Le bonheur, idéal de l’imagination (texte de Kant)

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Nous ne sommes pas capables de savoir ce que nous entendons par ce mot: « bonheur ». Pour Kant, il n’y a pas de concept du bonheur :
 

«  Le concept de bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’a tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il désire et il veut. La raison en est que tous les éléments qui font partie du concept du bonheur sont dans leur ensemble empiriques, c’est-à-dire qu’ils doivent être empruntés à l’expérience, et que cependant pour l’idée du bonheur un tout absolu, un maximum de bien-être  dans mon état présent et dans toute ma condition future, est nécessaire. Or il est impossible qu’un être fini, si  perspicace et en même temps si puissant qu’on le suppose, se fasse un concept déterminé de ce qu’il veut ici véritablement. Veut-il la richesse ? Que de soucis, que d’envie, que de pièges ne peut-il pas par là attirer sur sa tête ! Veut-il beaucoup de connaissance et de lumières ? Peut-être cela ne fera-t-il que lui donner un regard plus pénétrant pour lui représenter d’une manière d’autant plus terrible les maux qui jusqu’à présent se dérobent encore  à sa vue et qui sont pourtant inévitables, ou bien que charger de plus de besoins encore ses désirs qu’il a déjà bien assez de peine à satisfaire. Veut-il une longue vie ? Qui lui répond que ce ne serait pas une longue souffrance ?  Veut-il du moins la santé ? Que de fois l’indisposition du corps a détourné d’excès où aurait fait tomber une santé parfaite, etc… Bref,  il est incapable de déterminer avec une entière certitude d’après quelque principe ce qui le rendrait véritablement heureux : pour cela il lui faudrait l’omniscience. On ne peut donc pas agir, pour être heureux, d’après des principes déterminés, mais seulement d’après des conseils empiriques, qui recommandent, par exemple, un régime sévère, l’économie, la politesse, la réserve,  etc…,  toutes choses qui, selon les enseignements de l’expérience, contribuent en thèse [1] générale pour la plus grande part au bien être. Il suit de là que les impératifs de la prudence, à parler exactement, ne peuvent commander en rien, c’est-à-dire représenter des actions de manière objective comme pratiquement nécessaires, qu’il faut les tenir plutôt pour des  conseils (consilia) que pour des commandements (praecepta) de la raison : le problème qui consiste à déterminer d’une façon sûre et générale quelle action peut favoriser le bonheur d’un être raisonnable est un problème tout à fait insoluble ». 

Kant

1) En règle générale

Fondements de la métaphysique de mœurs (1785) II e section, Traduction V. Delbos, Ed Delagrave, 1997, pp 131 132

   

21 thoughts on “Le bonheur, idéal de l’imagination (texte de Kant)

  1. Le , Laurent a dit :

    Loin de moi l’idée de vouloir mettre Kant à défaut, mais je trouve son raisonnement bancal : ce n’est pas parce que le bonheur est un concept difficile à définir, qu’il n’existe pas. Il a été expérimenté par de nombreux hommes, puis relaté, ce qui fait que la question nous préoccupe toujours.
    Ce n’est pas non plus parce qu’il n’existe pas, à la connaissance de Kant, et à son époque, de « petit manuel pour arriver au bonheur » que cela réfute l’existence du bonheur.
    De nos jours on creuse encore cette question, et se tourner vers d’autres cultures qui n’abordent pas la problématique sous le même angle permet d’entrevoir des réponses ; je pense ici à la méditation, et aux nombreux récits des bonheurs et plénitudes ressenties par les méditants. Kant aurait du se tourner vers ces voies, qui délaissent mental et intelligence pure pour se tourner vers le ressenti et l’expérimentation, avant de considérer que le tour de la question avait été fait et qu’il n’existe ni définition ni recette au bonheur…

  2. Vous connaissez des auteurs qui ont décrit le bonheur? Qui par exemple?
    Les expériences mystiques dont vous parlez vont dans le sens de Kant. Il s’agit d’expériences ineffables.. dont on ne peut parler par concepts.En fait Kant ne dit pas: le bonheur n’existe pas.
    Il dit:
    le bonheur ne peut pas être le but de la sagesse, ou le but de la vie. Parce que quand on dit cela on ne sait pas de quoi on parle.
    La philosophie est un discours qui se fonde sur des concepts, qui enchaîne des concepts. Donc : si on n’a pas de concepts, on ne peut pas parler philosophiquement de quelque chose (ce en quoi il s’oppose à tous les anciens).
    Mais l’art, la poésie peuvent évoquer le bonheur, même si les poètes et les artistes sont plutôt dans la plainte, le spleen , en général..

  3. Le , AliceGras a dit :

    je pense avoir déjà été heureuse en ayant réuni des conditions personnelles (telles que l’atteinte d’objectifs sportifs, intellectuels, spirituels, moraux, conceptuels et affectifs) mais le fait de préter à l’état de bonheur un caractère durable, rend son atteinte délicate (pour ne pas dire impossible) se qui le distingue du plaisir. Sans compter qu’avoir été confronté au malheur constitue un facteur essentiel pour y accèder. On alterne joie et tristesse avec un penchant pour l’un ou l’autre des deux états sur des periodes variables. La vie est faite de hauts et de bas. Il y a autant de vérités concernant l’accès au bonheur qu’il n’y a d’individus.

  4. Merci Alice, voici un appoint pertinent…

  5. Le , Rony a dit :

    selon moi, le bonheur n’est qu’une utopie utilisée par beaucoup de personnes pour se donner les moyens d’atteindre certains objectifs. Il n’est qu’ éphémère et donc se traduit par les envies ressenties par X personne.Malgrès les nombreuses polémiques sur le sujet, je pense pouvoir dire que le bonheur n’est qu’un rêve, une idéalisation de la vie qu’on voudrait avoir: un homme aussi peu ambitieux soit-il voudra toujours atteindre de nouveaux objectifs car il pensera que cela contribuera a son bonheur. Néanmoins, étant donné que le bonheur n’agit que sur le court terme, on ne parle plus de bonheur mais de plaisir ou de satisfaction de soi.Dans ce cas la, pourrait-on assimiler le bonheur avec l’ambition?

  6. On ne peut pas assimiler le bonheur à l’ambition. Ce sont deux choses qui n’ont pas grand chose à voir.
    Dans ses textes sur les grands hommes (très ambitieux, par définition), Hegel dit que ceux-ci ne sont jamais heureux. De fait, on le constate, les grands hommes n’ont jamais été heureux « Une fois leur tâche accomplie, ils tombent comme des douilles vides »… (Hegel)

    Mais vous avez raison de dire que le bonheur est une sorte d’utopie , un objectif qui nous donne du courage..

  7. Le , Rony a dit :

    Même si le bonheur et l’ambition sont deux choses distinctes, je pense qu’elles interviennent sur un sujet commun : la quête du bonheur.
    Je pense que le bonheur et l’ambition sont étroitement liés car sans ambition, il est difficile voir inconcevable de trouver le bonheur(s’il existe) ; et à l’inverse, le bonheur ne vient pas sans l’ambition qui nous a donné les moyens de l’atteindre.De plus, pour répondre à la citation d’ Hegel, je dirais que rare sont les hommes qui vivent heureux aussi ambitieux soient-ils.

  8. Je crois que l’on peut trouver le bonheur sans ambition, comme nous l’enseignent les stoïciens, les épicuriens et surtout Rousseau!

  9. Pour reprendre Laurent, il est vrai que le raisonnement est douteux de la part de Kant.
    Ce n’est pas parce que le bonheur n’est pas définissable, dans l’absolu, qu’il n’existe pas. Selon ce principe le beau n’existerais pas non plus puisque difficilement définissable…
    De plus, les déclarations des droits de l’Homme, française et universelle, ainsi que la constitution Américaine, garantissent le bonheur comme but ultime du peuple. Selon Kant, alors, puisque le bonheur est difficilement définissable, les systèmes politiques qui s’appuient sur ces déclarations ne poursuivraient aucun but ? Cela est difficilement crédible…

  10. Sur le premier point vous avez raison , Morgann, ce n’est pas parce que l’on ne peut pas définir quelque chose que cela n’existe pas.
    mais Kant ne dit pas seulement qu’on ne peut ps définir le bonheur, il dit que c’est un concept contradictoire, ce qui est beaucoup plus grave!
    En ce qui concerne la constitution américaine elle ne grantissent pas le bonheur, mais elle affirment que chacun a le droit de poursuivre le bonheur, que c’est un but légitime et que l’Etat doit viser ce but -et non pas garantir le bonheur..

    A demain!

  11. Après avoir effectué quelques recherches sur internet au niveau de la constitution américaine, et pour appuyer mon argument, voici un petit extrait du préambule : « Nous tenons ces vérités évidentes par elles-mêmes que les hommes naissent égaux, que le Créateur les a
    dotés de certains DROITS INALIENABLE parmi lesquels la vie, la liberté et LA RECHERCHE DU BONHEUR ; que POUR GARANTIR CES DROITS, les hommes instituent des gouvernements dont le juste pouvoir provient du consentement
    des gouvernés, que si un gouvernement ne respecte pas cette règle, le peuple a le droit de le modifier ou de
    l’abolir et d’instituer un nouveau gouvernement. » Il s’agit bien de garantir la recherche du bonheur, c’est l’un des but de cette constitution.

  12. Oui, tout homme a le droit de rechercher le bonheur.
    mais cela ne signifie pas qu’il a droit au bonheur…

  13. Le , souldajy boy a dit :

    Après avoir lus quelques commentaires sur le texte de Kant je pense que chaque personne a son propre concept du bonheur mais qui ne serrait que temporaire et non a long terme donc je serrais d’accord avec le texte de Kant mais aussi contre car il dit ke pour étre heureux il faudrait avoir l’omniscience ,Faux car parfois pour ètre heureux il vaut mieux rester dans l’insouciance que dans la connaissance.Ces comme dans chaque texte philosophique par exemple celui de Mme de Chatelet dont la conception du bonheur serait la jouissance de la vie que seul les personne s ayant manger la vie a pleine dent sont intéressant tout au contraire de Fontenelle dont le bonheur est de se contenter de ce que on a sans avoir aucune ambition dons aucun plaisir dans la vie de juste se contenter de se que on a . Ces pour cela que je pense qu’on ne peux ce focaliser sur un e conception car si on se connait plus, on serait que plusieurs concept du bonheur est dans notre vie.

  14. Oui mais Kant ne dit pas « le bonheur c’est comme ci ou comme ça ». Il dit: le bonheur , il est impossible d’en former un « concept », c’est-à-dire une idée claire, une idée générale. C’est un mot qui recouvre tout ce qu’on veut, donc , rien!

  15. Le , karim a dit :

    le bonheur voila un sujet ki nous cause bcp de probleme car a mon avis le bonheur nest qu’un spectre que l’on lon poursuis tt au long de sa vie je pense aussi que ce que Kant di dans son ecriture est parfaitemen le reflet de la realite un homme qu’il soit dans la connaissance ou lignorance cherchera tjr un moyen de remplir le vide kil eprouve en soit.. une certaine satisfaction de soi meme… le bonheur ne peut donc etr lobjet d’une quette puisque l’on connai pa sa forme ni sa definition

  16. Le , Joop a dit :

    Quand Kant écrit qu’il faut agir non pas d’après des « principes déterminés » mais d’après des « conseils empiriques » qu’il explicite par des exemples comme l' »économie » et la « politesse » (aux lignes 15-16), j’ai l’impression, sûrement à tort qu’il se contredit. En effet, d’après ce que j’ai pu comprendre, les « principes déterminés » constituent des moyens discernés a priori par l’homme pour accéder au bonheur tandis que les « conseils empiriques » seraient plutôt des moyens résultant de l’enseignement de son expérience, a posteriori. Or les exemples qu’il donne comme conseils empiriques me paraissent être des enseignements moraux inculqués à l’homme a priori, qui ne résultent pas de son expérience personnelle.

  17. Le , katen a dit :

    Bonjour a tous,

    Dites moi, pourriez vous m’aider pour un sujet en philo qui traite le language ???

    merci d’avance

  18. Il n’y a pas la moindre contradiction, c’est vous qui faites un contresens!
    C’est un raisonnement par l’absurde. Pour être heureux, on ne peut se fonder que sur des conseils empiriques, or ceux-ci sont aléatoires, donc on ne peut pas trouver une régle de vie (des principes déterminés) ayant pour objectif de nous rendre heureux.
    Donc le souci du bonheur ne peut fonder une morale.

  19. Le , chacho a dit :

    C’est une disserte de philo à faire  » Qu’attendons nous pour être heureux ? » et je n’ai aucune problématique est ce quelqu’un pourrait m’aider ?

  20. Il faut vous demander si le bonheur dépend de nous ou pas: c’est ce que suggère le sujet.
    Pour cela vous devriez lire le manuel d’Epictète qui pose ce problème…Ou regarder la fiche « bonheur » sur ce blog..

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