Hume, la raison et le petit doigt

Pour Hume  la raison ne peut pas fonder la morale  car elle ne nous dicte pas nécessairement des choix altruistes: 

« Si une passion ne se fonde pas sur une fausse supposition et si elle ne choisit pas des moyens impropres à atteindre la fin, l’entendement ne peut ni la justifier, ni la condamner. Il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde entier à une égratignure de mon petit doigt ; Il n’est pas contraire à la raison que je choisisse de me ruiner complètement  pour prévenir le moindre malaise d’un Indien ou d’une personne complètement inconnue de moi. Il est aussi peu contraire à la raison de préférer à mon plus grand bien propre un bien reconnu moindre et d’aimer plus ardemment celui-ci que celui-là. Un bien banal peut, en raison de certaines circonstances, produire un désir supérieur à celui qui naît du plaisir le plus grand et le plus estimable ; et il n’y a là rien de plus extraordinaire que de voir, en mécanique, un poids d’une livre en soulever un autre de cent livres grâce à l’avantage de sa situation. … Bref, une passion doit s’accompagner de quelque faux jugement pour être déraisonnable ; mais alors ce n’est pas la passion qui est déraisonnable, c’est le jugement »  Trait de la nature humaine  Tome I,  p 526,  ( Aubier ).

2 réflexions au sujet de « Hume, la raison et le petit doigt »

  1. Le , nicolas geslot a dit :

    Ce texte soutient que la raison est fondamentalement impuissante à contrecarrer l’influence des passions. Si la raison peut avoir une influence à la marge, dans la détermination de nos actions c’est toujours en se faisant l’esclave d’une passion prédominante qui ne doit sa force qu’à l’expérience antérieure. Mais est il expérimentalement prouvable que nos intérêts qui, la plupart du temps, sont les « causes » principales de nos actions tirent d’avantage leur force de leur « matière » passionnelle plutôt que de leur « forme » réglée par une raison formaliste?

  2. je ne comprends pas votre dernière phrase.
    Pour Hume, la raison se contente d’associer des idées: juger, c’est lier deux idées. Mais elle ne décide pas de ce qui est bien ou mal.
    Un monstre peut donc se comporter avec rationalité ( un serial killer par exemple, ou le Dr Folamour)

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