Citation commentée Descartes

 « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu que ceux mêmes qui sont les plus difficiles à contenter en toute  autre chose, n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils n’en ont »  

Cette déclaration inaugurale du Discours de la méthode  est justement célèbre. Elle ouvre, à sa manière, les temps démocratiques. Le bon sens est universel, il est  identique en tous les hommes, nous dit Descartes. Il n’y a donc pas de degrés dans l’humanité, puisque ce qui nous définit – la raison – est également distribué en chacun d’entre nous. Cela signifie-t-il que tous les hommes sont également sages, ou bien tous  potentiellement savants.? Evidemment non. Car la possession d’un outil ne garantit pas son usage approprié et efficace, loin s’en faut: ?Et ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien, poursuit Descartes. Le Discours de la méthode a précisément pour objet de nous montrer en quoi peut consister un bon usage de la raison ?. Mais pour bien entendre ce discours, et en tirer profit, il faut commencer par admettre que la reconnaissance de la vérité n’a rien d’aisé. En même temps, il n’est pas nécessaire de souhaiter posséder plus de raison. Il est impératif, en revanche, de  faire de celle dont nous disposons  le meilleur usage possible. ?Ose te servir de ton propre entendement ? dira Kant . Rendons hommage à  Descartes  d’avoir  ouvert fermement la voie aux Lumières, et donc, indirectement; à  l’Etat moderne qui tient tous les citoyens pour également capables de participer aux décisions collectives.

citation commentée Apologie de Socrate

Apologie de Socrate

« Parmi vous, ô humains, celui-ci est le plus savant qui, à l’instar de Socrate, a reconnu qu’en matière de science, il ne vaut rien en vérité » (p 16)

 

Accusé de corrompre la jeunesse, Socrate interprète ici les propos de l’oracle de Delphes, la Pythie. Celle-ci  a déclaré à l’un de ses amis que « personne à Athènes n’était plus savant que lui ». Après une enquête approfondie auprès de tous les athéniens qui passaient pour savants, Socrate découvre qu’aucun d’entre eux ne possède la moindre certitude assurée,   pas non plus   le moindre savoir indubitable. Tous, en revanche, croient détenir cette connaissance qui leur fait pourtant défaut.  Socrate en conclut que la conscience de ne pas savoir (ce qu’on ne sait pas) est une forme de « science ». Il ne s’agit pas exactement de « science », bien sûr,  mais plutôt de modestie et  de lucidité   – Socrate joue ici un peu sur les mots,  selon son habitude.

En réalité, dans ce passage emblématique, Socrate  invente la philosophie.  La philosophie n’est pas la sagesse, ni la possession d’un quelconque savoir. Elle est  un état d’esprit  très particulier  qui allie humilité et amitié pour la vérité. Car, pour rechercher la vérité,  il faut commencer par reconnaître son ignorance. Ni les Dieux ni les sages ne sont philosophes en ce sens, puisque celui qui possède la vérité ou la sagesse n’a plus de raison de la  désirer ni donc de  la rechercher.

Fiches de révision philosophie bac 2010 par Laurence Hansen-Love

 

 

 Voici quelques-uns des fiches de révision que j’ai rédigées cette année pour le site l’Etudiant (notions qui tombent le plus souvent au bac)

L’Etat

La conscience

L’inconscient

Le désir

La culture

L’art

La démonstration 

La liberté

L’histoire

La vérité

La religion

Bac 2009 : réviser la philo

Pour les candidats pressés : voyez mes fiches sur le site de l’Etudiant (fiches révisions, boite à docs). Il ne s’agit que d’aide-mémoire!

 
 Mais pour obtenir une bonne note , il faut faire un petit effort supplémentaire: lisez mes dix leçons de philo…ici https://lewebpedagogique.com/boutique/2009/05/11/dix-lecons-de-philo/

Bienvenue sur ce blog!

Bonjour chers visiteurs,

 Ce blog est un espace de partage de connaissances. Je vous propose des cours, des fiches, et surtout des textes-clés, afin de vous aider à préparer le bac, mais aussi  de vous donner une idée de ce que la philosophie peut apporter à chacun, indépendamment de toute perspective scolaire.

Je réponds à toutes vos questions, comme vous pouvez le constater en parcourant les mails qui existent déjà!

 Toutefois, je en fais pas vos devoirs, ce qui ne correspond pas à votre intérêt et qui serait peu philosophique (immoral et malhonnête). Tout au plus je vous propose des pistes, lorsque vous me demandez de vous aider.

 A bientôt!

 

L’interprétation

Une photo peut être interprétée de menière contradictoire/ Voici le commentaire de Marc Girot   lu dans le bulletin de A.International :

 

Comment représenter la misère?

 

ANALYSE

« Le choix par l’Unicef d’une photo représentant une fillette dans un bidonville de Port-au-Prince comme « photo de l’année » a été violemment critiqué par une plan-forme d’organisations de défense des droits humains hâitienne. Peut-on représenter la misère, comment? À quel prix?

La fillette est habillée en robe blanche, elle traverse précautionneusement une mare d’ordures, sur un fond de baraques en tôle. Phototémoin ou acte d’accusation? Symbole d’une triste réalité sociale ou regard empreint de préjugés du photographe ? Pour le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), aucun doute ri est possible : cette photo est attentatoire à la dignité de la fillette – une mineure – et le choix de l’ Unicef, qui en a fait la photo de l’année, est incompréhensible. Sites et blogs haïtiens bruissent de colère contre cette image « dégradante » d’Haïti captée par un regard étranger, dans tous les sens du terme. Que faut-il en penser? Comment une « simple » photographie peut-elle exprimer deux perceptions aussi antagonistes de son sens, de son message? Stigmatisation du sous-développement haïtien pour le RNDDH, témoignage exceptionnel pour l’Unicef qui devait choisir entre

1500 photos ! Contrairement à une idée reçue, profondément ancrée, la photographie n’est pas immédiatement lisible, avec un sens univoque, évident. Si on parle d’une photo comme d’un « instantané », elle n’est pas, loin de là, instantanément compréhensible. La photographie est réelle, mais elle n’est pas « vraie ». Elle ne traduit pas mieux la réalité qu’un texte, elle est parfois mystification par son cadrage, par ce qu’elle ne montre pas du hors-champ, par tout ce qu’elle ne peut pas dire du contexte dans lequel elle a été prise. Ainsi de la photo en question. Dans quelles circonstances cette photo a-elle été prise? Sur le vif? Que dit-elle de la réalité haïtienne qu’on ignore, ou qu’on ne sache déjà? A-t-elle été prise un dimanche, comme le laisse supposer la couleur de la robe? La petite fille vient-elle, ou non, du bidonville à l’arrière-plan? …. » Marc Girot

 

Fiche matière et esprit

Matière ( etym : latin materia « matière » de « mater », « la mère »,  « la source ») 1) Sens courant : substance ou réalité constituant le fondement de l’ensemble du monde sensible.    2) Logique : par opposition à la forme (d’un raisonnement) signification ou contenu des propositions et des termes de l’énoncé 3) Sciences  physiques et cognitives : ensemble des éléments constitutifs de toute réalité observable ( atomes, molécules, neurones, circuits électriques etc…) 4) Philosophie :  a) pour la philosophie matérialiste dont les premiers représentants furent  (Démocrite 360-480 av JC) et Epicure (341-270)        réalité constituée d’atomes insécables, homogènes, en mouvement dans le vide, et qui forment par agrégation les corps d’une nature éternelle et infinie  b) Chez Aristote, la matière toujours moulée dans une forme dont elle n’est séparable que par abstraction, est l’un des principes constitutifs de toute substance singulière sensible.   Elle est  une sorte de virtualité, une puissance qui ne s’actualise qu’en empruntant un aspect  déterminé c) A partir de Galilée et Descartes : la matière est homogène et mathématisable.  Pour Descartes elle est une substance dont l’essence est l’étendue géométrique. Le monde matériel doit s’exprimer en termes de configurations spatiales et de mouvements pouvant trouver leur traduction algébrique d) Physique contemporaine :  la réalité matérielle perd son caractère concret car ses constituants  (particules élémentaires, ondes électriques, champs électro-magnétiques  etc..) sont de moins en moins palpables   hors de tout dispositif expérimental e) Sciences cognitives : ensemble des phénomènes ou  des processus accessibles à l’observation ou inférés à partir de l’observation. La science, par définition, nomme matière ce qui est observable et dont la réalité peut être établie de façon objective et certaine.  La question de la nature métaphysique ou ontologique  d’une telle  réalité, en revanche,  n’est pas de son ressort. (voir matière et forme, p 00, chapitre Réflexion sur les fondements  de la morale)

Esprit :  (Etym : latin spiritus , « souffle » , « vent » « esprit »)  1) Sens ordinaire :  principe de la vie psychique  propre aux êtres humains; synonyme de âme,  et fondement de la pensée  2) Théologie : force spirituelle  et vivifiante, éventuellement d’origine divine,  qui s’oppose à la chair et qui témoigne de la vocation surnaturelle, ou transcendante,  de l’homme 3) Philosophie :  a) Sens large : réalité opposée à la matière qui permet de rendre compte de phénomènes inexplicables par celle-ci b) Chez l’homme : principe de la pensée et de la raison par opposition aux sentiments, aux émotions et  aux affects qui sont enracinés dans l’organique    c) Dans la philosophie de  Hegel : principe impersonnel qui gouverne l’histoire (voir p 00)    d) Pour la philosophie matérialiste en général : entité imaginaire que  l’approche scientifique peut laisser de côté. L’esprit n’est qu’un mot  désignant  un ensemble de fonctions et d’aptitudes dérivées de systèmes matériels particulièrement  complexes  e) Philosophie analytique et positivisme logique : entité ou réalité problématique dont il est préférable, dans la mesure du possible, de faire l’économie ;  les « états mentaux » ne renvoient pas nécessairement  à  l’existence d’un « esprit » conçu comme une réalité indépendante se suffisant à elle-même (une « substance »).   Cette approche matérialiste, behavioriste (qui se fonde sur la seule observation des comportements) et « positiviste »   constitue le contre-pied  de  la position dualiste cartésienne.

 

Dualisme : doctrine philosophique  et thèse  métaphysique, dont Descartes est le représentant le plus notoire, selon laquelle tout ce qui existe se répartit suivant  deux catégories : la matière et   l’esprit. La matière est une substance dont l’attribut principal est l’étendue, l’esprit est une substance dont l’attribut principal est la conscience. L’homme réunit les deux substances (le corps et         l’ âme) tandis que les animaux ne sont constitués que d’éléments matériels car ils sont dépourvus d’intelligence (ou d’âme).

Cosmologie finaliste : cosmologie (du grec cosmos, monde, univers et logos, discours, raison) : discours global et rationnel concernant l’origine et la structure de l’univers. Une cosmologie finaliste comme celle d’Aristote est une doctrine qui pose que l’univers est un gigantesque organisme vivant dont l’organisation générale est commandée par la fin (le bon fonctionnement, stable et harmonieux) du tout. Tout ce qui existe dans l’univers a une place et une fonction définie, subordonnée à l’intérêt (fin, finalité) de l’ensemble.

 

 

L’homme-machine (texte de La Mettrie)

 

 

            La Mettrie prolonge la conception cartésienne des animaux-machines par l’affirmation d’un homme-machine. La pensée ne serait alors qu’un produit, de l’organisation complexe de cette machine .

 

            » Mais puisque toutes les facultés de l’âme dépendent tellement de la propre organisation du cerveau et de tout le corps qu’elles

 ne sont visiblement que cette organisation même, voilà une machine bien éclairée ! car enfin, quand l’homme seul aurait reçu en partage la Loi naturelle, en serait-il moins une machine ? Des roues, quelques ressorts de plus que dans les animaux les plus parfaits, le cerveau proportionnellement plus proche du cœur, et recevant aussi plus de sang, la même raison donnée ; que sais-je enfin ? des causes inconnues produiraient toujours cette conscience délicate, si facile à blesser, ces remords qui ne sont pas plus étrangers à la matière que la pensée, et en un mot toute la différence qu’on suppose ici. L’organisation suffirait-elle donc à tout ? oui, encore une fois ; puisque la pensée se développe visiblement avec les organes, pourquoi la matière dont ils sont faits ne serait-elle pas aussi susceptible de remords, quand une fois elle a acquis avec le temps la faculté de sentir ?

            L’âme n’est donc qu’un vain terme dont on n’a point d’idée, et dont un bon esprit ne doit se servir que pour nommer la partie qui pense en nous. Posé le moindre principe de mouvement, les corps animés auront tout ce qu’il leur faut pour se mouvoir, sentir, penser, se repentir, et se conduire, en un mot, dans le physique et dans le moral qui en dépend. […]

            En effet, si ce qui pense en mon cerveau n’est pas une partie de ce viscère, et conséquemment de tout le corps, pourquoi lorsque tranquille dans mon lit je forme le plan d’un ouvrage, ou que je poursuis un raisonnement abstrait, pourquoi mon sang s’échauffe-t-il ? pourquoi la fièvre de mon esprit passe-t-elle dans mes veines ? Demandez-le aux hommes d’imagination, aux grands poètes, à ceux qu’un sentiment bien rendu ravit, qu’un goût exquis, que les charmes de la Nature, de la vérité, ou de la vertu transportent ! Par leur enthousiasme, par ce qu’ils vous diront avoir éprouvé, vous jugerez de la cause par les effets : par cette Harmonie que Borelli (1), qu’un seul anatomiste a mieux connue que tous les Leibniziens, vous connaîtrez l’unité matérielle de l’homme ».

 

(1) Giovanni-Alfonso Borelli : médecin et physicien italien (1608-1679), qui a enté d’expliquer les mouvements des membres du corps humain par les lois de la mécanique.

 

                        Julien Offray de La Mettrie, L’Homme machine (1747), Éditions Bossard, 1921, pp. 112-113 et 120.

Le Bien et le Mal (au cinéma)

Vous devez trouver une petite demi-heure pour écouter cette émission sur France culture,  (Questions éthiques de M. Canto-Sperber avec Carole Desbarats)

 

 

 

 

 

Pourquoi sommes-nous fascinés par ces personnages qui sont l’incarnation du mal? Pourquoi les cinéastes rendent-ils toujours sympathiques et attrayants ces tueurs et ces monstres qui dans la vie n’ont rien de plaisant? Un tel traitement du mal au cinéma est-il acceptable? Est-il moralement condamnable? Vous pouvez aussi lire mon article sur ce sujet (quelle est la responsabilité des images dans une vision cynique du monde qui tend à être la nôtre aujourd’hui ? ici)