Auto-portrait de Rembrandt

auto-portrait
« Le génie est la disposition innée de l’esprit par laquelle la nature donne des règles à l’art » Kant Critique de la faculté de juger § 46

Le vivant (textes de Descartes et Kant)

montre
 
 Le comportement des animaux est comparable à celui de machines pour Descartes :

            « Je sais bien que les bêtes font beaucoup de choses mieux que nous, mais je ne m’en étonne pas ; car cela même sert à prouver qu’elles agissent naturellement et par ressorts, ainsi qu’une horloge, laquelle montre bien mieux l’heure qu’il est, que notre jugement ne nous l’enseigne. Et sans doute que, lorsque les hirondelles viennent au printemps, elles agissent en cela comme des horloges. Tout ce que font les mouches à miel est de même nature, et l’ordre que tiennent les grues en volant, et celui qu’observent les singes en se battant, s’il est vrai qu’ils en observent quelqu’un, et enfin l’instinct d’ensevelir leurs morts, n’est pas plus étrange que celui des chiens et des chats, qui grattent la terre pour ensevelir leurs excréments, bien qu’ils ne les ensevelissent presque jamais : ce qui montre qu’ils ne le font que par instinct, et sans y penser. On peut seulement dire que, bien que les bêtes ne fassent aucune action qui nous assure qu’elles pensent, toutefois, à cause que les organes de leurs corps ne sont pas fort différents des nôtres, on peut conjecturer qu’il y a quelque pensée jointe à ces organes, ainsi que nous expérimentons en nous, bien que la leur soit beaucoup moins parfaite.

 À quoi je n’ai rien à répondre, sinon que, si elles pensaient ainsi que nous, elles auraient une âme immortelle aussi bien que nous ; ce qui n’est pas vraisemblable, à cause qu’il n’y a point de raison pour le croire de quelques animaux, sans le croire de tous, et qu’il y en a plusieurs trop imparfaits pour pouvoir croire cela d’eux, comme sont les huîtres, les éponges, etc. »

            René Descartes, Lettre au marquis de Newcastle, 23 novembre 1646, in Oeuvres et lettres, Gallimard, bibliothèque de la Pléiade, 1983

b, pp.1256-1257.

Kant            

Kant rappelle au contraire  que le vivant possède, parmi ses caractéristiques, la capacité de se reproduire . C’est l’une des raisons pour lesquelles il ne peut être assimilé à un simple mécanisme.  

            « Dans une montre une partie est l’instrument du mouvement des autres, mais un rouage n’est pas la cause efficiente de la production d’un autre rouage ; certes une partie existe pour une autre, mais ce n’est pas par cette autre partie qu’elle existe. C’est pourquoi la cause productrice de celles-ci et de leur forme n’est pas contenue dans la nature (de cette matière), mais en dehors d’elle dans un être, qui d’après des Idées peut réaliser un tout possible par sa causalité. C’est pourquoi aussi dans une montre un rouage ne peut en produire un autre et encore moins une montre d’autres montres, en sorte qu’à cette effet elle utiliserait (elle organiserait) d’autres matières ; c’est pourquoi elle ne remplace pas d’elle-même les parties, qui lui ont été ôtées, ni ne corrige leurs défauts dans la première formation par l’intervention des autres parties, ou se répare elle-même, lorsqu’elle est déréglée : or tout cela nous pouvons en revanche l’attendre de la nature organisée. – Ainsi un être organisé n’est pas simplement machine, car la machine possède uniquement une force motrice; mais l’être organisé possède en soi une force formatrice, qu’il communique aux matériaux, qui ne la possèdent pas (il les organise) : il s’agit ainsi d’une force formatrice qui se propage et qui ne peut pas être expliquée par la seule faculté de mouvoir (le mécanisme). »

            Emmanuel Kant, Critique de la faculté de juger (1790), § 65, trad. A. Philonenko, Vrin, 1993, pp. 297-298.

  

Le vivant


FICHE LE VIVANT

Vivant :  (etymologie : lat. vivus, vivant, animé, de vivere, vivre).  Le vivant est une catégorie qui regroupe tous les êtres doués de vie, et pourtant on ne définit pas le vivant comme « un être doué de vie ». Pourquoi ? Parce que la  » vie  »  est une notion problématique en ce sens que la vie n’est pas une donnée observable, et que les frontières entre le vivant et le non-vivant sont moins nettes qu’on pourrait le croire (cf un embryon congelé par exemple, ou un germe hiberné pendant plusieurs siècles). On préfère donc définir les êtres (ou  » systèmes)   vivants par des traits caractéristiques communs, observables et aussi  objectifs que possibles. Selon Jacques Monod (dans Le hasard et la nécessité, 1970)  les êtres vivants, depuis l’amibe jusqu’à l’homme,  s’opposent aux êtres naturels et aux choses artificielles (produites par l’homme)  de trois poins de  vue : 1) Le vivant est un individu indivisible doué d’une autonomie relative à l’égard du milieu ambiant et  il obéit globalement à une programmation interne même s’il a besoin d’apports extérieurs pour se régénérer 2)  Il est porteur d’une invariance reproductive, les êtres vivants reproduisent d’autres êtres vivants possédant les caractéristiques essentielles de l’espèce 3) Chaque système vivant, dans son ensemble comme dans chacune de ses parties, répond à une fonction, c’est-à-dire semble poursuivre des fins.
 On retiendra de tout ceci l’essentiel : les êtres vivants sont des systèmes auto organisés, auto normés, dont tous les organes et les éléments sont solidaires et indissociables. On ne peut pas détruire ou décomposer un être vivant  puis le reconstituer par la suite, contrairement à ce que pourrait suggérer la généralisation des opérations de greffes d’organes. Un être vivant  naît et meurt, et la mort est irréversible, tandis  qu’une machine peut toujours être reconstituée.
Biologie : Le mot  » biologie  » apparaît en 1802 avec Lamarck, auteur de Théorie de l’évolution des espèces. Mais la biologie ne se constitue vraiment en science qu’au cours du 19 ième siècle grâce à trois découvertes décisives concernant le rôle de la cellule dans le vivant (A. Leeuwenhoek, 1665), la loi de l’hérédité (Mendel, 1866) et celle de l’évolution des espèces (Darwin 1859) . Jusque là,  les interdits religieux (interdit de la dissection) les préjugés (celui de la génération spontanée) et certaines théories philosophiques (le finalisme hérité d’Aristote, le mécanisme trop schématique de  Descartes)  entravaient les recherches. Aujourd’hui les progrès de la génétique et des neurosciences entraînent des bouleversements constants. L’opposition entre le corps (purement matériel) et l’esprit (purement humain) est remise en cause par  la neurobiologie qui nous apprend à mieux comprendre le rôle du   substrat matériel des opérations mentales (cf  l’ouvrage de  l’américain  Antonio Damasio : L’erreur de Descartes, qui démontre le rôle essentiel des émotions, donc du rapport au corps,  dans l’intelligence humaine).
 Mécanisme : Théorie d’après laquelle le fonctionnement du vivant peut être expliqué comme celui d’une machine. En d’autres termes : les activités du vivant se réduisent aux propriétés physico-chimique de la matière. Ainsi, pour Descartes, le  comportement des animaux ne nécessite pas le recours à la notion de  » vie « , au sens d’Arsistote,  ni d’intention. L’on admet aujourd’hui que la cellule vivante  se comporte en effet comme une  » horlogerie microscopique « , ce qui donne sur ce point , raison à Descartes.
 Finalisme : théorie d’après laquelle, pour expliquer le comportement des êtres naturels, en particulier des êtres vivants, il faut faire appel à la notion de  » causes finales  » ( fins , objectifs ou intentions de ce qui agit).

Louise Bourgeois au centre Pompidou

Louise Bourgeois
Née à Paris en 1911, vivant à New York depuis 1938, Louise Bourgeois est devenue une référence majeure de l’art moderne et contemporain. Rétive a toute classification, son oeuvre, polymorphe, constitue un cas particulier de l’histoire de l’art, qui échappe – bien qu’elle les traverse – à tous les mouvements de la deuxième partie du 20e siècle. La richesse et la diversité de son oeuvre résultent de sa position singulière, toujours décalée: entre deux mondes, entre deux langues, entre féminin et masculin, ordre et chaos, organique et géométrie…

Sa sculpture, hybride, témoigne de ce va-et-vient entre des pôles opposés, de ce dédoublement. En allant au plus profond de son inconscient, Louise Bourgeois rejoint les mythes universels et les archétypes, donnant une version à la fois obscène et dionysiaque de la figure maternelle. Cette exposition de l’oeuvre de Louise Bourgeois rassemble dans trois espaces du Centre Pompidou près de deux cents oeuvres, peintures, sculptures, dessins, gravures, de 1938 à 2007. Elle permet de découvrir le lien profond qui unit les différents moyens d’expression de l’artiste, de révéler la permanence de certains thèmes obsessionnels déclinés tout au long de sa vie avec des matériaux variés.

 (Petit journal de l’expo)

 

La vierge et Saint Anne de Leonard de Vinci

la vierge
Voici le tableau de Leonard de Vinci dont Freud a donné une célèbre interprétation originale dans « Un souvenir d’enfance de Leonard de Vinci » Lire ici

Les formes symboliques doivent être interprétées

rêve dali
(Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une pomme-grenade… de Salvador Dali)

 Tout ce qui relève de l’esprit est d’ordre symbolique et doit donc être interprété.
 Voici le texte  de Hegel à ce sujet:

« Le symbole est une chose extérieure, une donnée directe et s’adressant directement à notre intuition ; cette chose cependant n’est pas prise et acceptée telle qu’elle existe réellement, pour elle-même, mais dans un sens beaucoup plus large et beaucoup plus général. Il faut donc distinguer dans le symbole : le sens et l’expression. Celui-là se rattache à une représentation ou à un objet, quel que soit son contenu ; celle-ci est une existence sensible, ou une image quelconque.

1)   Le symbole est avant tout  un signe. Mais dans la simple présentation, le rapport qui existe entre le sens et son expression est un rapport purement arbitraire. Cette expression, cette image ou cette chose sensible représente si peu elle-même qu’elle éveille plutôt en nous l’idée d’un contenu qui lui est tout à fait étranger, avec lequel elle n’a, à proprement parler, rien de commun […]

2)   Il en est autrement d’un signe destiné à servir de symbole. Le lion, par exemple, est considéré comme le symbole du courage, le renard comme celui de la ruse, le cercle comme celui de l’éternité, le triangle comme celui de la Trinité. Or, le lion et le renard possèdent bien les qualités, les propriétés dont ils doivent exprimer le sens. De même, le cercle ne présente pas l’aspect inachevé ou arbitrairement limité d’une ligne droite ou d’une autre ligne qui ne revient pas sur elle-même ou encore d’un intervalle de temps ; et un triangle a un nombre de côtés et d’angles égal à celui qu’évoque en nous l’idée de Dieu, lorsqu’on compte les déterminations que la religion attribue à Dieu.

 Dans tous ces exemples les objets sensibles ont déjà par eux-mêmes la signification qu’ils sont destinés à représenter et à exprimer, de sorte que le symbole, pris dans ce sens, n’est pas un simple signe indifférent, mais un signe qui, tel qu’il est extérieurement, comprend déjà le contenu de la représentation qu’il veut évoquer. Et en même temps, ce qu’il veut amener à la conscience, ce n’est pas lui-même, en tant que tel ou tel objet concret et individuel, mais la qualité générale dont il est censé être le symbole.

3)   Nous ferons remarquer en troisième lieu que le symbole qui ne doit pas être adéquat à son sens, en tant que signe purement extérieur, ne doit pas non plus, pour rester symbole, lui être tout à fait adéquat. […]

Il résulte de ce qui vient d’être dit qu’envisagé du point de vue de son  concept, le symbole possède toujours un double sens ».

HEGEL
 Traduction S.Jankélévitch
 Esthétique Deuxième volume, Introduction, Du symbole en général, pp 12-13-14, 1978, Champs Flammarion

N° 5 de Jackson Pollock

Numéro 5 de Pollock

 Voici le tableau actuellement le plus cher du monde.

 Il me semble bien illustrer la description du « Chef d’oeuvre inconnu » par Poussin dans la fameuse nouvelle de Balzac:

 « Je ne vois là que des couleurs confusément amassées et contenues par une multitude de ligns bizarres qui forment une muraille de peinture » Le chef d’oeuvre inconnu