L’explication de texte de philosophie (méthode)

 

La méthode élémentaire  de l’explication de texte de philosophie au bac

 

Première lecture :

 Tout d’abord, vous vous assurez que vous comprenez convenablement le texte, c’est-à-dire que vous êtes capable d’en dégager la thèse  sans aucun doute possible (sinon vous ne prenez pas ce sujet). Avec deux « stabilo », soulignez (non pas n’importe quoi)  mais seulement :1) le ou les mots clés, trois ou quatre occurrences maximum 2 ) les mot-logiques qui indiquent les étapes du raisonnement (par exemple : car, donc, mais, ainsi..)

Au brouillon :

– Dégagez le thème  de l’extrait et  la question (soulevée à laquelle il répond) et, pour finir, la thèse (réponse à la question soulevée).

– Dégagez la structure logique : par exemple : Thèse –Arguments- Objections – Conclusion . Ou encore : Opinion commune- Réfutation  (série d’arguments) – Illustration- Thèse et Conclusion.

– Formulez votre problématique : la question  (décomposée en 2 ou 3 points) soulevée puis tranchée ou traitée  par l’auteur.

-Indiquez deux pistes de réflexion pour votre partie « critique » : Par exemple : 1) caractère paradoxal de la thèse 2) Impact dans l’histoire des idées (Nota bene : « critiquer » ne signifie pas « invalider »)

 Rédaction :

-Introduction . Ne résumez pas le texte, n’annoncez pas votre propos. Procédez en deux temps : 1) Ancrage du texte dans un thème 2) Enoncé de votre problématique.

-Explication proprement dite : en deux ou trois parties, suivant le plan du texte. Phrase après phrase. Les affirmations les plus abstraites doivent être illustrées. Les difficultés doivent être explicitées et non pas passées sous silence. Les idées les plus fortes (difficiles, originales) doivent être mises en relief. Ainsi, en tant que lecteur, vous témoignez de votre ETONNEMENT (philosopher, c’est savoir s’étonner).

Partie critique : en deux temps :  par exemple : 1) Objections 2) Réponse aux objections (c’est une possibilité parmi d’autres).

 

 L’ESSENTIEL A RETENIR

-Manifester un réel esprit CRITIQUE ; ne pas adhérer purement et simplement au propos de l’auteur. (paraphrase). Au contraire, il faut interroger le texte,  questionner les idées et le mode d’argumentation de  l’auteur.

– Ne pas reprocher à l’auteur de ne pas avoir pensé à ceci ou à cela. Vous ne connaissez pas l’ensemble de son œuvre

– Ne pas plaquer des connaissances extérieures et superflues.

– Ne pas  supposer que la thèse est forcément dans la première phrase

– Faire preuve de pédagogie. Ne pas embrouiller le lecteur, au contraire tenter de clarifier le texte, comme si vous l’expliquiez à quelqu’un qui ne le comprend pas.

La méthode de la dissertation de philosophie en terminale

La méthode de la dissertation de philosophie en terminale

 

Je prendrai quatre exemples de sujets (de terminale)  :

1) Les hommes existent-ils comme existent les choses ?

2) Quel rôle joue l’expérience dans la connaissance humaine ?

3) L’homme est-il le seul être à avoir une histoire ?

4) L’art peut-il être immoral ?

Principe de base :

Il faut élaborer une problématique, puis faire un plan en trois parties. Chaque partie constitue une thèse (et non un thème comme «  l’existence », par exemple, ni une question comme « qu’est-ce que l’art ? »  par exemple). Une thèse comporte en général un sujet,  un verbe et un complément. Elle constitue une réponse à la question posée, ou à l’une des questions posées en introduction. Par exemple : «  L’expérience est la base de toute connaissance ».

 L’introduction, les trois parties et la conclusion sont nettement séparées (trois lignes). Chaque partie énonce explicitement en conclusion la réponse donnée dans cette partie à la question posée.

La problématique

 Ce n’est pas une question, ni une suite décousue de questions, mais deux ou trois questions articulées entre elles, et déduites de la tension inhérente au sujet. Par exemple,  l’antagonisme entre hommes et choses (sujet 2). Ou l’indépendance entre art et moralité (sujet 4). Pour trouver sa problématique, il faut chercher une opposition ou une contradiction inhérente au sujet, puis énoncer cette apparente opposition  (d’un côté l’art n’a que faire de la morale, d’un autre côté, il existe des œuvres scandaleuses) puis suggérer un éventuel dépassement de cette contradiction (« il faut (ou il ne faut pas)  établir des limites, ou des interdits,  en art. Mais qui peut faire cela ? » ). Ou bien (sujet 3) : seul l’homme a une conscience donc une histoire, mais les animaux ont une histoire au sens d’évolution. Comment distinguer histoire et évolution ?

Ce que font les élèves et qu’il ne faut pas faire

C’est ce que j’appelle les « stratégies d’évitement » du sujet. Eviter la question dans son originalité, afin de réciter son cours, par exemple le cours sur l’empirisme et le rationalisme pour le sujet 2. Il ne faut jamais commencer une partie par « selon tel philosophe « , ni le devoir par : « De tous temps, les philosophes ont pensé » . Pas de citations sans référence, sans explication. Pas de citations hors contexte. Ne pas énoncer une thèse stupide et indéfendable en première partie. Toute affirmation doit être nuancée, pesée, réfléchie et justifiée.

 L’introduction

 Entrez immédiatement dans le vif du sujet. Pas de baratin, pas d’amorce. Eventuellement énoncer des définitions provisoires des termes du sujet, sans négliger aucun terme (apr exemple « chose » pour le sujet 1, ou « moral/immoral » pour le sujet 4. Puis finir par la problématique.

Les différents types de plan

 Quand il s’agit d’une question à laquelle on peut répondre par oui ou non, on peut faire thèse, antithèse synthèse, mais en nuançant d’emblée « certaines œuvres d’art peuvent paraître immorales, ont pu paraître telles» et sans énoncer des opinions tranchées et évidemment absurdes  parce que trop générales : « l’art n’est jamais  immoral » . Pensez qu’une question sur l’art (sujet 4) amène à s’interroger sur les différents types d’œuvres, les différentes formes d’art. Les réponses varieront selon les cas (œuvres figuratives ou  non) ; de même , en ce qui concerne les choses (sujet 1), il y a toutes sortes de choses, les réponses varieront selon les cas.

Si vous ne pouvez pas répondre par oui ou par non (sujets 2 et 3) il faut  trouver une contradiction qui vous permette d’énoncer un point de vue en première partie, un point de vue opposé en seconde partie, puis un point de vue différent et plus juste –plus synthétique, plus englobant ou plus radical en troisième partie. C’est souvent en jouant sur le sens des mots, plus large ou plus restreint (sens du mot « histoire », sens du mot « art », ou « expérience » ) que vous parviendrez à trouver vos trois thèses

 Conclusion

Elle répond à la question posée de façon à la fois claire, nette et pourtant nuancée, en récapitulant les trois parties et en indiquant le chemin parcouru (voilà ce qu’on a découvert et qui ne va pas de soi tant qu’on y a pas réfléchi)

 

 

La culture

musee-branlyLa culture

Le mot « culture » vient du latin « colere » qui veut dire « mettre en valeur ». On peut mettre en valeur un jardin mais aussi l’esprit. Depuis Platon et le mythe de Prométhée, on admet que l’homme est un être de culture. Prométhée,  constatant que l’homme était moins bien pourvu que les autres animaux,  a dérobé aux Dieux le feu et l’art politique, symboles de la culture.Ce forfait va permettre aux hommes de survivre malgré leur  faiblesse constitutionnelle.

 

Nature et culture

 Une très longue tradition philosophique oppose la nature et la culture, d’abord dans l’ensemble de l’univers, puis en l’homme. Le ciel étoilé, la terre,  les règnes minéraux et végétaux, appartiennent à la nature. Tout ce qui est produit par l’homme depuis la roue jusqu’à la centrale nucléaire et aux toiles de Picasso, appartiennent à la culture ; les institutions et les lois relèvent aussi de la culture, au sens  de « civilisation »,  c’est-à-dire de l’ensemble des coutumes, savoir-faire, traditions et croyances que les générations successives se transmettent. En l’homme, la « nature » désigne ce qui est donné à la naissance, tandis que la  « culture » désigne ce qu’il acquiert tout au long de son éducation. Rousseau nomme « perfectibilité » la capacité de l’homme, non pas (seulement) de progresser, mais d’évoluer sans cesse, en bien comme en mal.

 

La culture et les cultures

 Employé au singulier, le mot « culture » est synonyme de civilisation. Or cette idée de civilisation suggère un mouvement continu de l’humanité vers plus de connaissance et de lumières. On serait donc ainsi plus ou moins civilisé selon les continents et les époques. Les sociétés dites « primitives » seraient moins civilisées, donc moins  cultivées, que la société industrielle la plus performante. Or cette idée est largement remise en cause aujourd’hui. Le mouvement de l’humanité n’est pas un progrès uniforme et continu. Aucune société n’est en avance ni en retard. Lévi-Strauss et la plupart des philosophes et ethnologues préfèrent désormais parler de « cultures » au pluriel. « Culture » désigne  alors l’ensemble cohérent des  constructions imaginaires, structures mentales et modes de productions propres à chaque  communauté.

 

Culture générale, culture universelle

 Le mot « culture » désigne aussi le produit de l’éducation morale et intellectuelle de chaque individu. Tout être humain reçoit une telle « culture » par définition. Mais,  en ce sens, la culture  comporte également des degrés ; toutefois, l’approfondissement de la culture  dite « générale » n’est  pas  d’ordre quantitatif : « Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine »  (Rabelais). Un homme « cultivé » (une tête bien faite !) est   capable de juger par lui-même,  par exemple de ce qui est beau. Cela signifie que grâce à son éducation il est en mesure  de dépasser les préjugés de sa « culture »,  c’est-à-dire d’une vision du monde close, autrement dit inaccessible à un étranger. Plus un homme est vraiment cultivé,  plus il est tolérant, c’est-à-dire ouvert à  toute autre culture : «  Rien de ce qui est humain ne m’est étranger » (Térence)

 

Sujets de dissertation : La culture rend-elle libre ? Une culture peut-elle être porteuse de valeurs universelles ? Puis-je juger la culture à laquelle j’appartiens ?

 Liens : texte de Rousseau : la perfectibilité, la culture, et le goût doit-il être éduqué ? et de Lévi-Strauss : nature et culture

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A quoi bon philosopher?

 

 

 

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« L’esprit qui s’est accoutumé à la liberté et à l’impartialité de la contemplation philosophique, conservera quelque chose de cette liberté et de cette impartialité dans le monde de l’action et de l’émotion; il verra dans ses désirs et dans ses buts les parties d’un tout, et il les regardera avec détachement comme les fragments infinitésimaux d’un monde qui ne peut être affecté par les préoccupations d’un seul être humain. L’impartialité qui, dans la contemplation, naît d’un désir désintéressé de la vérité, procède de cette même qualité de l’esprit qui, à l’action, joint la justice, et qui, dans la vie affective, apporte un amour universel destiné à tous et non pas seulement à ceux qui sont jugés utiles ou dignes d’admiration. Ainsi, la contemplation philosophique exalte les objets de notre pensée, et elle ennoblit les objets de nos actes et de notre affection ; elle fait de nous des citoyens de l’univers et non pas seulement des citoyens d’une ville forteresse en guerre avec le reste du monde. C’est dans cette citoyenneté de l’univers que résident la véritable et constante liberté humaine et la libération d’une servitude faite d’espérances mesquines et de pauvres craintes.

 Résumons brièvement notre discussion sur la valeur de la philosophie : la

philosophie mérite d’être étudiée, non pour y trouver des réponses précises

aux questions qu’elle pose, puisque des réponses précises ne peuvent, en général, être connues comme conformes à la vérité, mais plutôt pour la valeur des questions elles-mêmes ; en effet, ces questions élargissent notre conception du  possible, enrichissent notre imagination intellectuelle et diminuent l’assurance dogmatique qui ferme l’esprit à toute spéculation; mais avant tout, grâce à la grandeur du monde que contemple la philosophie, notre esprit est lui aussi revêtu de grandeur et devient capable de réaliser cette union avec l’univers qui  constitue le bien suprême ».

                 B, Russell, Problèmes de philosophie (1912),

                      Éd. Pavot, 1975, pp. 185-186.


 

Le philosophe dans la cité

Texte  1 socrate-fresque-ephese

 

 

 

 

 

 

 

 

Le philosophe dans la cité

Platon oppose ici le philosophe, peu soucieux de l’organisation de la vie sociale, et l’homme politique constamment absorbé par la vie publique. Même si le  philosophe paraît stupide au commun des mortels, il est  vraiment «  libre »  aux yeux de Platon : 

 

   Socrate/ Théodore 

«  – Socrate . Il y a chance que ceux qui, dès leur jeunesse, ont roulé dans les tribunaux et autres lieux du même genre soient à ceux qui ont été nourris dans la philosophie et dans une occupation semblable, ce que des gens de service sont à des hommes libres.

 Théodore . En quoi donc ?

  S. En ce que ceux-ci ont loisir et que c’est en paix qu’ils tiennent à loisir leurs propos… tandis que les autres, c’est toujours dans l’affairement qu’ils parlent ; car l’heure tourne, et il ne leur est pas permis de parler de ce qu’ils veulent : la partie adverse oppose la contrainte et le formulaire d’accusation dont il n’est pas permis de s’écarter selon le serment légal réciproque, comme ils le disent, et leurs propos portent sur un esclave du même genre qu’eux et s’adressent à un maître qui siège tenant toujours cause en main ; jamais leurs contextes n’ont d’autre objet que privé et la vie en est souvent l’enjeu. Tout cela les rend tenaces et finassiers, habiles à flatter le maître en paroles et à le circonvenir en fait, mesquins et torses en leurs âmes. Tout jeunes, la servitude les priva d’épanouissement, de droiture et de liberté, les astreignit aux pratiques tortueuses, imposa à leurs âmes encore tendres de gros dangers et de grandes frayeurs ; incapables de leur opposer le juste et le vrai, tournés d’emblée vers le mensonge et les injustices réciproques, ils sont à ce point tordus et rabougris que, parvenus à l’âge adulte, leur esprit n’a rien de sain, alors qu’ils sont devenus, à ce qu’ils croient, habiles et savants. […]

Dès leur jeunesse, les philosophes commencent par ignorer le chemin qui mène à la place publique, le lieu du tribunal, du conseil, et de tout autre salle commune ; ils n’ont d’yeux ni d’oreilles pour les lois ni pour les décisions orales ou écrites ; quant aux intrigues des partis pour occuper les postes, aux réunions, aux banquets et aux parties fines avec les joueuses de flûte, ils ne songent pas même en rêve à y prendre part. Qu’un événement heureux ou malheureux se soit produit en ville, qu’un tel ait hérité d’une tare d’une lignée ou de l’autre de ses ancêtres, il l’ignore plus encore que la contenance de la mer, comme dit le proverbe. Et il ne sait même pas qu’il ne sait pas tout cela, car ce n’est pas dans l’intention de se faire valoir qu’il reste à l’écart ; en fait, il n’y a que son corps qui réside et séjourne dans la ville ; quant à sa pensée, qui n’accorde aucun prix à tout cela, elle plane partout,  en-deçà des terres, au-delà des cieux comme dit Pindare, géomètre des unes et astronome des autres, cherchant partout à pénétrer toute la nature de chaque réalité en son entier, sans se laisser choir sur ce qui est proche d’elle.

T. Que veux-tu dire par là, Socrate ?

S. Ce que veut dire l’anecdote que voici Thalès qui regardait en l’air pour observer les astres, vint à choir dans un puits ; une servante thrace, pleine d’esprit et d’à propos, le railla de son ardeur à savoir ce qui est au ciel, sans voir ce qui se trouvait à ses pieds. Le trait vaut pour tous ceux qui passent leur vie à philosopher. Il est de fait que la philosophie ignore tout de son proche et voisin : non seulement ce qu’il fait, mais pour un peu s’il est un homme ou quelque autre créature. En revanche que peut bien être l’homme, que convient-il qu’une telle nature fasse ou subisse de différent des autres, voilà ce qu’il cherche et met tous ses soins à approfondir. Sans doute, vois-tu ce que je veux dire, Théodore ?

T. Je vois et tu dis vrai.

 S. Tel est le philosophe, mon cher, dans le privé, et en public également, comme je te disais, lorsqu’au tribunal ou ailleurs il est forcé de parler de ce qui est à ses pieds ou sous ses yeux : ce n’est pas seulement aux femmes thraces mais à n’importe quelle foule qu’il prête à rire, car il tombe d’embarras en embarras comme dans un puits et sa terrible maladresse lui vaut réputation de stupidité ».

Théétète 172c -176a  traduction Louis Guillermit, Platon par lui-même, G.F. Flammarion, 1989