Le vivant
Histoire d’une notion :
Le vitalisme des anciens, Aristote
«L’âme disparue, il n’y a plus d’animal et aucune des parties ne demeure la même, sinon seulement par la configuration extérieure, comme ceux qui, dans la légende, ont été changés en pierres; s’il en est ainsi, il appartiendra au naturaliste de parler de l’âme et d’en avoir la science, et sinon de toute l’âme, du moins de ce qui fait l’animal ce qu’il est; le naturaliste doit connaître ce qu’est l’âme, ou cette partie spéciale de l’âme, et tout ce qui accompagne son essence, d’autant plus que la nature se dit en deux sens: la matière et la substance. C’est cette dernière qui joue le rôle de moteur et de fin. C’est cela qu’est l’âme de l’animal, ou tout entière, ou une partie d’elle-même. Ainsi, il faut, dans l’étude de la nature, insister davantage sur l’âme que sur la matière, dans la mesure précisément selon laquelle c’est par l’âme que la matière est nature, et non l’inverse; en effet, le bois n’est lit et trépied, que parce qu’il est cela en puissance.»
Aristote, Des parties des animaux, 1,1,
La dissociation cartésienne
« Or il n’y a rien que cette nature m’enseigne plus expressément, ni plus sensiblement, sinon que j’ai un corps qui est mal disposé quand je sens de la douleur, qui a besoin de manger ou de boire, quand j’ai les sentiments de la faim ou de la soif, etc. Et partant je ne dois aucunement douter qu’il n’y ait en cela quelque vérité.
La nature m’enseigne aussi par ces sentiments de douleur, de faim, de soif, etc., que je ne suis pas seulement logé dans mon corps, ainsi qu’un pilote en son navire, mais, outre cela, que je lui suis conjoint trés étroitement et tellement confondu et mêlé, que je compose comme un seul tout avec lui. Car, si cela n’était, lorsque mon corps est blessé, je ne sentirais pas pour cela de la douleur, moi qui ne suis qu’une chose qui pense, mais j’apercevrais cette blessure par le seul entendement, comme un pilote aperçoit par la vue si quelque chose se rompt dans son vaisseau ; et lorsque mon corps a besoin de boire ou de manger, je connaîtrais simplement cela même, sans en être averti par des sentiments confus de faim et de solf. Car en effet tous ces sentiments de faim, de soif, de douleur, etc., ne sont autre chose que de certaines façons confuses de penser, qui proviennent et dépendent de l’union et comme du mélange de l’esprit avec le corps.
Outre cela, la nature m’enseigne que plusieurs autres corps existent autour du mien, entre lesquels je dois poursuivre les uns et fuir les autres. » Descartes Méditations métaphysiques, VI, Garnier T. II, p. 492 – 493
La synthèse de Bergson
« On pourrait dire de la vie comme de la conscience qu’à chaque instant elle crée quelque chose.
Mais contre cette idée de l’originalité et de l’imprévisibilité absolue des formes toute notre intelligence s’insurge. Notre intelligence, telle que l’évolution de la vie l’a modelée, a pour fonction essentielle d’éclairer notre conduite, de préparer notre action sur les choses, de prévoir pour une situation donnée, les évènements favorables ou défavorables qui pourront s’ensuivre. Elle isole donc instinctivement, dans une situation, ce qui ressemble au déjà connu ; elle cherche le même, afin de pouvoir appliquer son principe que « le même produit le même ». En cela consiste la prévision de l’avenir par le sens commun. La science porte cette opération au plus haut degré possible d’exactitude et de précision, mais elle n’en altère pas le caractère essentiel. Comme la connaissance usuelle la science ne retient des choses que l’aspect répétition. Si le tout est original, elle s’arrange pour l’analyser en élément ou en aspects qui soient à peu près la reproduction du passé. Elle ne peut opérer que sur ce qui est censé se répéter, c’est à dire sur ce qui est soustrait, par hypothèse, à l’action de la durée. Ce qu’il y a d’irréductible et d’irréversible dans les moments d’une histoire lui échappe.» (Bergson, L’évolution créatrice : chapitre 1 : vivant et conscience)
Comprendre le vivant à partir de l’évolution des espèces :
Le débat Lamarck / Darwin
« Plusieurs naturalistes éminents ont récemment exprimé l’opinion qu’il y a, dans chaque genre, une multitude d’espèces ; considérées comme telles, qui ne sont cependant pas de vraies espèces ; tandis qu’il en est d’autres qui sont réelles, c’est-à-dire qui ont été créées d’une manière indépendante. C’est là, il me semble ; une singulière conclusion. Après avoir reconnu une foule de formes, qu’ils considéraient tout récemment encore comme des créations spéciales, qui sont encore considérées comme telles par la grande majorité des naturalistes ; et qui conséquemment ont tous les caractères extérieurs de véritables espèces, ils admettent que ces formes sont le produit d’une série de variations et ils refusent d’étendre cette manière de voir à d’autres formes un peu différentes. Ils ne prétendent cependant pas pouvoir définir, ou même conjecturer, quelles sont les formes qui ont été créées et quelles sont celles qui sont le produit de lois secondaires. Ils admettent la variabilité comme vera causa dans un cas, et ils la rejettent arbitrairement dans un autre, sans établir aucune distinction fixe entre les deux. Le jour viendra où l’on pourra signaler ces faits comme un curieux exemple de l’aveuglement résultant d’une opinion préconçue. Ces savants ne semblent pas plus s’étonner d’un acte miraculeux de création que d’une naissance ordinaire. Mais croient-ils réellement qu’à d’innombrables époques de l’histoire de la terre certains atomes élémentaires ont reçu l’ordre de se constituer soudain en tissus vivants? Admettent-ils qu’à chaque acte supposé de création il se soit produit un individu ou plusieurs? Les espèces infiniment nombreuses de plantes et d’animaux ont-elles été créées à l’état de graines, d’ovules ou de parfait développement? Et, dans le cas des mammifères, ont-elles, lors de leur création, porté les marques mensongères de la nutrition intra-utérine? À ces questions, les partisans de la création de quelques formes vivantes ou d’une seule forme ne sauraient, sans doute, que répondre. […] ». Charles Darwin, « l’origine des espèces »
L’origine des espèces
Espèces d’espèces
http://www.science-television.com/pariscience/popup_video.php?player=a7bb76826558fbee47b11103c0fcd35c&pID=195&video=
Halte au créationnisme
- Nous allons travailler sur ce thème à partir d’une bibliographie sélectionnée au C.D.I du lycée :
bibiliographie-evolutionnisme-1
Voici les articles à consulter :
- Nous recevrons au lycée mardi 7 avril un intervenant :
François MARCHAL, paléoanthropologue
UMR 6578 – Unité d’Anthropologie Bioculturelle
CNRS / Université de la Méditerranée / EFS
Faculté de Médecine – Secteur Nord
Université de la Méditerranée
Résumé de sa conférence.
Théorie de l’évolution et créationnisme
L’évolution biologique des êtres vivants est une réalité avérée. La théorie de l’évolution est le cadre conceptuel actuel qui explique scientifiquement cette réalité. Divers courants de pensée tentent, depuis Darwin, de nier cette réalité de l’évolution. Certaines de ces tentatives récentes utilisent le subterfuge qui consiste à imiter la démarche scientifique pour rejeter l’explication darwinienne de l’évolution au profit d’une conception créationniste. Qu’est ce qui caractérise la démarche scientifique ? Pourquoi la théorie darwinienne de l’évolution est bel et bien une théorie scientifique ? Pourquoi les alternatives créationnistes ne le sont pas ? Ce sera l’objectif de cet exposé que d’apporter quelques éléments de réponses à ces questions.