C’est la caractéristique d’un être conscient qui le met « à part » dans la nature, capable avons nous dit du meilleur comme du pire. A lui de « savoir pour prévoir et prévoir pour pouvoir » comme l’affirmait A. Comte. L’homme peut en effet prendre conscience de la fragilité de la nature, comme de sa propre fragilité au sein de la nature.

Textes à l’appui :

« Je pose en principe un fait peu contestable: que l’homme est l’animal qui n’accepte pas simplement le donné naturel, qui le nie. Il change ainsi le monde extérieur naturel, il en tire des outils et des objets fabriqués qui composent un monde nouveau, le monde humain. L’homme parallèlement se nie lui-même, il s’éduque, il refuse par exemple de donner à la satisfaction de ses besoins animaux ce cours libre, auquel l’animal n’apporte pas de réserve. Il est nécessaire encore d’accorder que les deux négations que, d’une part, l’homme fait du monde donné et, d’autre part, de sa propre animalité, sont liées. Il ne nous appartient pas de donner une priorité à l’une ou à l’autre, de chercher si l’éducation (qui apparaît sous la forme des interdits religieux) est la conséquence du travail, ou le travail la conséquence d’une mutation morale. Mais en tant qu’il y a homme, il y a d’une part travail et de l’autre négation par interdits de l’animalité de l’homme. » Georges Bataille, L’érotisme, 10/18

« On pose la question de savoir si l’homme est par nature moralement bon ou mauvais. Il n’est ni l’un ni l’autre, car l’homme par nature n’est pas du tout un être moral ; il ne devient un être moral que lorsque sa raison s’élève jusqu’aux concepts du devoir et de la loi. On peut cependant dire qu’il contient en lui-même à l’origine des impulsions menant à tous les vices, car il possède des penchants et des instincts qui le poussent d’un côté, bien que la raison le pousse du côté opposé. Il ne peut donc devenir moralement bon que par la vertu, c’est-à-dire en exerçant une contrainte sur lui-même, bien qu’il puisse être innocent s’il est sans passion.
La plupart des vices naissent de ce que l’état de culture fait violence à la nature et cependant notre destination en tant qu’homme est de sortir du pur état de nature où nous ne sommes que des animaux. »
Kant

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Mais, quand les difficultés qui environnent toutes ces questions laisseraient quelque lieu de disputer sur cette différence de l’homme et de l’animal, il y a une autre qualité très spécifique qui les distingue, et sur laquelle il ne peut y avoir de contestation, c’est la faculté de se perfectionner; faculté qui, à l’aide des circonstances, développe successivement toutes les autres, et réside parmi nous tant dans l’espèce que dans l’individu, au lieu qu’un animal est, au bout de quelques mois, ce qu’il sera toute sa vie, et son espèce, au bout de mille ans, ce qu’elle était la première année de ces mille ans. Pourquoi l’homme seul est-il sujet à devenir imbécile? N’est-ce point qu’il retourne ainsi dans son état primitif, et que, tandis que la bête, qui n’a rien acquis et qui n’a rien non plus à perdre, reste toujours avec son instinct, l’homme, reperdant par la vieillesse ou d’autres accidents, tout ce que sa perfectibilité lui avait fait acquérir, retombe ainsi plus bas que la bête même? Il serait triste pour nous d’être forcés de convenir que cette faculté distinctive, et presque illimitée, est la source de tous les malheurs de l’homme; que c’est elle qui le tire, à force de temps, de cette condition originaire, dans laquelle il coulerait des jours tranquilles et innocents; que c’est elle, qui faisant éclore avec les siècles ses lumières et ses erreurs, ses vices et ses vertus, le rend à la longue le tyran de lui-même, et de la Nature. » JJ Rousseau

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