Texte de Lévi-Strauss: nature et culture

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Nature et culture constituent deux règnes distincts, mais non pas séparés: c’est ce que montre l’anthropologue Claude Lévi-Strauss dans ce texte fameux:

« Posons donc que tout ce qui est universel, chez l’homme, relève de l’ordre de la nature et se caractérise par la spontanéité, que tout ce qui est astreint à une norme appartient à la culture et présente les attributs du relatif et du particulier. Nous nous trouvons alors confrontés avec un fait, ou plutôt un ensemble de faits, qui n’est pas loin, à la lumière des définitions précédentes (1 , d’apparaître comme un scandale: nous voulons dire cet ensemble complexe de croyances, de coutumes, de stipulations et d’institutions que l’on désigne sommairement sous le nom de prohibition de l’inceste. Car la prohibition de l’inceste présente, sans la moindre équivoque, et indissolublement réunis, les deux caractères où nous avons reconnu les attributs contradictoires de deux ordres exclusifs : elle constitue une règle, mais une règle qui, seule entre toutes les règles sociales, possède en même temps un caractère d’universalité. Que la prohibition de l’inceste constitue une règle n’a guère besoin d’être démontré; il suffira de rappeler que l’interdiction du mariage entre proches parents peut avoir un champ d’application variable selon la façon dont chaque groupe définit ce qu’il entend par proche parent; mais que cette interdiction, sanctionnée par des pénalités sans doute variables, et pouvant aller de l’exécution immédiate des coupables à la réprobation diffuse, parfois seulement à la moquerie, est toujours présente dans n’importe quel groupe social. »
Claude Lévi-Strauss, Les Structures élémentaires de la parenté (1947), Mouton, 1967, p. 10.
1 La nature et la culture semblent définir deux domaines, ou deux règnes, incompatibles. Lévi-Strauss souligne ici qu’elles se rejoignent et s’articulent cependant l’une à l’autre par le biais de ce fameux interdit qui constitue le point d’émergence de la culture au sein de la nature

. 2 Par définition, par principe, ou encore a priori, la nature et culture sont deux règnes antinomiques. Le fait de la prohibition de l’inceste parait peu compatible avec ce postulat, puisqu’il s’agit d’une règle (un interdit institué) universelle (comme
une loi de la nature).

2 réflexions au sujet de « Texte de Lévi-Strauss: nature et culture »

  1. Le , Geslot a dit :

    Bonjour,
    Soit ce texte défend l’idée de l’universalité de la prohibition de l’inceste en dépit de l’infinie diversité des formes particulières que peut prendre cette interdiction dans les cas concrets. J’aimerai savoir si Lévi Strauss n’est pas revenu dans un texte précis, sur la position de départ qu’il exprime dans l’extrait cité. Il me semble qu’il en est venu à » mettre de l’eau dans son vin » et à avoir reconnu que la différence nature/culture que la prohibition universelle de l’inceste était sensée fonder en l’articulant, n’était pas aussi universelle et fondamentale que cela. Ainsi un anthropologue comme P. Descola, d’abord élève de Lévi Strauss a, d’aprés ce que je sais montrer que c’était au contraire une particularité des cultures occidentales d’accorder une importance considérable à la distinction nature/ culture. Donc si cette différence n’est que relative n’y a t-il pas au moins une société qui ne repose pas sur la prohibition de l’inceste? P. Descola parle t-il de l’inceste? Une autre grande héritiere de C. Lévi Strauss est F.Héritier qui a repéré des formes d’incestes non explicitement mis en avant, avant elle. Savez vous si cette auteure pense aussi que la prohibition de l’inceste est un invariant universel et structural de toute société ou bien affirme t-elle quelque part qu’il y a ou qu’il a pu exister des sociétés dont la prohibition de l’inceste n’était pas au fondement des systèmes d’échanges et où elle n’était donc pas déterminante?

  2. Pour ce qui concerne Lévi-Strauss, je crois qu’il a mis en effet de l’eau dans son vin comme vous dites en effet.
    Cependant, je ne crois qu’il existe des sociétés ignorant la prohibition de l’inceste. Même si la régle comporte d’innombrables variantes.
    Ce que j’ai lu dernièrement, c’est que certains primates connaissent cette « prohibition » ou en tout cas inhibition… Ce qui signifie en effet que ce n’est plus la ligne de démarcation entre natue et culture.
    Pour F. Héritier, je ne sais pas;
    Il me semble que Freud a démontré, d’une autre manière, que l’interdit (sexuel) .. est à la base de la culture.
    Je vais me renseigner….

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