Citation commentée Descartes Méditations

« Que vois-je de cette fenêtre, sinon des chapeaux et des manteaux, qui peuvent couvrir des spectres ou des hommes feints qui ne se remuent que par ressorts? Mais je juge que ce sont de vrais hommes, par la seule puissance de juger qui est en mon esprit, ce que je croyais voir de mes yeux ». Ce célèbre fragment des Méditations de Descartes conclut un passage comportant  trois enseignements qui n’ont en commun que leur immense portée philosophique. Descartes formule implicitement une critique du langage : c’est parce que nous disons que nous voyons des hommes que nous nous imaginons  les voir . C’est la langage qui nous trompe .De simples silhouettes entr’aperçues sont identifiées hâtivement à la suite d’une assocation d’idées purement nominales: manteaux + chapeaux= hommes. Descartes procède également à une critique du préjugé courant  qui nous fait croire que nous voyons un homme alors qu’en réalité nous jugeons  que, derrière ces apparences indécises,  il y a effectivement, probablement, un homme. Derrière toute perception se cache un jugement inaperçu. Dernier enseignement du  passage: la réalité effective d’un homme ne se déduit pas avec une certitude absolue  de son apparition. A l’époque de Descartes, seuls les automates de Vaucanson pouvait venir appuyer cette thèse discutable. Aujourd’hui non seulement la science fiction (cf , Blade Runner de Philip K. Dick) mais aussi la science tout court sait fabriquer des robots dont l’intelligence rivalise  à certains égards  avec celle des hommes. Mieux: c’est l’apparence même des derniers robots qui sème aujourd’hui le trouble.Certains parviennent à donner le change et à donner – un moment? – l’illusion que nous voyons un vrai homme. Reste le toucher pour lever le doute.

 

4 réflexions au sujet de « Citation commentée Descartes Méditations »

  1. Le , gilles declercq a dit :

    merci pour ce commentaire pertinent : une réserve cependant pour la dernière phrase qui confère un statut discriminant au toucher, alors que dans le contexte cartésien des Méditations, « l’attouchement » est explicitement réfuté comme mode de connaissance du morceau de cire

  2. Vous avez raison!
    mais je parlais, dans la dernière partie de mon commentaire, des questions que nous nous posons aujourd’hui, ) propos des oeuvres de science-fiction.. Je ne parlais plus spécifiquement de la problématique de Descartes, qui c’est vrai, récuse tous les sens, et pas seulement la vue.

  3. Le , audreydrey a dit :

    bonsoir,
    pouvez vous me renseigner, où est situer ce passage dans les Méditations Métaphysiques de Descartes ?

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