L’interprétation

Une photo peut être interprétée de menière contradictoire/ Voici le commentaire de Marc Girot   lu dans le bulletin de A.International :

 

Comment représenter la misère?

 

ANALYSE

« Le choix par l’Unicef d’une photo représentant une fillette dans un bidonville de Port-au-Prince comme « photo de l’année » a été violemment critiqué par une plan-forme d’organisations de défense des droits humains hâitienne. Peut-on représenter la misère, comment? À quel prix?

La fillette est habillée en robe blanche, elle traverse précautionneusement une mare d’ordures, sur un fond de baraques en tôle. Phototémoin ou acte d’accusation? Symbole d’une triste réalité sociale ou regard empreint de préjugés du photographe ? Pour le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), aucun doute ri est possible : cette photo est attentatoire à la dignité de la fillette – une mineure – et le choix de l’ Unicef, qui en a fait la photo de l’année, est incompréhensible. Sites et blogs haïtiens bruissent de colère contre cette image « dégradante » d’Haïti captée par un regard étranger, dans tous les sens du terme. Que faut-il en penser? Comment une « simple » photographie peut-elle exprimer deux perceptions aussi antagonistes de son sens, de son message? Stigmatisation du sous-développement haïtien pour le RNDDH, témoignage exceptionnel pour l’Unicef qui devait choisir entre

1500 photos ! Contrairement à une idée reçue, profondément ancrée, la photographie n’est pas immédiatement lisible, avec un sens univoque, évident. Si on parle d’une photo comme d’un « instantané », elle n’est pas, loin de là, instantanément compréhensible. La photographie est réelle, mais elle n’est pas « vraie ». Elle ne traduit pas mieux la réalité qu’un texte, elle est parfois mystification par son cadrage, par ce qu’elle ne montre pas du hors-champ, par tout ce qu’elle ne peut pas dire du contexte dans lequel elle a été prise. Ainsi de la photo en question. Dans quelles circonstances cette photo a-elle été prise? Sur le vif? Que dit-elle de la réalité haïtienne qu’on ignore, ou qu’on ne sache déjà? A-t-elle été prise un dimanche, comme le laisse supposer la couleur de la robe? La petite fille vient-elle, ou non, du bidonville à l’arrière-plan? …. » Marc Girot

 

2 réflexions au sujet de « L’interprétation »

  1. Le , Grimlak a dit :

    Cette photo est à mon sens superbe. Pourtant celle-ci défraie la chronique et les avis divergent sur sa « beauté » (au sens de son message). Alors ce qui est beau est-il vraiment « universel et sans concept » ?
    Le seul ennuie que je verrai à la multiplication de ces photos représentant la misère ce serait de passer de la sensibilisation (l’effet voulu je pense) à de l’indifférence. Si quotidiennement la misère nous est représentée, le risque serait peut-être qu’on ne soit plus aussi choqué et indigné devant de telles photos… Faire passer ce qui est bien réel- la misère- dans le monde des images, de l’art, du « factice » ?
    En outre cette photo, du point de vue artistique, est particulièrement belle : excellente lumière, belle composition, beaux reflets. etc. Je me pose donc cette question : N’y-a-t-il pas un risque à juxtaposer la beauté technique d’une photo au caractère ignoble de ce qu’elle représente ? Ne préférerait-on pas la dureté d’un texte à la beauté de certaines images pour représenter la misère humaine ? Sinon ne risque-t-on pas une « banalité du mal » comme le dit Hannah Arendt ?
    Désolé pour ce commentaire un peu long, et encore merci pour la correction de ma copie 🙂
    Erwin A.

  2. Merci Erwin, n’hésitez pas à proposer vos commentaires, cela vous entraîne. C’est juste ce que vous dites.
    Bon… mais la banalité du mal, n’est pas la banalisation du mal, attention…

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