Citation commentée Epicure

Epicure Lettre à Ménécée  

 

«  Tout plaisir en tant que tel est un bien, et cependant il ne faut pas rechercher  tout plaisir ; de même la douleur est toujours un mal, pourtant elle n’est pas toujours à rejeter »    11)

Le plaisir est pour Epicure le premier des  biens naturels, il est même, selon ses propres termes, « le commencement et la fin de la vie heureuse ». Dans le langage courant, l’adjectif « épicurien » désigne toute personne qui recherche avant tout le plaisir,  privilégiant même les plaisirs des sens. Pourtant, la philosophie d’Epicure est bien loin de se réduire à des indications aussi grossières. « Il ne faut pas rechercher tout plaisir ».  Tout individu qui réfléchit comprend aisément que tous les plaisirs ne se valent pas, et que certains peuvent être sources de désagréments ultérieurs. On doit donc sélectionner nos plaisirs avec la plus grande circonspection. De même, certaines souffrances doivent être endurées avec patience. De telles précautions  ne contredisent pas le postulat hédoniste de l’épicurisme. Elles indiquent, en revanche, que la sagesse ne peut s’acquérir sans philosophie. Le bonheur ne peut dériver des seules sensations chez un être qui pense. Et la sagesse enveloppe  une  idée de félicité  spirituelle qui ne peut être atteinte que par le moyen de l’intelligence, et qui ne peut donc se confondre avec un quelconque libertinage : « Une vie sans prudence ni bonté ni justice,  ne saurait être  heureuse » § 13 .

 

Notions : Devoir, bonheur, liberté, raison.

Citation commentée Aristote

 

Le 29 Mai 2008

  Citation commentée. Aristote

L’amitié est une vertu

 

 « L’amitié est d’abord, amour de soi, puis s’étend aux autres hommes […] . D’où il faut conclure que l’homme vertueux doit nécessairement s’aimer lui-même : des nobles conduites, il ne peut manquer de tirer les plus grands avantages personnels, et tous les autres en tirent profit ». p 53

 Dans le Livre IX de l’Ethique à Nicomaque, Aristote se demande quel est le vrai ressort de l’amitié. Est-il raisonnable d’aimer un autre plus que soi-même, au point de se sacrifier, parfois, pour lui ? N’est-il pas absurde de préférer la vie d’un autre à la sienne ? Et si nous nous effaçons au profit d’un autre,  n’est-ce pas, au fond, parce que l’ami  nous apporte ce qui nous fait défaut ?

 Chacun ne poursuit-il pas finalement son propre intérêt même dans l’abnégation (oubli de soi) caractéristique de certaines formes idéales d’amitié ?

Aristote rejoint ici le sens commun lorsqu’il affirme qu’effectivement l’homme vertueux s’aime d’abord lui-même, puis étend cet amour à ses amis. Ce en quoi il fait bien. Car il donne la priorité au vrai bien  (l’amitié, la générosité, sagesse). Quant aux faux biens (richesse, honneurs etc..) il les cède volontiers à ses amis, qui en tireront, s’ils le peuvent,  profit. Le sage, finalement, se « taille la part du lion » . Il est donc , si l’on veut, un égoïste, mais pas au sens ordinaire du terme.

 

 

 

 

Le Bien et le Mal (au cinéma)

Vous devez trouver une petite demi-heure pour écouter cette émission sur France culture,  (Questions éthiques de M. Canto-Sperber avec Carole Desbarats)

 

 

 

 

 

Pourquoi sommes-nous fascinés par ces personnages qui sont l’incarnation du mal? Pourquoi les cinéastes rendent-ils toujours sympathiques et attrayants ces tueurs et ces monstres qui dans la vie n’ont rien de plaisant? Un tel traitement du mal au cinéma est-il acceptable? Est-il moralement condamnable? Vous pouvez aussi lire mon article sur ce sujet (quelle est la responsabilité des images dans une vision cynique du monde qui tend à être la nôtre aujourd’hui ? ici)

L’amitié (texte d’Aristote)

L’amitié est tantôt fondée sur l’agrément, tantôt sur l’intérêt. Mais la vraie amitié repose sur la vertu:

 

« La parfaite amitié est celle des hommes bons et semblables en vertu. Chacun veut du bien à l’autre pour ce qu’il est, pour sa bonté essentielle. Ce sont les amis par excellence, eux que ne rapprochent pas des circonstances accidentelles, mais leur nature profonde. Leur amitié dure tout le temps qu’ils restent vertueux, et le propre de la vertu en général est d’être durable. Ajoutons que chacun d’eux est bon dans l’absolu et relativement à son ami, bon dans l’absolu et utile à son ami, bon dans l’absolu et agréable à son ami. Chacun a du plaisir à se voir soi-même agir, comme à contempler l’autre, puisque l’autre est identique, ou du moins semblable à soi.
Leur attachement ne peut manquer d’être durable : il réunit, en effet, toutes les conditions de l’amitié. Toute amitié a pour fin le bien ou le plaisir, envisagés soit absolument, soit relativement à la personne aimée, et supposant alors une ressemblance avec elle, une similitude de nature, une parenté essentielle. De surcroît, ce qui est bon absolument est aussi agréable. L’amitié atteint au plus haut degré d’excellence et de perfection chez les vertueux.
Mais elle est fort rare: les personnes qui en sont capables sont fort peu nombreuses. D’autant qu’elle demande du temps et des habitudes communes ».
AR ISTOTE, Éthique à Nicomaque (vers 345 av. J.-C), Livre VIII, trad. F. Stirn, Hatier, 1988, pp. 34-35.

Hume, la raison et le petit doigt

Pour Hume  la raison ne peut pas fonder la morale  car elle ne nous dicte pas nécessairement des choix altruistes: 

« Si une passion ne se fonde pas sur une fausse supposition et si elle ne choisit pas des moyens impropres à atteindre la fin, l’entendement ne peut ni la justifier, ni la condamner. Il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde entier à une égratignure de mon petit doigt ; Il n’est pas contraire à la raison que je choisisse de me ruiner complètement  pour prévenir le moindre malaise d’un Indien ou d’une personne complètement inconnue de moi. Il est aussi peu contraire à la raison de préférer à mon plus grand bien propre un bien reconnu moindre et d’aimer plus ardemment celui-ci que celui-là. Un bien banal peut, en raison de certaines circonstances, produire un désir supérieur à celui qui naît du plaisir le plus grand et le plus estimable ; et il n’y a là rien de plus extraordinaire que de voir, en mécanique, un poids d’une livre en soulever un autre de cent livres grâce à l’avantage de sa situation. … Bref, une passion doit s’accompagner de quelque faux jugement pour être déraisonnable ; mais alors ce n’est pas la passion qui est déraisonnable, c’est le jugement »  Trait de la nature humaine  Tome I,  p 526,  ( Aubier ).

Utilité de la philosophie

russell

La philosophie nous ouvre l’accès à l’universel . Elle nous rend libres: 
« L’esprit qui s’est accoutumé à la liberté et à l’impartialité de la contemplation
philosophique, conservera quelque chose de cette liberté et de cette impartia-
lité dans le monde de l’action et de l’émotion; il verra dans ses désirs et dans
ses buts les parties d’un tout, et il les regardera avec détachement comme les
fragments infinitésimaux d’un monde qui ne peut être affecté par les préoccu-
pations d’un seul être humain. L’impartialité qui, dans la contemplation, naît
d’un désir désintéressé de la vérité, procède de cette même qualité de l’esprit
qui, à l’action, joint la justice, et qui, dans la vie affective, apporte un amour
universel destiné à tous et non pas seulement à ceux qui sont jugés utiles ou
dignes d’admiration. Ainsi, la contemplation philosophique exalte les objets de
notre pensée, et elle ennoblit les objets de nos actes et de notre affection ; elle
fait de nous des citoyens de l’univers et non pas seulement des citoyens d’une
ville forteresse en guerre avec le reste du monde. C’est dans cette citoyenneté
de l’univers que résident la véritable et constante liberté humaine et la libé-
ration d’une servitude faite d’espérances mesquines et de pauvres craintes.
 Résumons brièvement notre discussion sur la valeur de la philosophie : la
philosophie mérite d’être étudiée, non pour y trouver des réponses précises
aux questions qu’elle pose, puisque des réponses précises ne peuvent, en géné-
ral, être connues comme conformes à la vérité, mais plutôt pour la valeur des
questions elles-mêmes ; en effet, ces questions élargissent notre conception du
possible, enrichissent notre imagination intellectuelle et diminuent l’assurance
dogmatique qui ferme l’esprit à toute spéculation; mais avant tout, grâce à la
grandeur du monde que contemple la philosophie, notre esprit est lui aussi
revêtu de grandeur et devient capable de réaliser cette union avec l’univers qui
constitue le bien suprême ».
                 B, Russell, Problèmes de philosophie (1912),
                      Éd. Pavot, 1975, pp. 185-186.