Théorie et expérience

FICHE Théorie et expérience

 

Théorie : (etym : grec theôria, observation, contemplation) 1) Sens ordinaire : ensemble de représentations et de propositions  organisées méthodiquement ; construction intellectuelle portant sur un domaine particulier 2) Philosophie a) Epistémologie : ensemble de connaissances formant système sur un sujet ou dans un domaine donné. Dans les sciences de la nature : synthèse englobant et coiffant un ensemble de lois particulières de la nature (exemple : la théorie de  la relativité).  Dans le domaine scientifique, les théories, qui ne concernent jamais qu’un secteur limité de l’être, restent provisoires et toujours susceptibles d’être falsifiées (voir chapitre N’y a-t-il de vrai que le vérifiable ?) b) Philosophie générale : Ensemble de propositions et de thèses formant un système dans un domaine donné (exemple : la théorie des Idées de Platon). Une théorie, dans le sens strict de ce terme,  s’oppose à une doctrine ou à un catalogue d’opinions, car elle se forme et se transforme au contact du réel. Cependant certains systèmes d’idées qui sont « théoriques »  dans un sens large semblent peu concernés par les démentis de l’expérience. Ce sont les idéologies.

Expérience : (etym : latin experiantia, essai, épreuve de experiri, faire l’essai de, éprouver   1) Sens ordinaire : exercice de nos facultés au contact du réel ; pratique que l’on a eu de quelque chose en tant qu’elle constitue un enseignement 2) Philosophie : approche immédiate du réel soit par l’intuition sensible (expérience externe) soit par l’intuition psychologique. La question de l’expérience oppose les empiristes (Hume, Locke, Russell) qui estiment qui estiment que toutes nos connaissances proviennent de l’expérience et les rationalistes ( Descartes, Berkeley, Malebranche, Kant) qui estiment que toutes  nos connaissances ne dérivent pas de l’expérience. Pour Kant,  l’expérience fournit la matière de la connaissance, mais les formes en sont a priori (espace et temps, et catégories de l’entendement). 3) Epistémologie : l’expérience doit être préparée et élaborée conformément à une hypothèse ou une théorie préalable.   L’expérience scientifique  implique  un ensemble de  procédures et de dispositifs qui permettent soir de valider soit d’infirmer de manière  décisive et non équivoque une hypothèse (voir expérience cruciale p 00)

 

Jugement : Etym : latin judicare, « dire le droit », « porter un jugement ». 1) Sens ordinaire : a) Sens juridique : action de juger à l’occasion d’un action de justice, résultat de cet acte : sentence, verdict, arrêt etc.. b) Affirmation, prise de position, acte de décision intellectuel 2) Philosophie : faculté de percevoir des rapports entre les choses et les idées qui est au  fondement de la pensée. 3) Chez Kant : capacité d’identifier et de cataloguer les choses qui permet de « subsumer » (soumettre) le particulier sous le général. Il faut distinguer le jugement déterminant qui se détermine à partir d’une règle déjà connue (un concept, une loi) et le jugement réfléchissant qui ignore la loi au moment où il se prononce mais la découvre à l’occasion du cas particulier. Le jugement scientifique est déterminant, le jugement esthétique est réfléchissant.

 

 

 

Théorie et expérience (texte de Kant)

Kant
Kant répond ici à Hume, et le  contredit
:
« Que toute notre connaissance commence avec l’expérience, cela ne soulève aucun doute. En effet, par quoi notre pouvoir de connaître pourrait-il être éveillé et mis en action, si ce n’est par des objets qui frappent nos sens et qui, d’une part, produisent par eux-mêmes des représentations et d’autre part, mettent en mouvement notre faculté intellectuelle, afin qu’elle compare, lie ou sépare ces représentations, et travaille ainsi la matière brute des impressions sensibles pour en tirer une connaissance des objets, celle qu’on nomme l’expérience? Ainsi, chronologiquement, aucune connaissance ne précède en nous l’expérience et c’est avec elle que toutes commencent.
Mais si toute notre connaissance débute avec l’expérience, cela ne prouve pas qu’elle dérive toute de l’expérience, car il se pourrait bien que même notre connaissance par expérience fût un composé de ce que nous recevons des impressions sensibles et de ce que notre propre pouvoir de connaître (simplement excité par des impressions sensibles) produit de lui-même: addition que nous ne distinguons pas de la matière première jusqu’à ce que notre attention y ait été portée par un long exercice qui nous ait appris à l’en séparer.
C’est donc au moins une question qui exige encore un examen plus approfondi et que l’on ne saurait résoudre du premier coup d’ail, que celle de savoir s’il y a une connaissance de ce genre, indépendante de l’expérience et même de toutes les impressions des sens. De telles connaissances sont appelées a priori et on les distingue des empiriques qui ont leur source a posteriori, à savoir dans l’expérience. […]
Si l’on veut un exemple pris dans les sciences, on n’a qu’à parcourir des yeux toutes les propositions de la mathématique; et si on en veut un tiré de l’usage plus ordinaire de l’entendement, on peut prendre la pro
position: tout changement doit avoir une cause. Qui plus est, dans cette dernière, le concept même d’une cause renferme manifestement le concept d’une liaison nécessaire avec un effet et celui de la stricte universalité de la règle, si bien que ce concept de cause serait entièrement perdu, si on devait le dériver, comme le fait Hume, d’une association fréquente de ce qui arrive avec ce qui précède et d’une habitude qui en résulte (d’une nécessité, par conséquent, simplement subjective) de lier des représentations. On pourrait aussi, sans qu’il fût besoin de pareils exemples pour prouver la réalité des principes purs a priori dans notre connaissance, montrer que ces principes sont indispensables pour que l’expérience même soit possible, et en exposer, par suite, la nécessité a priori. D’où l’expérience, en effet, pourrait-elle tirer sa certitude, si toutes les règles, suivant lesquelles elle procède, n’étaient jamais qu’empiriques, et par là même contingentes? « .
Emmanuel Kant, Critique de la raison pure (1787),

Introduction, seconde édition, trad. A. Tremesaygues

et B. Pacaud, Éd. PUF, coll. Quadrige, 4′ éd., 1993, pp. 31-33.

Fiche la vérité

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Vérité  (etym : latin veritas, de verus, vrai) 1) Sens courant : caractère de conformité d’un discours, d’une proposition, d’une thèse ou d’une représentation quelconque, à la réalité. 2) Philosophie : 1)  Saint Thomas et scolastique : c’est  » l’adéquation (ou conformité) de la chose avec l’intelligence « .  Cette conception est aujourd’hui,  en gros,  celle qui a été retenue par le  sens commun 2) Acception générale : caractère des jugements auxquels on ne peut qu’accorder son assentiment, c’est-à-dire  qui s’imposent à tous les esprits, et qui fondent et sollicitent l’accord de tous les hommes de bonne foi. Les philosophes, en accord sur ce point , à nouveau, avec le sens commun, retiennent trois types de critères permettant de contrôler ou de reconnaître la vérité : l’évidence pour les vérités premières (axiome), la démonstration ou le caractère démontrable, pour les propositions et les  théories, et la vérifiabilité  (confrontation concluante avec les données expérimentales) pour tout ce qui a trait à  l’expérience. 3) Epistémologie :  correspondance de l’hypothèse ou de  telle ou telle proposition  avec les données observables,  et cohérence de cette hypothèse avec l’ensemble de la théorie scientifique concernée. Pour le philosophe Karl Popper, toute théorie scientifique est falsifiable, c’est-à-dire qu’elle risque toujours d’être invalidée, au moins partiellement, par des faits nouveaux qui la contrediraient. 4) Logique : accord de la pensée avec elle-même. Toutefois, la  » vérité  »  logique, dite aussi validité, ou vérité formelle, n’est qu’une condition de possibilité de la vérité. La logique ne peut rien nous apprendre sur les choses elles-mêmes, c’est-à-dire sur la vérité  » matérielle  » qui ne peut être acquise que par l’expérience.
Vrai : (etym : latin verus,  » vrai « )  Conforme au réel ou (et) cohérent. Le vrai est  toujours une relation  (entre l’esprit et les choses, ou des esprits entre eux, ou du discours avec ses propres prémisses). Donc l’idée de vérité absolue (non relative) ou encore indépendante du jugement  des hommes, est très problématique.   En outre, le vrai implique le langage, donc est en grande partie conventionnel.
Réel  (etym :  latin realis, de res,  » chose « ,  » objet « ) Tout ce qui existe à un titre quelconque. Les apparences, les faits sont (plus ou moins) réels. Mais ils ne sont pas  » vrais « . Les idées ou les formes intelligibles peuvent être réelles. Non pas vraies.
Vérifiable/vérifié : Ce dont la vérité peut être établie, prouvée. Vérifié : Ce qui est effectivement attesté au moment où l’on parle. Les théories scientifiques sont vraies et  vérifiables, mais pas toujours vérifiées (cela dépend du niveau des dispositifs de vérification à un moment donné). Elles peuvent être  » falsifiées  » c’est-à-dire contredites, infirmées par certaines expériences.
Vérités scientifiques : Elles sont relatives (au secteur de l’être impliqué) et provisoires. Mais les vérités scientifiques ne deviennent pas  » fausses « . Les théories scientifiques sont des approximations, des fictions, toujours susceptibles d’être  réfutées ( » falsifiées), puis remaniées. Leur vérité est relativisée. Les révolutions scientifiques sont des changements de paradigmes. Les théories  anciennes sont englobées par les suivantes (la théorie d’Einstein englobe celle de Newton, la théorie de Darwin  dépasse  celle de Lamarck, tout en en adoptant son postulat de base etc…). Bref, ni en sciences ni ailleurs, le vrai (à un moment donné) ne devient pas  faux. La théorie de Ptolémée n’était pas scientifique, pas plus que celles des alchimistes (chaque science a une date de naissance précise).
Vérace, véracité : Qui ne veut pas tromper. Se dit de Dieu, supposé vérace.
Vérité révélée :  (de revelare,  » découvrir « ) vérité cachée , inaccessible à la raison et transmise aux hommes par des voies  surnaturelles.
A priori : expression latine : littéralement :  » antérieur à l’expérience « . Chez Kant : vérités universelles et nécessaires (formes de la sensibilité, catégories de l’entendement et idées de la raison).
Valide : (etym : latin validus, validitas,  » fort « ,  » puissant « ) Non contradictoire. Synonyme : cohérent.  Se dit des discours argumentés. Mais un discours  logique (donc cohérent) peut être  faux c’est-à-dire en contradiction avec le réel si  l’une de ses prémisses est  fausse.