Le désir

                                                 

 

 Lorsque vous devez traiter un sujet ayant trait au « désir », il est capital que vous sachiez distinguer le désir et le besoin, le désir et la volonté, le désir et les passions. Le langage courant les confond souvent. Les philosophes les  distinguent  soigneusement :                                               

Désir :   (etym :  desiderium, de desiderare, « aspirer à », « désirer »)

Prise de conscience  d’une tendance  orientée vers un objet connu ou imaginé.  Cette inclination, ce penchant  qui est propre à l’homme,  enveloppe toujours l’imaginaire. C’est la raison pour laquelle le désir  est en général accompagné d’un sentiment de privation, de manque, de peine. Nous avons du mal à assouvir nos désirs, car nous ne savons pas très bien ce que nous désirons, et les objets convoités, lorsqu’ils sont accessibles, ont  plutôt tendance à nous décevoir.  Pour Spinoza le désir tend à se confondre avec la vie. Il nomme conatus (du latin, effort, tendance, poussée vers) cet « effort pour persévérer dans son être » qui définit l’essence de toute chose, et que s’appelle  le désir, lorsque, comme c’est le cas  chez l’homme, il est accompagné de conscience.

Il ne faut pas confondre le désir avec le besoin. Le besoin  est vital, aisé à combler, tandis que le désir  ne porte pas toujours sur des objets accessibles. La volonté est considérée en général comme une prise en charge par le « moi », réfléchie et délibérée, de nos désirs les plus profonds. La volonté est une puissance d’affirmation tandis que le désir se dissipe et s’épuise souvent dans la rêverie ou le simple fantasme.

Passion :  (etym : patior, pati, « souffrir », « pâtir ») Sens ordinaire a) Vive inclination pour une personne, un objet ou un idéal auquel on va consacrer toute son attention et toute son énergie, aux dépens de toute autre considération b) Etats affectifs d’une puissance telle qu’il envahit toute la vie mentale. Les passions se distribuent en sentiments positifs (affection, amour etc..) et négatifs : haine, ressentiment etc… 2) Philosophie : a) sens ancien : états affectifs qui sont « excités dans l’âme sans le secours de la volonté » (Descartes).  Pour les philosophes rationalistes, les passions sont dangereuses, à la manière d’une maladie de l’âme d’autant plus pernicieuse que le malade ne veut pas être guéri b) Spinoza  distingue les « passions joyeuses » et les « passions tristes ». Ces dernières, telles que la haine, la crainte, la honte, la pitié, qui sont par nature mauvaises, parce qu’elles  qui diminuent notre « puissance d’agir »  et tendent, en outre  à rendre les hommes ombrageux et inconséquents. Les passions joyeuses au contraire rapprochent les hommes. Elles ne sont dangereuses que dans leurs excès. Sens moderne : pour les romantiques, à partir de Rousseau, la passion est une structure durable de la conscience qui peut se sublimer en sentiment, en vertu. c) Chez Hegel, les passions ne sont pas les ennemies de la raison mais plutôt un matériau que l’Esprit utilise à des fins rationnelles : « ainsi nous devons dire, écrit-il, que rien de grand dans le monde ne s’est accompli sans passion » (La raison dans l’histoire)