Qu’est-ce que la vérité? (Texte de Kant)

Kant
 Les critères formels de la vérité sont justes. Mais insuffisants:

« L’ancienne et célèbre question par laquelle on prétendait pousser à bout les logiciens […] est celle-ci: Qu’est-ce que la vérité? […]
Mais pour ce qui regarde la connaissance, quant à sa forme simplement (abstraction faite de tout contenu), il est […] clair qu’une logique, en  tant qu’elle traite des règles générales et nécessaires de l’entendement, doit exposer, dans ces règles mêmes, les critères de la vérité. Car ce qui les contredit est faux, puisque l’entendement s’y met en contradiction avec les règles générales de sa pensée et, par suite, avec lui-même. Mais ces critères ne – concernent que la forme de la vérité, c’est-à-dire de la pensée en général et, s’ils sont, à ce titre, très justes, ils sont pourtant insuffisants. Car une connaissance peut fort bien être complètement conforme à la forme logique, c’est-à-dire ne pas se contredire elle-même, et cependant être en contradiction avec l’objet. Donc le critère simplement logique de la vérité, c’est-à-dire l’accord d’une connaissance avec les lois générales et formelles de l’entendement et de la raison est, il est vrai, la condition sine qua non et, par suite, la condition négative de toute vérité; mais la logique ne peut pas aller plus loin; aucune pierre de touche ne lui permet de découvrir l’erreur qui atteint non la forme, mais le contenu.
La logique générale résout donc en ses éléments tout le travail formel de l’entendement et de la raison et présente ces éléments comme principes de toute appréciation logique de notre connaissance. Cette partie de la logique […] est par là même la pierre de touche au moins négative de la vérité, puisqu’il faut tout d’abord examiner et apprécier toute connaissance, quant à sa forme, d’après ces règles, avant de l’éprouver quant à son contenu, pour établir si, par rapport à l’objet, elle renferme une vérité positive. Mais, comme la simple forme de la connaissance, aussi d’accord qu’elle puisse être avec les lois logiques, est bien loin par là de suffire à établir la vérité matérielle (objective) de la connaissance, personne ne peut se risquer à l’aide de la logique seule, à juger des objets et à en affirmer la moindre des choses […].
Emmanuel Kart, Critique de la raison pure (1781, « Logique transcendantale»,

trad. A. Tremesaygues et B. Pacaud,

PUF, colt. «Quadrige», Se éd., 1997, p. 81-82.

4 réflexions au sujet de « Qu’est-ce que la vérité? (Texte de Kant) »

  1. ça ne me rassasie pas. Je voudrais une précision sur la conception de la vérité chez Kant. Kant pense que connaître, c’est juger, et dans cette logique, la connaissance est une quête de la vérité. Mon interrogation est la suivante : pense-t-il à une vérité ou à des vérités ?

  2. Non . La connaissance n’est pas une « quête de vérité » . La quête de la vérité définit plutôt la philosophie que la connaissance. La connaissance désigne plutôt un savoir constitué…
    En ce qui concerne votre question, la vérité ce n’est pas une vérité (ce qui semble évoquer UNE vérité concernant un objet particulier , par exemple, « il fait froid aujourd’hui ».
    Ni des vérités (une collection de vérités particulières?).
    « La vérité » cela signifie ici: le point commun de tous les discours vrais.
    Ce que se demande Kant , c’est s’il existe des critères formels de la vérité et il répond « Non »

  3. Le , caizoe44 a dit :

    « Ce que se demande Kant , c’est s’il existe des critères formels de la vérité et il répond « Non » »

    Au contraire, il existe des critères formels de vérité (fournis par la logique) mais ils sont insuffisants. Ce que dit Kant, ce me semble, c’est plutôt qu’il n’y a pas de critère matériels de la vérité.

  4. A caizoe 44,
    Non vous vous trompez.
    La logique ne fournit pas des critères de vérité. Elle ne fournit que des interdits (telle forme est illogique, donc fausse.. logiquement!).
    En revanche la logique ne dit rien de l' »accord avec l’objet » (« une connaissance peut être complètement en accord avec la logique et en contradiction avec l’objet »).
    Conclusion: on ne peut trouver dans la logique les critères de la vérité (d’une « vérité positive », c’est -à-dire concernant le réel)

Laisser un commentaire