Les énoncés performatifs (texte Austin)

©baptème clovis J.L. s’interroge ici sur l’existence d’énoncés qui ne sont pas simplement des affirmations qu’on apprécierait sous le seul rapport du vrai et du faux, mais constituent en eux-mêmes une action par laquelle on fait quelque chose.

 

« Nous devions, souvenez-vous, considérer quelques cas (et seulement quelques-uns, Dieu merci !) ou dire une chose, c’est la faire, et noter quel sens cela pourrait avoir. Ou encore, des cas où par le fait de dire, ou en disant quelque chose, nous faisons quelque chose. Ce thème appartient, parmi beaucoup d’autres, au récent mouvement de remise en question d’une présupposition séculaire : que dire quelque chose (du moins dans tous les cas dignes de considération – i. e. dans tous les cas considérés), c’est toujours et tout simplement affirmer quelque chose. Présupposition sans nul doute inconsciente, sans nul doute erronée, mais à ce qu’il semble, tout à fait naturelle en philosophie. Nous devons apprendre à courir avant que de pouvoir marcher. Si nous ne faisions jamais d’erreurs, comment pourrions-nous les corriger ?

J’ai commencé par attirer votre attention, au moyen d’exemples, sur quelques énonciations bien simples, de l’espèce connue sous le nom de performatoires, ou performatifs1. Ces énonciations ont l’air, à première vue, d’ « affirmations » – ou du moins en portent-elles le maquillage grammatical. On remarque toutefois, lorsqu’on les examine de plus près, qu’elles ne sont manifestement pas des énonciations susceptibles d’être « vraies » ou « fausses ». Être « vraie » ou « fausse », c’est pourtant bien la caractéristique traditionnelle d’une affirmation. L’un de nos exemples était, on s’en souvient, l’énonciation « Oui [je prends cette femme comme épouse légitime] », telle qu’elle est formulée au cours d’une cérémonie de mariage. Ici nous dirions qu’en prononçant ces paroles, nous faisons une chose (nous nous marions), plutôt que nous ne rendons compte d’une chose (que nous nous marions). Et l’acte de se marier, comme celui de parier, par exemple, serait décrit mieux (sinon encore avec précision) comme l’acte de prononcer certains mots, plutôt que comme l’exécution d’une action différente, intérieure et spirituelle, dont les mots en question ne seraient que le signe extérieur et audible. Il est peut-être difficile de prouver qu’il en est ainsi ; mais c’est – je voudrais l’affirmer – un fait. »

 

 

Note 1 : Le performatif est un énoncé qui constitue simultanément l’acte auquel il se réfère.

J. L. Austin, Quand dire, c’est faire [1962], trad. par G. Lane, Deuxième conférence, Éditions du Seuil, 1970, p. 47-48

 

 

 

 

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