Homo faber (texte de Bergson)

Bergson définit ici l’homme comme celui qui invente des outils pour améliorer les conditions et les résultats de son travail.

 

En ce qui concerne l’intelligence humaine, on n’a pas assez remarqué que l’invention mécanique a d’abord été sa démarche essentielle, qu’aujourd’hui encore notre vie sociale gravite autour de la fabrication et de l’utilisation d’instruments artificiels, que les inventions qui jalonnent la route du progrès en ont aussi tracé la direction. Nous avons de la peine à nous en apercevoir, parce que les modifications de l’humanité retardent d’ordinaire sur les transformations de son outillage. Nos habitudes individuelles et même sociales survivent assez longtemps aux circonstances pour lesquelles elles étaient faites, de sorte que les effets profonds d’une invention se font remarquer lorsque nous en avons déjà perdu de vue la nouveauté. Un siècle a passé depuis l’invention de la machine à vapeur, et nous commençons seulement à ressentir la secousse profonde qu’elle nous a donnée. La révolution qu’elle a opérée dans l’industrie n’en a pas moins bouleversé les relations entre les hommes. Des idées nouvelles se lèvent. Des sentiments nouveaux sont en voie d’éclore. Dans des milliers d’années, quand le recul du passé n’en laissera plus apercevoir que les grandes lignes, nos guerres et nos révolutions compteront pour peu de chose, à supposer qu’on s’en souvienne encore; mais de la machine à vapeur, avec les inventions de tout genre qui lui font cortège, on parlera peut-être comme nous parlons du bronze ou de la pierre taillée; elle servira à définir un âges. Si nous pouvions nous dépouiller de tout orgueil, si, pour définir notre espèce, nous nous en tenions strictement à ce que l’histoire et la préhistoire nous présentent comme la caractéristique constante de l’homme et de l’intelligence, nous ne dirions peut-être pas Homo sapiens, mais Homo faber. En définitive, l’intelligence, envisagée dans ce qui en paraît être la démarche originelle, est la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils, et d’en varier indéfiniment la fabrication.

Henri Bergson,

L’Évolution créatrice (1907), chap. 2, in ouvre,,

Éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque (le la Pleiade », 1991, pp. 612-613.

4 réflexions au sujet de « Homo faber (texte de Bergson) »

  1. Le , belyasmine mehdi a dit :

    Bonjour,

    j’ai un probleme pour le texte de henri bergson extrait de « Les 2 sources de la morale et de la religion » (le texte est à cette adresse: http://img89.imageshack.us/img89/6186/philoeq9.png ) !
    En effet, je suis en Terminale S et je dois faire seulement une introduction! j’ai trouvé les mots clés (instinct et intelligence) et j’ai commencer par les définir au début ! Mais le reste je n’arrive pas à le faire (problèmatique, questions, paradoxe, axes, etc…..) car je ne comprends pas le texte ! Pourriez-vous m’aider (une ébauche si possible) ?

    Merci et bonne journée …

  2. Le , belyasmine mehdi a dit :

    Bonjour, merci d’avoir répondu…

    A part, quelle est votre adresse mail pour t’envoyer le texte ?

    Merci et à plus…

  3. Le , Emram a dit :

    Bonjour , j’ai un commentaire de texte sur « Les outils à faire des outils » de Henri Bergson et je ne comprends pas vraiment le texte , si quelqu’un pouvait m’eclairer en me donnant les trois axes à faire sur ce texte ca me rendrait bien service 😀 merci …

  4. Quelqu’un????

    Il faut comprendre que le texte de Bergson va à l’encontre de la définition traditionnelle de l’homme comme « homo sapiens » (sage).
    La différence entre l’homme et l’animal tient au départ à quelque chose de concret. Les animaux font des outils (un bâton par exemple) . Seuls les hommes font des outils qui font des outils. Toute la civilisation découle de cela. Par exemple aujourd’hui on fabrique sur ordinateurs des robots….qui travaillent à notre place…
    La raison, la sagesse viennent ensuite, et encore ce n’est pas sûr.
    Regardez sur ce blog la fiche travail et technique.

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