L’histoire

Obama investiture familleLe mot « histoire » en français est  équivoque. Distinguons au   moins trois sens. L’ « histoire » tout court, c’est la réalité passée, présente et à venir  de l’espèce humaine : « histoire » est  alors proche de  « devenir ». L’ « histoire » que l’on enseigne à l’école est le récit d’un tel  devenir. Enfin l’ « histoire » de telle ou telle réalité renvoie au  mouvement et aux  grandes étapes  d’un   processus évolutif (l’histoire de l’art par exemple).

Une science humaine

L’histoire,  du grec istoria : enquête, dans son sens usuel rassemble toutes les connaissances relatives au passé de l’humanité.  Cette discipline s’apparente à une science par sa rigueur et  son exigence de vérité. Mais si l’histoire est une science, ce n’est pas une science exacte mais une « science humaine », c’est-à-dire une science dont l’objet est l’homme. Or le comportement des hommes ne peut être étudié ni rapporté comme ceux  d’une planète ou d’une molécule de gaz.  Les actions des hommes doivent être interprétées et organisées afin de prendre la forme d’un récit structuré et signifiant. L’objectivité stricte est hors d’atteinte.

Idéalisme et matérialisme

Les philosophes modernes  ont avant tout été soucieux d’établir  l’intelligibilité  de l’histoire. L’histoire n’est pas une suite d’événements et  de décisions aussi incompréhensibles qu’imprévisibles. Pour les  philosophies idéalistes (Kant, Hegel, Comte), il existe une rationalité profonde qui gouverne le monde et qui en constitue la trame cachée.  Pour Hegel, en particulier, les passions des hommes ne sont que les « matériaux » que la raison utilise pour parvenir à son but.  Pour les matérialistes (Marx et Engels) l’histoire repose sur une base matérielle (l’infra-structure économique) qui la détermine en premier lieu.  Les approches hégelienne et marxiste sont  « dialectiques »,  ce qui signifie qu’elles reposent sur l’idée que le « négatif » (les luttes, l’opposition de intérêts, les conflits et leur résolution, la violence en général) joue un rôle majeur dans le progrès historique.

Le  sens de l’histoire

Aujourd’hui les philosophes et les historiens ont tendance à se méfier de ces  approches systématiques de l’histoire. Marx et Hegel, tout comme Auguste Comte (1798-1857), ont pensé en effet que l’histoire avançait  nécessairement vers un but, un accomplissement, ce qu’ils appellent une « fin »  – le savoir partagé, le communisme ou la paix. Aujourd’hui un tel optimisme n’est plus de mise. Pourtant, il est difficile de renoncer à l’idée de sens de l’histoire. Kant pensait que le fait de croire dans le progrès (évolution globale vers un mieux) était stimulant et constituait même pour chacun d’entre nous un devoir moral. Même si l’homme est libre et si l’histoire est imprévisible, la connaissance historique  nous permet tout de même d’anticiper partiellement l’avenir et d’adopter  une orientation positive fondée sur une meilleure intelligence de notre passé

Sujets de dissertation : Le passé peut-il faire l’objet d’une connaissance historique ? Le rôle de l’historien est-il de juger ? Un peuple est-il responsable de son histoire ?

Liens : Histoire et progrès (cours)

Textes de Marx et Engels (histoire et lutte des classes), textes de Hegel de Kant sur le progrès et de Comte sur le positivisme

Citation commentée Descartes

 « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu que ceux mêmes qui sont les plus difficiles à contenter en toute  autre chose, n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils n’en ont »  

Cette déclaration inaugurale du Discours de la méthode  est justement célèbre. Elle ouvre, à sa manière, les temps démocratiques. Le bon sens est universel, il est  identique en tous les hommes, nous dit Descartes. Il n’y a donc pas de degrés dans l’humanité, puisque ce qui nous définit – la raison – est également distribué en chacun d’entre nous. Cela signifie-t-il que tous les hommes sont également sages, ou bien tous  potentiellement savants.? Evidemment non. Car la possession d’un outil ne garantit pas son usage approprié et efficace, loin s’en faut: ?Et ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien, poursuit Descartes. Le Discours de la méthode a précisément pour objet de nous montrer en quoi peut consister un bon usage de la raison ?. Mais pour bien entendre ce discours, et en tirer profit, il faut commencer par admettre que la reconnaissance de la vérité n’a rien d’aisé. En même temps, il n’est pas nécessaire de souhaiter posséder plus de raison. Il est impératif, en revanche, de  faire de celle dont nous disposons  le meilleur usage possible. ?Ose te servir de ton propre entendement ? dira Kant . Rendons hommage à  Descartes  d’avoir  ouvert fermement la voie aux Lumières, et donc, indirectement; à  l’Etat moderne qui tient tous les citoyens pour également capables de participer aux décisions collectives.

L’interprétation

Une photo peut être interprétée de menière contradictoire/ Voici le commentaire de Marc Girot   lu dans le bulletin de A.International :

 

Comment représenter la misère?

 

ANALYSE

« Le choix par l’Unicef d’une photo représentant une fillette dans un bidonville de Port-au-Prince comme « photo de l’année » a été violemment critiqué par une plan-forme d’organisations de défense des droits humains hâitienne. Peut-on représenter la misère, comment? À quel prix?

La fillette est habillée en robe blanche, elle traverse précautionneusement une mare d’ordures, sur un fond de baraques en tôle. Phototémoin ou acte d’accusation? Symbole d’une triste réalité sociale ou regard empreint de préjugés du photographe ? Pour le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), aucun doute ri est possible : cette photo est attentatoire à la dignité de la fillette – une mineure – et le choix de l’ Unicef, qui en a fait la photo de l’année, est incompréhensible. Sites et blogs haïtiens bruissent de colère contre cette image « dégradante » d’Haïti captée par un regard étranger, dans tous les sens du terme. Que faut-il en penser? Comment une « simple » photographie peut-elle exprimer deux perceptions aussi antagonistes de son sens, de son message? Stigmatisation du sous-développement haïtien pour le RNDDH, témoignage exceptionnel pour l’Unicef qui devait choisir entre

1500 photos ! Contrairement à une idée reçue, profondément ancrée, la photographie n’est pas immédiatement lisible, avec un sens univoque, évident. Si on parle d’une photo comme d’un « instantané », elle n’est pas, loin de là, instantanément compréhensible. La photographie est réelle, mais elle n’est pas « vraie ». Elle ne traduit pas mieux la réalité qu’un texte, elle est parfois mystification par son cadrage, par ce qu’elle ne montre pas du hors-champ, par tout ce qu’elle ne peut pas dire du contexte dans lequel elle a été prise. Ainsi de la photo en question. Dans quelles circonstances cette photo a-elle été prise? Sur le vif? Que dit-elle de la réalité haïtienne qu’on ignore, ou qu’on ne sache déjà? A-t-elle été prise un dimanche, comme le laisse supposer la couleur de la robe? La petite fille vient-elle, ou non, du bidonville à l’arrière-plan? …. » Marc Girot

 

Fiche la religion

Religion : (etym :  du latin religio,  attention scrupuleuse, sentiment, culte religieux, sainteté, dérivé soit de religare, relier, soit de  relegere, respecter, recueillir, prendre soin)  1) Sens ordinaire :  a) La religion : reconnaissance par l’homme d’une puissance supérieure dont dépend sa destinée et devant laquelle il s’incline ; attitude morale et intellectuelle associée à cette croyance b) Une religion : attitude particulière dans les relations avec Dieu ou avec  un principe supérieur, plusieurs dieux ou des entités d’ordre sacré cf animisme, fétichisme, chamanisme, totémisme etc ..) c) Par extension : tout système de croyance en une entité quelconque tenue pour sacrée ou en un but supérieur auquel tous les hommes devraient concourir

 2) Sociologie : Ensemble des croyances et des pratiques institutionnalisées relatives à un domaine sacré séparé du profane, liant en une même communauté morale tous ceux qui y adhèrent, et manifestant sous des formes propres à chaque société les rapports des hommes à Dieu, au divin ou au sacré.

3) Philosophie :  La philosophie  considère la religion  de différents points de vue.   La  » religion intérieure  » est le  rapport individuel et direct de l’âme humaine avec Dieu ou avec le divin. La   » religion extérieure  » est l’ensemble des institutions ayant pour fonction de régler les rapports des croyants avec Dieu ou la sacré par des rites, des cérémonies et une liturgie spécifique, et variables selon les époques et les civilisations.  Du point  de vue de la théologie,  la religion est la  doctrine spéculative concernant Dieu, son essence et ses attributs.  La  » religion naturelle « , synonyme de déisme, est la  connaissance de Dieu, indépendamment de toute révélation,  par la seule lumière de la raison. Le Dieu de la religion naturelle (Hume, Rousseau)  ne  nécessite ni Eglise ni culte particulier et ne constitue qu’une référence et un guide pour une action morale présentant une portée universelle.

Sacré :  (etym latin sacer, consacré à la divinité, de sancire, rendre inviolable  par un acte religieux, consacrer) 1) Sens usuel : Qui appartient à un domaine sacré et inviolable et qui  suscite un sentiment de révérence religieuse 2) Théologie : Ce qui a trait au domaine religieux, fait l’objet d’un culte et  provoque un sentiment de crainte et de respect. Le sacré semble faire signe vers quelque chose de mystérieux et d’inaccessible qui doit être  à ce titre vénéré 3) Sociologie :  tout ce qui relève d’un ordre puissant et redoutable et doit être séparé du domaine des réalités ordinaires :  «   Les choses sacrées sont celles que les interdits protègent et isolent  » Durkheim. Le domaine du sacré et celui des pratiques religieuses tendent à coïncider du point de vue de la sociologie.

Profane : (etym : latin profanus : hors du temple). Sens usuel : le domaine profane englobe toutes les choses ou les institutions qui sont extérieures à la religion. Le profane est le pendant du sacré.

Foi :  (etym : latin fides  » confiance, croyance « ) 1) Sens usuel a) Confiance absolue que l’on met dans quelque chose b)  Adhésion de l’esprit et du cœur à une doctrine d’ordre religieux  2) Théologie et philosophie : conviction inébranlable  ayant trait à  l’existence de Dieu ou à telle  ou telle doctrine d’ordre religieux. La foi peut être distinguée de la croyance religieuse qui est plus  indéterminée. Le foi demande une sorte d’engagement moral contrairement  à la croyance qui peut être naïve et  intermittente ou  contraire réfléchie et  raisonnable. La foi est la part la plus intime et la plus profonde de la croyance religieuse :  » Il faut croire dabord et contyre l’apparence ; la foi va devant, la foi est courage  » (Alain)

Superstition : (ety :  latin superstitio  » superstition  » de superstare,  » se tenir dessus «   qui désigne ceux qui prient pour que leurs enfants leur survivent) 1)  Attitude irrationnelle consistant à croire que certains actes ou certains signes entraînent sans raison intelligible des conséquences bonnes ou mauvaises 2) Philosophie : attitude naïve et irrationnelle fondée sur la peur (de maux imprévisibles) et sur l’espérance (de biens hypothétiques). Elle se manifeste essentiellement par  des comportements inconséquents ou absurdes  visant à exercer une influences sur des puissances surnaturelles ou sur les dieux, les anges, les esprits etc.. Pour Sénèque  » la religion honore les Dieux, la superstition les outrage « .  Pour Kant la  superstition est l’ illusion en vertu de laquelle il serait possible par les opérations du culte de  » préparer sa justification devant Dieu « . De façon générale   les philosophes croyants condamnent et rejettent la superstition dans laquelle ils dénoncent  une  perversion et la caricature  de la religion. Pour Palton  la superstition est même  l’ une des causes se l’impiété (Les lois, X).  Mais les  incroyants, depuis le moment des Lumières, tendent à associer les religions  dans leurs formes les plus spontanées et les plus communes, et la superstition en tant qu’ensemble des pratiques qui sont inintelligibles à elles-mêmes et des croyances qui sont sans fondement rationnel.

Religion naturelle :   Expression  qui désigne  une religion hypothétique fondée sur une foi personnelle   par opposition aux religions positives et aux religions révélées.  Ignorant les cultes extérieurs et conventionnels,  elle se veut   » rationnelle «   dans la mesure où elle se limite à des prescriptions morales dont la portée peut prétendre à l’universalité. La profession de foi du Vicaire savoyard de Rousseau  en constitue l’un des exposés les plus caractéristiques. 

Religion civile : Chez Rousseau : religion préconisée dans Du Contrat social afin de donner une assise absolue ou sacrée  à des dispositifs et des engagements qui sont d’ordre  conventionnel et utilitaire.  Cette religion, qui inspirera les révolutionnaires français, est censée tolérer tous les cultes sauf ceux qui seraient intolérants.

Religions statique et dynamique (chez Bergson) : Les religions statiques sont toutes les religions historiques qui fondent le lien social dans  l’immense majorité des sociétés :  » la religion statique attache l’homme à la vie, et par conséquent l’individu à la société,  en lui racontant des histoires comparables à celles dont on berce les enfants « . La religion  » dynamique  » est une religion qui n’est pas liée à une société particulière   mais qui témoigne d’une aspiration ou d’un élan devant conduire  l’humanité dans son ensemble à une transformation radicale.  L’humanité, avec l’aide de Dieu,  doit se  » rendre divine «   en suivant l’exemple  de ses plus grands mystiques qui  sont  ses guides  :  » Dieu est amour et il est objet d’amour : tout l’apport du mysticisme est là.. Mais ce qu’il dit clairement, c’est que l’amour divin n’est pas quelque chose de Dieu : c’est Dieu lui-même  » (Les deux sources de la morale et de la religion)

Sécularisation :  (etym :  saecula,   » siècles « ). Terme qui désigne l’évolution des sociétés dans le sens d’un amoindrissement du pouvoir et de l’influence des autorités et des institutions religieuses dans  l’organisation de la vie sociale.  Dans les sociétés  » sécularisées  » (essentiellement en Europe) les hommes sont moins nombreux à croire mais surtout ils ne se sentent plus liés par les obligations religieuses et considèrent que la croyance est une affaire  personnelle et ne concerne pas les pouvoirs publics. Selon le sociologue Durkheim,  » le religion embrasse une portion de plus en plus petite de la vie sociale…A l’origine elle s’étend à tout. Puis peu à peu, les fonctions politique, économique, scientifique s’affranchissent de la fonction religieuse, se constituent à part et prennent un caractère temporel de plus en plus accusé. Dieu, si l’on peut s’exprimer ainsi, qui était présent à toutes les relations humaines, s’en retire progressivement : il abandonne le monde aux hommes  et à leurs disputes… L’individualisme, la libre pensée ne datent pas de nos jours, ni de 1789, ni de la Réforme, ni de la scolastique, ni de la chute du polythéisme gréco-latin, ou des théocraties orientales. C’est un phénomène qui ne commence nulle part, mais qui se développe sans s’arrêter tout au long de l’histoire «   (De la division du travail social)

 Désenchantement du monde :  (etym :  préfixe dès et  latin incantare :  » prononcer des formules magiques « )   Terme utilisé tout d’abord par Max Weber  pour désigner  le processus de reflux de la magie comme moyen  d’action et technique de salut,  au profit d’une relation rationnelle et pragmatique  des hommes à leur  environnement  naturel et social. Marcel Gauchet a donné ce titre à un ouvrage (1985) dans lequel il montre que la religion, dont la fonction fut  originellement et essentiellement politique, n’a pas cessé, depuis l’apparition du monothéisme et de la mentalité individualiste (le  » tournant axial de l’humanité « ,7-5 siècle avant Jésus-Christ) de perdre du terrain  de ce point de vue. Les progrès de la science et de la rationalité s’accompagnent  d’un processus irréversible de  » sécularisation « , c’est-à-dire d’une dissociation des différentes fonctions sociales (économiques, morales, politiques) et d’une émancipation de la politique par rapport à la religion. Parallèlement,  la  foi devient progressivement pour les croyants une affaire d’ordre  privé. Ce processus concerne évidemment les sociétés occidentales sécularisées mais il ne pourra pas épargner indéfiniment les autres civilisations et les autres cultures qui restent (en apparence) très profondément religieuses.

 

 

 

Langage et violence


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Langage et violence semblent bien deux contraires, comme le montre P. Ricoeur :

« C’est pour un être qui parle, qui, en parlant, poursuit le sens, pour un être qui a déjà fait un pas dans la discussion et qui sait quelque chose de la rationalité, que la violence fait problème, que la violence advient comme problème. Ainsi la violence a son sens dans son autre le langage. Et réciproquement. La parole, la discussion, la rationalité tirent elles aussi leur unité de sens de ceci qu’elles sont une entreprise de réduction de la violence. La violence qui  parle, c’est déjà une violence qui cherche à avoir raison ; c’est une violence qui se place dans l’orbite de la raison et qui commence déjà de se nier comme violence ». Paul Ricoeur, La violence, éd. Desclée de Brouwer, 1967, p. 87 (Semaine des intelellectuels catholiques).

Il est possible de dépasser  de cette antithèse entre langage et violence : d’abord, « la violence  parle » (Ricoeur) ; nombreux, comme l’a montré A. Philonenko, sont les écrits accompagnant la guerre. Celle-ci se distingue  de la simple lutte animale par ces inscriptions écrites dans une histoire (parades disant la force, proclamations, déclarations de guerre, etc.) ; et le terrorisme se veut violence-information, voire violence pédagogique éduquant les masses.
De plus, toute communication implique peut-être une violence constitutive ; la lutte pour la reconnaissance dont parlait Hegel, c’est d’abord la lutte pour être entendu ; tout professeur en sait quelque chose.
Enfin le langage peut devenir violence ; mais où placer cette violence ?
Pas dans la langue, disent Ies uns, mais dans les discours qui utilisent les règles collectives de la langue, car « la langue est innocente, la langue, outil, code, parce qu’elle ne parle pas

 mais est  parlée ».
Pas dans tous les discours, disent d’autres, mais dans les discours écrits ; 24 siècles après Platon, H. Lefebvre dénonce le terrorisme de l’écriture : « Le terrorisme commença lorsqu’un meneur de peuples put montrer une pierre gravée en proclamant «Dieu a parlé et voici ce qui en reste : les Tables de la lois !
Pas dans les écrits, soutiennent enfin d’autres encore, pas dans les discours* parlés ou écrits, mais dans les métadiscours, c’est-à-dire les discours sur les discours ; car le métadiscours est le plus souvent celui du pouvoir ; l’enfant parle et l’adulte dit ce qu’il faut en penser.
En conclusion, dans le discours apparait une violence ; dans cette violence, le pouvoir ; on ne pourra supprimer la violence qu’en s’attaquant à cette racine ; au commencement est le commandement (le même mot grec, archè, les désigne « ).

1. Paul Ricoeur, opus cité, p. 88.
2. Henri Lefebvre, in Positions contre les technocrates, Gonthier, 1967, p. 51.

 (Ceci est un extrait d’un texte de F.Stirn, Violence et pouvoir, ,aujourd’hui inaccessible).

Le sujet (quelques définitions)

PORTRAITS (Portrait de Emil Nolde)
CONSCIENCE/ INCONSCIENT
Conscience : (etym : latin cum-scientia, avec savoir) 1) Sens ordinaire : faculté propre à l’être humain de se représenter lui-même et de se juger 2) Philosophie : faculté de se représenter ce qui existe  et de se prendre soi-même pour objet. La conscience est une forme de présence ou d’attention au monde qui est commune aux animaux et aux être humains. Mais la faculté de se prendre soi-même pour objet de réflexion, ou d’étude,  est propre à l’homme. On distingue, pour plus de précision, la conscience spontanée, commune aux animaux supérieurs et à  l’homme, et la conscience réfléchie, propres aux êtres humains. Pour Descartes la conscience est l’attribut essentiel de la pensée  tandis que pour Freud elle  n’est liée qu’à une faible partie de notre activité mentale (voir cartésianisme et inconscient).
Perfectibilité : 1) Sens usuel : aptitude à progresser, à se perfectionner. 2) Chez Rousseau : aptitude à changer de formes, plasticité. Cette caractéristique,  remarquable chez l’homme, est ambiguë. L’homme peut sans doute progresser (devenir plus savant, plus intelligent, plus sage…) mais il peut également régresser : perdre son intelligence (dans la vieillesse), sa raison (dans la folie)  ou son aptitude à la compassion, du fait  d’un excès de rationalité calculatrice, encouragée par les  » progrès  » de la civilisation. Rousseau est le seul philosophe des Lumières qui remette en cause la notion de  »  progrès  » (au sens d’évolution  nécessaire et bénéfique) de l’humanité.
Cartésianisme : 1) Sens usuel : philosophie de Descartes et de ses disciples (Malebranche, Leibniz etc..)  qui place le sujet conscient au centre de la connaissance, et qui considère que la raison (le  » bon sens « ) est coextensive à l’homme et le définit. 2) Avec une connotation péjorative, en particulier chez Heidegger : approche rationaliste et conquérante, fondée sur la croyance en la toute puissance de la science et des techniques rationnelles. Attitude anthropocentrique, aveugle et brutale qui  peut en résulter : un cartésien rejettera tout ce que la science ne peut expliquer, l’incompréhensible, le mystère, la foi, les hiérarchies, les attachements naturels, l’enracinement, le sens de la  »  terre  » etc..
Inconscient : (Etym :  latin  in, négatif, et consciens, de conscrire, avoir conscience 1) Adjectif :  Absence de conscience, synonyme de coma ou évanouissement, ou insouciance, forme d’irresponsabilité. Substantif :  Réalité psychique profonde sous-jacente  à la conscience qui constitue le réservoir de nos désirs et de nos pulsions les plus obscures 1)  Chez Leibniz, Maine de Biran ou Bergson : ensemble de pensées et de perceptions emmagasinées  qui constituent le fond permanent et  l’identité profonde de chaque être individuel  2) Chez Freud :  Ensemble des pulsions et des représentations qui constituent la base essentielle de notre psychisme, mais tout en demeurant refoulé c’est-à-dire mis à l’écart de notre conscience.  Freux  a élaboré deux théories successives de l’inconscient. Dans la première  (Première  » topique « , 1905) il divise le psychisme en trois régions ; la conscience, le préconscient (virtuellement conscient) et l’inconscient.  A partir de 1920 (seconde  » topique « ) Freud  considère que  le psychisme  est en trois instances dont la genèse est progressive chez le jeune enfant. Le ça,  tout d’abord, est le réservoir des pulsions ; présent dès la naissance,  il est gouverné par le principe de plaisir. Le surmoi, installé dans les premiers mois de la vie,   est l’intériorisation partiellement inconsciente des interdits et des interdits parentaux. Il constitue  l’instance  répressive de notre psychisme. Le moi est le médiateur entre le monde extérieur, le surmoi et le ça.  Désormais, l’inconscient, qui est constitué de la part de nous-mêmes qui nous détermine en grande partie à notre insu, n’est pas une région isolée de notre  intimité. L’inconscient est la partie la plus importante de notre personnalité, qui gouverne non seulement le ça et le surmoi, mais également le moi.  Notre esprit est donc très loin d’être  présent transparentlui-même comme le croyait Descartes.
 DESIR /PASSION
Désir :   (etym :  desiderium, de desiderare,  » aspirer à « ,  » désirer « )
Prise de conscience  d’une tendance  orientée vers un objet connu ou imaginé.  Cette inclination, ce penchant  qui est propre à l’homme se distingue du besoin  en ce qu’il enveloppe toujours l’imaginaire. C’est la raison pour laquelle le désir  est en général accompagné d’un sentiment de privation, de manque, de peine. Nous avons du mal à assouvir nos désirs, car nous ne savons pas très bien ce que nous désirons, et les objets convoités, lorsqu’ils sont accessibles, ont  plutôt tendance à nous décevoir.  Pour Spinoza le désir tend à se confondre avec la vie. Il nomme conatus (du latin, effort, tendance, poussée vers) cet  » effort pour persévérer dans son être  » qui définit l’essence de toute chose, et que s’appelle  le désir , lorsque, comme c’est le cas  chez l’homme, il est accompagné de conscience.
Passion :  (etym : patior, pati,  » souffrir « ,  » pâtir « ) Sens ordinaire a) Vive inclination pour une personne, un objet ou un idéal auquel on va consacrer toute son attention et toute son énergie, aux dépens de toute autre considération b) Etats affectifs d’une puissance telle qu’il envahit toute la vie mentale. Les passions se distribuent en sentiments positifs (affection, amour etc..) et négatifs : haine, ressentiment etc… 2) Philosophie : a) sens ancien : états affectifs qui sont  » excités dans l’âme sans le secours de la volonté  » (Descartes).  Pour les philosophes rationalistes, les passions sont dangereuses, à la manière d’une maladie de l’âme d’autant plus pernicieuse que le malade ne veut pas être guéri b) Spinoza  distingue les passions joyeuses et les passions tristes. Ces dernières, telles que la haine, la crainte, la honte, la pitié, qui sont par nature mauvaises, parce qu’elles  qui diminuent notre  » puissance d’agir  » tendent, en outre  à rendre les hommes ombrageux et inconséquents. Les passions joyeuses au contraire rapprochent les hommes. Elles ne sont dangereuses que dans leurs excès. Sens moderne : pour les romantiques, à partir de Rousseau, la passion est une structure durable de la conscience qui peut se sublimer en sentiment, en vertu. c) Chez Hegel, les passions ne sont pas les ennemies de la raison mais plutôt un matériau que l’Esprit utilise à des fins rationnelles :  » ainsi nous devons dire, écrit-il, que rien de grand dans le monde ne s’est accompli sans passion  » (La raison dans l’histoire)
Passions tristes : Expression employée par Spinoza dans l’Ethique. Les passions tristes, par opposition aux passions joyeuses, diminuent notre pouvoir d’agir. Ce sont toutes les passions que nous associons à l’idée de quelque chose qui va à l’encontre de notre  » conatus « , c’est-à-dire de notre appétit de vivre.   La haine est la passion triste fondamentale (Livre III, Proposition 13 et suivantes)

 

 

Le bonheur

Boubat
 
 Bonheur : (etym latin bonum augurium, « bonne chance », « bonne fortune »)       1) Sens ordinaire : Etat de satisfaction stable et complète, par opposition un plaisir, irrégulier et inconstant. 2) Philosophie : a) Chez les anciens en général : état de bien être et de plénitude qui constitue la fin, ou l’une des fins,  de l’action morale. La doctrine « eudémoniste » associe la vertu et le « Souverain Bien », c’est-à-dire le bonheur obtenu par la voie de la sagesse b) Chez Aristote : le bonheur est lié à la réussite de l’activité, et l’activité la plus humaine étant l’intelligence, c’est elle qui est à même de nous procurer le bonheur suprême c) Chez Epicure : le bonheur du sage, qui est à réaliser en ce monde, consiste en un savant dosage des plaisirs, parmi lesquels ceux de l’esprit sont toujours à privilégier d) Chez les stoïciens et Descartes : le bonheur est l’accord entre nos désirs et l’ordre du monde. Etant donné que l’ordre du monde ne dépend pas de notre volonté, il faut essayer,  autant que possible, d’y adapter  conformer nos désirs e) Chez Kant : l’existence des hommes n’est pas orientée vers le bonheur comme vers un but suprême, même si tous les hommes aspirent naturellement au bonheur. En tant que satisfaction complète et permanente de toutes nos inclinations, le bonheur reste un « idéal de l’imagination » c’est-à-dire un objectif non seulement irréalisable mais même insensé (il est  inconcevable de satisfaire toutes nos inclinations à la fois et en même temps !).  Tout homme peut donc saisir  le bonheur comme une chance, un hasard inattendu, mais c’est une erreur de croire que le bonheur pourrait  constituer  un objectif moral : mon bonheur propre ne peut devenir une loi que si j’y inclus celui des autres, or  il ne peut y avoir à cet égard que des règles générales, mais aucune loi universelle.  Tout ceci ne signifie pas, que pour Kant, chacun doive renoncer aux exigences du bonheur, mais seulement que « la morale est la doctrine qui nous enseigne non comment nous devons nous rendre heureux, mais comment nous devons nous rendre digne du bonheur » f) A la suite de Kant, les modernes sont souvent très réservés à l’égard du bonheur (en tant qu’idéal moral), qui leur paraît soit suspect soit hors de portée. Vladimir Jankélévitch lui oppose la « joie » qui est sentiment pur et intense mais, pour cette raison même, éphémère.   Freud pour sa part, aime citer ces vers de Goethe : « Tout dans le monde se laisse supporter/ Sauf une série de beaux jours ». 

La logique: vérité et validité

B L A N C H E
Considérons le syllogisme traditionnel
Tout homme est mortel Socrate est homme (1) Donc Socrate est mortel
Il est clair d’abord que la validité d’un tel raisonnement n’est nullement liée au personnage sur qui il porte: si ce raisonnement est valable pour Socrate, il le serait aussi bien pour Platon, pour Alcibiade, ou pour n’importe qui. Nous pouvons donc y remplacer le nom de Socrate par une lettre x jouant le rôle d’une variable indéterminée, et marquant seulement la place pour le nom d’un homme quelconque. Et même, il n’est pas nécessaire que ce soit un nom d’homme: car si j’écris « Bucéphale ou «l’Himalaya» , ma mineure assurément sera une proposition fausse et ma conclusion risquera donc de le devenir aussi, mais mon raisonnement n’en demeurera pas moins valable, en ce sens que si les deux prémisses étaient vraies, nécessairement la conclusion le serait aussi. Cette variable x, qui représente un individu quelconque, nous l’appellerons une variable individuelle. Nous pouvons donc écrire notre raisonnement sous cette forme plus schématique:
Tout homme est mortel
x est homme (2) Donc x est mortel
Faisons un second pas. La validité de ce raisonnement ne dépend pas non plus des concepts qui y figurent: homme, mortel. Il est donc permis de les remplacer par d’autres sans faire perdre de sa force au raisonnement. Pour marquer cette possibilité, je substituerai, là aussi, aux mots qui les désignent, des lettres symboliques, f, g, aptes à représenter des concepts quelconques : ce sont des variables conceptuelles. D’où cette nouvelle présentation
Tout f est g
x est f (3) Donc x est g
[…] Nous n’avons plus affaire qu’à un schéma de raisonnement ou, si l’on veut, à un moule à raisonnements, qui donnera un raisonnement lorsqu’on y coulera une matière. Seulement, quelle que soit cette matière,
le raisonnement sera bon, parce que sa validité ne dépend que de la forme du moule, qui demeure invariante.
On voit en quel sens on peut parler de la forme d’un raisonnement. Mais on voit aussi qu’avec cette forme, la notion de vérité semble avoir disparu. D’une part, notre schéma de raisonnement n’est pas plus susceptible de vérité que ne l’était le raisonnement initial, il est seulement, comme lui, susceptible de validité : la vérité et la fausseté ne peuvent convenir qu’aux propositions elles-mêmes, non à la manière de les organiser. […]
Pour retrouver la notion de vérité, il faut passer de la forme inférenteille du raisonnement à l’implication qui lui correspond […] Si tout fest g et si x est f, alors x est g
Cette formule peut-elle être encore qualifiée de vraie? […]
Oui […] en ce sens que, contrairement aux trois schémas propositionnels précédents, celui-ci donnera une proposition vraie quelles que soient les valeurs qu’on assigne à ses variables. Cela ne fait qu’exprimer, en langage d’implication, ce que nous exprimions tantôt en langage d’inférence quand nous disions que la validité d’une inférence est indépendante de son contenu. On dira, par abréviation, qu’une telle formule est toujours vraie. C’est ce genre de vérité, qu’on appelle tautologique, qui constitue la vérité formelle ou, comme on peut aussi la qualifier, la
vérité logique.
Robert Blanché, Introduction à la logique contemporaine, Éd. Armand Colin, 1968, pp. 10-13.

Histoire : le travail nécessaire de l’historien (Cassirer)

lecteur rembrandt

L’historien ne peut appréhender le passé sans un travail herméneutique (recherche du sens) préalable:

« On a souvent fait remarquer que le terme d’« histoire » est utilisé dans un double sens. Il signifie d’une part la res geste (1, les faits, les événements, les actes du passé. Mais d’autre part il signifie quelque chose de fort différent; il signifie notre récollection, notre connaissance de ces événements. D’un simple point de vue logique, cela semble impliquer une curieuse et fort choquante équivocité que nous ne trouvons dans nulle autre branche de la connaissance. C’est comme si un scientifique n’était pas capable de faire une distinction entre l’objet et la forme de sa connaissance, comme s’il confondait « physique » et « nature ». Mais peut-être pouvons-nous rendre compte de cette incongruité qui au premier abord semble être fort sujette à objection. La connexion entre le contenu et la forme de la connaissance est bien plus proche dans l’histoire qu’elle ne l’est dans n’importe quelle branche de la science de la nature. Dans notre expérience commune nous sommes tous entourés d’objets physiques. La science doit décrire et expliquer ces objets, mais nous ne les perdrions pas de vue si nous ne possédions pas l’aide de la science; il semble que nous puissions les percevoir et que nous puissions les voir, les toucher immédiatement. Mais nous ne pouvons saisir notre vie passée, la vie de l’humanité, de cette façon. Sans le labeur constant et infatigable de l’histoire, cette vie demeurerait un livre clos. Ce que nous appelons notre conscience historique moderne dut être construite pas à pas par le travail de grands historiens. L’histoire inverse pour ainsi dire le processus créateur qui caractérise notre civilisation humaine. La civilisation humaine crée nécessairement de nouvelles formes, de nouveaux symboles, de nouvelles formes matérielles en lesquelles la vie de l’homme trouve son expression externe. L’historien poursuit toutes ces expressions jusqu’en leur origine. Il essaie de reconstruire la vie réelle qui est à la base de toutes ces formes singulières. […] Sans une herméneutique’ historique, sans l’art de l’interprétation contenu dans l’histoire, la vie humaine serait une chose très pauvre. Elle serait réduite à un moment singulier du temps, elle n’aurait pas de passé et pour cela pas de futur; car la pensée du futur et la pensée du passé dépendent l’une de l’autre ».
Ernst Cassirer, «Séminaire sur la philosophie de l’histoire» (1942), dans L’idée de l’histoire, trac. E Capeillères, Éd. du Cerf, 1988, pp. 84-85.
1. <Les actions».
2. Travail d’interprétation, de recherche du sens.

Autrui, différence, racisme (éléments de vocabulaire)

silencio

Différence : (Etym  latin differentia :  » différence « ) 1) Sens ordinaire : toute relation entre deux ou plusieurs termes impliquant  leur séparation (ils ne se confondent pas) et leur distinction qualitative  (ils ne sont pas identiques en tous points)  2) Sens philosophique : la différence d’un être ou d’une chose est le caractère ou l’ensemble des caractères qui lui sont propres et la distinguent de toute autre.
Altérité : (Etym :  latin alter :  » autre « ) : 1) Caractère de ce qui est autre, par opposition à l’identité 2) Qualité essentielle de l’autre en tant qu’autre : on peut parler de l’altérité des choses en général par rapport à la conscience  ou  bien de l’altérité plus spécifique des autres hommes, d’un autre homme par rapport au moi.
Racisme : (Etym : formé à partir de 1902 à partir du mot  » race « ). Sens courant : 1) Comportement caractérisé par le rejet et le mépris des hommes et des cultures qui nous paraissent incompatibles avec notre façon d’être et de penser.  2) Théorie selon laquelle il existe une hiérarchie entre les races, ce qui fonde le droit de la race supérieure de dominer les races de moindre valeur.     Philosophie et  histoire : Pour P. A. Taguieff  (La force du préjugé) il n’y a pas un racisme, mais deux. Le racisme traditionnel, inégalitaire, justifie la domination   des races inférieures par les races supérieures au nom des intérêts de tous  à être bien gouvernés par les hommes les plus éclairés  et les plus savants.  Pour le racisme  » différentialiste « – qui insiste sur la différence de l’autre-  au contraire le représentant de l’autre culture n’est ni assimilable ni rééducable ni  » infériorisable « .   Ainsi les nazis n’ont pas voulu dominer les juifs, les homosexuels et les handicapés. Logiquement, ils ne pouvaient que les exterminer. Le racisme  » différentialiste  » est fondé sur la peur du mélange et de l’indifférentiation.
Transcendance :  (etym : latin transcendere,  » passer au-delà  »  » surpasser  » .  Sens ordinaire : caractère de ce qui échappe, de ce qui est supérieur et renvoie au  »  tout autre  »   Philosophie : 1)  Philosophie classique: caractère de ce qui est au-delà de toute expérience possible. La transcendance chez Pascal ou Kant renvoie à sa source supposée, c’est-à-dire un être séparé du monde et infiniment supérieur (  » Quelque chose en l’homme passe l’homme  » Pascal) 2) Phénoménologie : capacité  qu’à  la conscience de renvoyer à autre chose qu’elle-même, qu’elle ne contient pas, mais dont elle témoigne. La conscience de la temporalité est l’une des expressions de cette transcendance.  Pour Levinas, c’est le visage qui incarne et prouve la transcendance dont tout homme est le représentant et la preuve concrète.