Le moi, une réalité insaissable

La conscience nous donne-t-elle accès au moi?

 

Apparemment rien de plus évident : c’est le même moi qui a chaud, puis froid, puis soif, puis faim etc… À la variété et à la succession des impressions répondrait la continuité d’un moi stable, sujet de toute expérience, ce moi-même censé constituer l’identité personnelle. Mais ce sujet n’est-il pas l’objet d’une simple croyance ? Pour en établir la réalité, il faudrait que j’en fasse l’expérience et que l’impression de ce moi constant soit distincte des perceptions changeantes de chaud, de froid, de plaisir ou de douleur etc…C’est en vain que Hume cherche en lui-même les traces de cette impression du moi.

  

« Il y a certains philosophes qui imaginent que nous avons à tout moment la conscience intime de ce que nous appelons notre moi ; que nous sentons son existence et sa continuité d’existence ; et que nous sommes certains, plus que par l’évidence d’une démonstration, de son identité et de sa simplicité parfaite (…)

Pour ma part, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j’appelle moi, je bute toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaud ou de froid, de lumière ou d’ombre, d’amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment sans une perception et je ne peux jamais rien observer que la perception. Quand mes perceptions sont écartées pour un temps, comme par un sommeil tranquille, aussi longtemps je n’ai plus conscience de moi et on peut dire vraiment que je n’existe pas. Si toutes mes perceptions étaient supprimées par la mort et que je ne puisse ni penser, ni sentir, ni voir, ni aimer ni haïr après la dissolution de mon corps, je serais entièrement annihilé et je ne conçois pas ce qu’il faudrait de plus pour faire de moi un parfait néant. »

 

Hume, Traité de la nature humaine,trad. A. Leroy, éd. Aubier, pp.342-343

  

 

 

 

 

 

4 réflexions au sujet de « Le moi, une réalité insaissable »

  1. Le , Nicolas376 a dit :

    Merci pour tous ces textes qui m’ont aider. En effet, il m’ont permis d’élargir ma réflexion sur le sujet de dissertation suivant : Peut-on se connaître soi-même.
    Si vous le voulez, je pourrai vous faire part prochainement de l’utilisation que j’ai faite de ses textes lorsque mon prof m’aura rendu ma copie.
    Bonnes vacances 😉

  2. J’y compte bien Nicolas, à bientôt…

  3. Le , yves a dit :

    Quel est la nature du moi selon Fichte ? J’ai lu dans panorama de la philosophie que, selon Fichte, le moi est au point de départ de la science. Le premier principe est la réflexivité du Moi: Moi = Moi, le deuxième est l’opposition entre le Moi et le non-Moi, le troisième se résume par : le Moi se découvre comme limité par le non-Moi. En découle les : 4ème principe : Le Moi pose le non-Moi comme limité par le Moi. C’est le stade de la raison pratique, où la conscience agit sur autre chose qu’elle même, où elle transforme la réalité extérieure. 5ème principe : Le Moi se pose lui même comme limité par le non-Moi. C’est le domaine de la philosophie théorique, où la conscience recherche les lois de la nature. Pourrais-je avoir quelques éclaircissements sur cela.
    merci

  4. Yves ,
    Je ne peux pas vous résumer Fichte en quelques mots, c’est impossible. Ce genre de philosophie , il faut s’immerger dedans complétement, on ne peut la traduire en d’autres mots sans la dénaturer.
    Fichte essaye de dépasser l’opposition entre réalisme (philosophies qui donnent au non-moi la priorité) et idéalisme: philosophie qui sacrifient le non-moi au moi.

    Pour lui, le moi est l’unité de la conscience et du réel, ou encore: de la conscience de soi et de l’univers. Comme unité des opposés, la conscience (le moi) va se déployer dans le temps: la vérité du moi est la temporalité. La connaisance est une sorte d’échange réciproque du moi avec lui-même qui lie la conscience de soi et la conscience d’ objet : c’est la phénoménologie de l’esprit, ou encore « l’histoire pragmatique de l’esprit humain ».
    Vous êtes en khâgne?

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