Citation commentée Kant Analytique du beau

 

 

Citation Kant Analytique du beau

 « Est beau ce qui plaît universellement sans concept ».

 

Cette définition du beau qui correspond au second moment de l’Analytique du beau, c’est-à-dire de l’examen des quatre étapes du  jugement de goût, est à la fois bien connue, souvent citée, et rarement bien comprise. Tout le monde sait bien que le beau ne fait jamais l’unanimité, et que les musées,  qui sont censés rassembler  les  œuvres les plus admirables, sont quelque fois encombrés d’objets discutables. D’autre part,  l’ « absence de concepts » est une formule peu éclairante.

Reprenons. Le « beau plaît sans concept » signifie que nous n’avons pas besoin de savoir exactement ce qu’a voulu dire l’artiste (son « message », par exemple) ni d’exprimer sous formes de mots (les mots recouvrent des concepts) ce que nous ressentons. La beauté est ineffable, et c’est précisément l’une des raisons pour lesquelles elle nous galvanise à ce point. On ne peut énoncer clairement ce que l’on éprouve devant la beauté. En réalité, la beauté  (d’une œuvre, d’un paysage..) ne touche jamais tout le monde. Certains ne voient pas la beauté, d’autres ne l’apprécient pas. Mais ce que veut dire Kant, c’est que lorsque nous rencontrons la beauté, nous savons que notre plaisir doit pouvoir être partagé. Car ce qui ne serait beau que pour moi, en vérité, ne serait pas beau ! L’universalité de la beauté n’est, dit Kant, qu’une « prétention », une exigence, mais cette possibilité est pourtant une certitude. Ce qui est beau l’est pour tous, mais en droit, non en fait.

 

 Notions : Culture, Art, Œuvre.

 

 

 

 

 

Ciation commentée Platon Hippias

 

« Les belles choses sont difficiles » ( page 50). Les derniers mots du dialogue  Hippias majeur sont célèbres, alors qu’ils semblent n’énoncer qu’une piètre  banalité. Etait-il nécessaire d’écrire  ce dialogue aussi subtil qu’inabouti pour en arriver là, c’est-à-dire nulle part, finalement? En vérité,  l’enseignement de ces derniers mots est double. Tout d’abord la philosophie peut être féconde alors même qu’elle fait état de ses échecs. On reconnaît ici le premier enseignement de Socrate : il faut savoir reconnaître son ignorance,  car la philosophie est la recherche de la vérité et non sa possession. D’autre part,  le beau est définitivement quelque chose de très « difficile ». Ce  qu’il faut avant tout combattre c’est l’illusion que Hippias fait sienne, et qui consiste à confondre le beau et ses incarnations (une belle jeune fille, une belle jument, une belle …marmite). Socrate nous suggère au contraire que le beau est une réalité mystérieuse et contradictoire qui   s’enracine assurément dans le sensible mais qui ne saurait s’y réduire. Eprouver le beau et l’admirer est facile. Le définir est quasiment impossible. LHL

L’Hippias majeur

Citation commentée Descartes Méditations

« Que vois-je de cette fenêtre, sinon des chapeaux et des manteaux, qui peuvent couvrir des spectres ou des hommes feints qui ne se remuent que par ressorts? Mais je juge que ce sont de vrais hommes, par la seule puissance de juger qui est en mon esprit, ce que je croyais voir de mes yeux ». Ce célèbre fragment des Méditations de Descartes conclut un passage comportant  trois enseignements qui n’ont en commun que leur immense portée philosophique. Descartes formule implicitement une critique du langage : c’est parce que nous disons que nous voyons des hommes que nous nous imaginons  les voir . C’est la langage qui nous trompe .De simples silhouettes entr’aperçues sont identifiées hâtivement à la suite d’une assocation d’idées purement nominales: manteaux + chapeaux= hommes. Descartes procède également à une critique du préjugé courant  qui nous fait croire que nous voyons un homme alors qu’en réalité nous jugeons  que, derrière ces apparences indécises,  il y a effectivement, probablement, un homme. Derrière toute perception se cache un jugement inaperçu. Dernier enseignement du  passage: la réalité effective d’un homme ne se déduit pas avec une certitude absolue  de son apparition. A l’époque de Descartes, seuls les automates de Vaucanson pouvait venir appuyer cette thèse discutable. Aujourd’hui non seulement la science fiction (cf , Blade Runner de Philip K. Dick) mais aussi la science tout court sait fabriquer des robots dont l’intelligence rivalise  à certains égards  avec celle des hommes. Mieux: c’est l’apparence même des derniers robots qui sème aujourd’hui le trouble.Certains parviennent à donner le change et à donner – un moment? – l’illusion que nous voyons un vrai homme. Reste le toucher pour lever le doute.

 

Citation commentée J.S. Mill

« Mieux vaut un homme mécontent qu’un porc satisfait » John-Stuart Mill (1806-1873) 

 Cette citation peut être exploitée dans un devoir sur le bonheur, sur la conscience, sur la condition humaine, sur le désir.  Il y a ici une comparaison entre un animal et un homme, avec  implicitement l’idée que la conscience humaine  induit  la souffrance et l’insatisfaction. Ce qui nous sépare des autres bêtes est donc  la source de notre dignité, mais aussi  la raison de notre incapacité à jouir innocemment  de tous les plaisirs de l’existence.

 

 Pour une liste de citations voyez ici :

Quiz : https://lewebpedagogique.com/quizz/2009/04/21/bac-quiz-de-philosophie-5-special-citations/

 Le quiz vous dira la bonne réponse.

Citation commentée Périclès

 

 

« Nous cultivons le beau dans la simplicité et les choses de l’esprit sans manquer de fermeté » Périclès.

Une telle citation  peut être utilisée dans un devoir sur l’art (et le beau) ou sur la démocratie,  mais à condition de la commenter. Il faut montrer que vous la comprenez. Le grand Périclès (– 495 – 429, l’un de inventeurs de la démocratie) évoque ici un idéal que  l’on pourrait présenter non seulement comme celui des grecs mais aussi  comme celui de tout homme cultivé et autonome. Il consiste en l’alliance du goût (amour de la beauté simple  et non  pas sophistiquée)  et de la force d’âme (fermeté) propre au sage. Idéalement le citoyen en démocratie présente ce type de « vertu », car ces qualités   conditionnent un jugement éclairé.

 

Citation commentée Platon Gorgias

 Gorgias 

 

« Je crois que je suis un des rares athéniens – pour ne pas dire le seul – qui s’attelle vraiment à l’art politique et que je suis le seul parmi nos contemporains à faire de la politique. Comme je ne cherche pas à plaire en tenant les discours que je tiens à chaque occasion, mais que j’ai en vue le meilleur et non le plus agréable […] , je serai jugé comme un médecin serait jugé par des enfants, face à l’accusation d’un cuisinier » ( p 152)

 Dans la dernière partie du dialogue  Gorgias, Socrate,   tenant tête   au fougueux Calliclès, conclut une longue discussion qui vient de l’opposer aux maîtres de rhétorique Gorgias et Polos. La rhétorique serait,  par rapport  à la philosophie,  ce que la cuisine est à la médecine. Les sophistes, qui enseignent la rhétorique, prétendent éduquer les jeunes gens à la vertu – moyennant rétribution. En réalité, ils enseignent  des procédés permettant de réussir dans la vie publique. Leurs meilleurs élèves accèderont sans doute au pouvoir, mais en pratiquant  une politique fondée sur la démagogie,  c’est-à-dire sur l’art de flatter et de manipuler l’opinion publique.  Si les sophistes sont les cuisiniers de la politique, les philosophes au contraire en sont comme les médecins. Ils prescrivent les bons remèdes car ils ne visent que  la vérité,  analogue  de la santé pour la  médecine.

C’est ainsi que Socrate anticipe sa condamnation à mort. Tout comme des enfants, les citoyens préfèreront toujours un flatteur à celui qui les « met à la torture » par ses questionnements  intempestifs, tout comme le médecin tourmente son patient en lui imposant potions amères, cautérisations, ponctions, cataplasmes  et  autres remèdes foncièrement rébarbatifs.

 

Citation Kant commentée Fondement

 Fondement pour la métaphysique des mœurs

 

 

 L’impératif moral selon Kant

 

« Agis comme si la maxime de ton action devait devenir par ta volonté une loi universelle de la nature »  (p 55)

Tel est l’unique impératif moral, selon Kant. Cet impératif « catégorique » s’oppose aux innombrables impératifs « hypothétiques » qui commandent d’agir de telle ou telle manière afin d’atteindre une fin quelconque, telle que la réussite sociale ou la santé, par exemple. L’impératif catégorique ne dit pas ce qu’il faut faire – c’est, en ce sens, un « concept vide » – mais il indique ce que nous pensons que nous devrions faire , si toutefois nous en avions la possibilité ou l’occasion.  Le principe de c e commandement, est, pour cette raison, dit «formel ». Agir moralement, c’est agir par principe, ou encore suivant un principe qui ne détermine que la « forme » de la volonté, c’est-à-dire seulement sa disposition, son orientation. Cette disposition est a priori              (indépendante de toute expérience), elle tient tout entière dans l’universalité de la loi qu’elle prône. Tout comme celles de la nature, les lois morales sont universelles, ce qui signifie qu’elles seraient non contradictoires, donc recevables, si tous les hommes  s’y conformaient.

 Notions : devoir, raison , nature

Citation commentée Epicure

Epicure Lettre à Ménécée  

 

«  Tout plaisir en tant que tel est un bien, et cependant il ne faut pas rechercher  tout plaisir ; de même la douleur est toujours un mal, pourtant elle n’est pas toujours à rejeter »    11)

Le plaisir est pour Epicure le premier des  biens naturels, il est même, selon ses propres termes, « le commencement et la fin de la vie heureuse ». Dans le langage courant, l’adjectif « épicurien » désigne toute personne qui recherche avant tout le plaisir,  privilégiant même les plaisirs des sens. Pourtant, la philosophie d’Epicure est bien loin de se réduire à des indications aussi grossières. « Il ne faut pas rechercher tout plaisir ».  Tout individu qui réfléchit comprend aisément que tous les plaisirs ne se valent pas, et que certains peuvent être sources de désagréments ultérieurs. On doit donc sélectionner nos plaisirs avec la plus grande circonspection. De même, certaines souffrances doivent être endurées avec patience. De telles précautions  ne contredisent pas le postulat hédoniste de l’épicurisme. Elles indiquent, en revanche, que la sagesse ne peut s’acquérir sans philosophie. Le bonheur ne peut dériver des seules sensations chez un être qui pense. Et la sagesse enveloppe  une  idée de félicité  spirituelle qui ne peut être atteinte que par le moyen de l’intelligence, et qui ne peut donc se confondre avec un quelconque libertinage : « Une vie sans prudence ni bonté ni justice,  ne saurait être  heureuse » § 13 .

 

Notions : Devoir, bonheur, liberté, raison.

Citation commentée Rousseau

 Du Contrat social   

 

 

« L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. […J Comment ce changement s’est-il fait? Je l’ignore. Qu’est-ce qui peut le rendre légitime? Je crois pouvoir résoudre cette  question » Livre 1, chapitre 1.

 

La première phrase du Contrat Social : « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers » est une sorte d’aphorisme, c’est-à-dire une formule très concise qui comporte de nombreux sous-entendus. Partout « l’homme est dans les fers », c’est-à-dire que tout homme, dans la mesure où il vit en société, est soumis à son corps défendant à un ordre contraignant, et qui, en règle générale, l’opprime. Selon Rousseau, les hommes étaient libres à « l’état de nature », tout comme peuvent l’être aujourd’hui les animaux sauvages. D’où la double question qui dérive de ce contrat paradoxal. La première est de l’ordre du fait (« Comment ce changement s’est-il fait? »). « Je l’ignore » répond Rousseau qui cependant, comme chacun le sait, a proposé une élucidation fictive de cette énigme dans son Discours sur l’origine et le .fondements de l’inégalité parmi les hommes. « Qu’est-ce qui peut le rendre légitime? »? Rousseau répond à cette seconde question en annonçant le fil conducteur et la thèse du Contrat social. La question est la suivante: « Sur quoi l’ordre politique peut-il fonder sa légitimité? », ou, en d’autres  termes : « pour quelles raisons valables les hommes devraient-ils s’y soumettre? ». La réponse constituera la thèse de Rousseau: seul le consentement de chacun peut justifier la soumission à un ordre dont la fin est de restituer, mais sous une autre forme, cette liberté naturelle à laquelle il a renoncé, de son plein gré.

 

 

Notions :la société, i’Etat, le droit, la justice

 

citation commentée Spinoza

Traité théologico-politique Chapitre XX

« Où il est montré que dans une libre république, il est permis à chacun de penser ce qu’il veut et de dire ce qu’il pense »
 Le Traité théologico-politique de Spinoza fut en son temps un texte d’une audace inouïe. Le philosophe s’y prononçait en faveur de la politique républicaine et libérale menée depuis 1648 par Johan de Witt en Hollande. Il y critiquait violemment l’usage que les autorités monarchiques ou princières faisaient en général de la religion, utilisée pour « réduire les hommes raisonnbles à l’état de bêtes ». Le T.T.P.  Présente comme un manifestr en faveur de l’Etat le plus juste possible. Pour Spinoza, la religion et la morale relèvent d’une démarche strictement personnelle, l’Etat n’a pas à s’en mêler. En réclamant la totale dissociation du politique et du religieux, Spinoza jette les bases d’une démocratie laïque. Cette concetion deveindra plus tard la nôtre, en Europe, à la suite d’un long processus dont les étapes les plus notoires furent 1789,  en France, et 1905 (séparation de l’Eglise et de l’Etat). La liberté est, pour Spinoza, la condition de possibilité du bonheur en communauté. Mais ce régime de liberté ne peut être établi que dans une société dont les lois protègent les hommes non seulement des tyrans, mais aussi d’eux-mêmes. Car la multitude, naturellement superstitieuse et irrascible, ne suit pas spontanément la raison, comme en témoignera le massacre des frères de Witt en 1672. Préfigurant le Contrat social (Rousseau) et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, le TTP de Spinoza proclame que la démocratie es tle régime « le plus naturel » parce qu’elle établit la liberté tout en l’encadrant fermement par le biais des institutions d’un république libérale et laïque.