La morale de Kant (textes)

Kant
La bonne volonté
 Y a-t-il quelque chose que l’on puisse tenir indéniablement pour bon  dans le comportement ou l’attitude d’un homme ? 

 « De tout ce qu’il est possible de concevoir dans le monde, et même en général hors du monde, il n’est rien qui puisse sans restriction être tenu pour bon, si ce n’est seulement une BONNE VOLONTE. L’intelligence, le don de saisir les ressemblances des choses, la faculté de discerner le particulier pour en juger, et les autres talents de l’esprit, de quelque nom qu’on les désigne, ou bien le courage, la décision, la persévérance dans les desseins, comme qualités du tempérament, sont sans doute à bien des égards choses bonnes et désirables ; mais ces dons de la nature peuvent devenir aussi extrêmement mauvais et funestes si la volonté qui doit en faire usage, et dont les dispositions propres s’appellent  pour cela caractère, n’est point bonne. Il en est de même des dons de la fortune. Le pouvoir, la richesse, la considération, même la santé ainsi que, le bien-être complet et le contentement de son état, ce qu’on nomme le bonheur, engendrent une confiance en soi qui souvent  aussi se convertit en présomption, dès qu’il n’y a pas une bonne volonté pour redresser et tourner vers des fins universelles l’influence que ces avantages ont sur l’âme, et du même coup tout le principe de l’action ; sans compter qu’un spectateur raisonnable et impartial ne saurait jamais éprouver de satisfaction à voir que tout réussisse perpétuellement  à un être qui ne relève aucun trait de pure et bonne volonté […] » Fondements de la métaphysique des mœurs (1785)
Première section,Traduction Victor Delbos ,Librairie Delagrave 1977

 Impératifs hypothétiques et impératif catégorique

 Les impératifs sont  lds règles, ou commandements,  en fonction desquels nous agissons. Certains sont  » hypothétiques « ( » si tu veux obtenir ceci, alors fait cela « ). Mais l’impératif moral ne saurait être ordonné à aucun objectif, quelqu’il puisse être – pas même le bonheur ou le Bien.
 » Tous les impératifs commandent ou hypothétiquement ou catégoriquement. Les impératifs hypothétiques représentent la nécessité pratique d’une action possible, considérée comme moyen d’arriver à quelque autre chose que l’on veut (ou du moins qu’il est possible qu’on veuille). L’impératif catégorique serait celui qui représenterait une action comme nécessaire pour elle-même, et sans rapport à un autre but, comme nécessaire objectivement.
Puisque toute loi pratique représente une action possible comme bonne, et par conséquent comme nécessaire pour un sujet capable d’être déterminé pratiquement par la raison, tous les impératifs sont des formules par lesquelles est déterminée l’action qui, selon le principe d’une volonté bonne en quelque façon, est nécessaire. Or, si l’action n’est bonne que comme moyen pour quelque autre chose, l’impératif est hypothétique ; si elle est représentée comme bonne en soi, par suite comme étant nécessairement dans une volonté qui est en soi conforme à la raison [en tant qu’il est ] le principe qui la détermine , alors l’impératif est catégorique « . Fondements de la métaphysique des mœurs (1785) Première sectionTraduction Victor Delbos
Librairie Delagrave 1977 pp124-125

 La loi morale 

 Tous les êtres raisonnables, et seuls les êtres raisonnables, peuvent se déterminer a priori.  Ils se décident suivant des principe. Dans le registre de la pratique,  ce principe serala loi morale. Il nous contraint, mais seulement dans l’exacte mesure où nous acceptons cette contrainte.

« La raison pure est pratique par elle seule et donne à l’homme une loi universelle, que nous nommons la loi morale […]
S’appliquant aux hommes, la loi a la forme d’un impératif, parce qu’on peut, à la vérité, supposer en eux, en tant qu’êtres raisonnables, une volonté pure, mais non leur attribuer, en tant qu’êtres soumis à des besoins et à des causes sensibles de mouvement, une volonté sainte, c’est-à-dire une volonté qui ne soit capable d’aucune maxime contradictoire avec la loi morale. Pour eux la loi morale est donc  un impératif, qui commande catégoriquement, puisque la loi est inconditionnée ; le rapport d’une volonté telle que la leur à cette loi est la dépendance qui sous le nom d’obligation désigne une contrainte, imposée toutefois par la simple raison et sa loi objective, pour l’accomplissement d’une action qui s’appelle devoir[…] « Critique de la raison pratique (1788),Traduction François Picavet ,Presses universitaires de France 1965 pp30-32

Le respect

L’homme n’est pas exclusivement de rationnel. Il lui faut aussi des mobiles pour agir, des mobiles  qui concernent et engagent sa sensibilité.  Le respect  est, si l’on en croit Kant, le seul sentiment  qui puisse être tenu pour moral.

 » Cette idée de la personnalité qui éveille le respect, qui nous met devant les yeux la sublimité de notre nature (d’après sa détermination), en nous faisant remarquer en même temps le défaut d’accord de notre conduite avec elle, et en abaissant par là même la présomption, est naturelle, même à la raison humaine la plus commune, et aisément remarquée. Tout homme, même médiocrement honorable, n’a-t-il pas trouvé quelquefois qu’il s’est abstenu d’un mensonge, d’ailleurs inoffensif, par lequel il pouvait ou se tirer lui-même d’une affaire désagréable ou procurer quelque avantage à un ami cher et plein de mérite, pour avoir le droit de ne pas se mépriser en secret à ses propres yeux ? Est-ce qu’un  honnête homme  n’est pas soutenu, dans les plus grands malheurs de la vie, qu’il pouvait éviter si seulement il avait pu se mettre au dessus du devoir, par la conscience d’avoir en sa personne maintenu l’humanité dans sa dignité, de l’avoir honorée, de n’avoir pas de raison de rougir de lui-même à ses propres yeux et pour craindre le spectacle intérieur de l’examen de conscience ? Cette consolation n’est pas le bonheur, elle n’en est pas même la plus petite partie. Car aucun homme ne souhaitera d’avoir l’occasion de l’éprouver, ne souhaitera peut-être pas même une vie dans de telles circonstances. Mais il vit et ne peut supporter d’être à ses propres yeux indigne de vivre. Cette tranquillité intérieure est donc simplement négative par rapport à tout ce qui peut rendre la vie agréable, c’est-à-dire qu’elle écarte le danger de décroître en valeur personnelle, quand on a complètement déjà renoncé à la valeur de sa situation. Elle est l’effet d’un respect pour quelque chose qui est tout à fait autre que la vie et auprès duquel au contraire, en comparaison et en opposition, la vie avec tout son charme n’a aucune valeur. Il ne vit plus que par devoir, non parce qu’il trouve le moindre agrément à vivre. »  KANT Critique de la raison pratique (1788)
Traduction François Picavet
Presses universitaires de France 1965 pp92-93

2 réflexions au sujet de « La morale de Kant (textes) »

  1. Le , oliver a dit :

    Super cette liste!
    Mais çà serait pas mal d’avoir des piste pour les commenter.

    Et peut-on citer les textes que l’on commente au bac?

  2. Ce n’est pas une liste! Ce sont les textes résumant la morale.
    Y a-t-il quelque chose que vous ne comprenez pas?
    Quant à votre question « citer les textes que l’on commente » : ???????

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