Langage et violence


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Langage et violence semblent bien deux contraires, comme le montre P. Ricoeur :

« C’est pour un être qui parle, qui, en parlant, poursuit le sens, pour un être qui a déjà fait un pas dans la discussion et qui sait quelque chose de la rationalité, que la violence fait problème, que la violence advient comme problème. Ainsi la violence a son sens dans son autre le langage. Et réciproquement. La parole, la discussion, la rationalité tirent elles aussi leur unité de sens de ceci qu’elles sont une entreprise de réduction de la violence. La violence qui  parle, c’est déjà une violence qui cherche à avoir raison ; c’est une violence qui se place dans l’orbite de la raison et qui commence déjà de se nier comme violence ». Paul Ricoeur, La violence, éd. Desclée de Brouwer, 1967, p. 87 (Semaine des intelellectuels catholiques).

Il est possible de dépasser  de cette antithèse entre langage et violence : d’abord, « la violence  parle » (Ricoeur) ; nombreux, comme l’a montré A. Philonenko, sont les écrits accompagnant la guerre. Celle-ci se distingue  de la simple lutte animale par ces inscriptions écrites dans une histoire (parades disant la force, proclamations, déclarations de guerre, etc.) ; et le terrorisme se veut violence-information, voire violence pédagogique éduquant les masses.
De plus, toute communication implique peut-être une violence constitutive ; la lutte pour la reconnaissance dont parlait Hegel, c’est d’abord la lutte pour être entendu ; tout professeur en sait quelque chose.
Enfin le langage peut devenir violence ; mais où placer cette violence ?
Pas dans la langue, disent Ies uns, mais dans les discours qui utilisent les règles collectives de la langue, car « la langue est innocente, la langue, outil, code, parce qu’elle ne parle pas

 mais est  parlée ».
Pas dans tous les discours, disent d’autres, mais dans les discours écrits ; 24 siècles après Platon, H. Lefebvre dénonce le terrorisme de l’écriture : « Le terrorisme commença lorsqu’un meneur de peuples put montrer une pierre gravée en proclamant «Dieu a parlé et voici ce qui en reste : les Tables de la lois !
Pas dans les écrits, soutiennent enfin d’autres encore, pas dans les discours* parlés ou écrits, mais dans les métadiscours, c’est-à-dire les discours sur les discours ; car le métadiscours est le plus souvent celui du pouvoir ; l’enfant parle et l’adulte dit ce qu’il faut en penser.
En conclusion, dans le discours apparait une violence ; dans cette violence, le pouvoir ; on ne pourra supprimer la violence qu’en s’attaquant à cette racine ; au commencement est le commandement (le même mot grec, archè, les désigne « ).

1. Paul Ricoeur, opus cité, p. 88.
2. Henri Lefebvre, in Positions contre les technocrates, Gonthier, 1967, p. 51.

 (Ceci est un extrait d’un texte de F.Stirn, Violence et pouvoir, ,aujourd’hui inaccessible).

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