Texte de Pascal : raison et passion

 

 

 Pascal ne croit pas en la suprématie  ni  même en la prépondérance de la raison chez l’homme. Il constate  plutôt entre les deux ennemies une lutte sans merci et sans trêve.

 

« Cette guerre intérieure de la raison contre les passions a fait que ceux qui ont voulu avoir la paix se sont partagés en deux sectes. Les uns ont voulu renoncer aux passions et devenir dieux, les autres ont voulu renoncer à la raison et devenir bête brute (Des Barreaux 1). Mais ils ne l’ont pu ni les uns ni les autres, et la raison demeure toujours qui accuse la bassesse et l’injustice des passions et qui trouble le repos de ceux qui s’y abandonnent. Et les passions sont toujours vivantes dans ceux qui y veulent renoncer. […]

Guerre intestine de l’homme entre la raison et les passions. S’il n’y avait que la raison sans passions. S’il n’y avait que les passions sans raison. Mais ayant l’un et l’autre il ne peut être sans guerre, ne pouvant avoir paix avec l’un qu’ayant guerre avec l’autre. Aussi il est toujours divisé et contraire à lui-même.

Blaise PASCAL, Pensées 410-413 + 411-412 (1657-1662), in Oeuvres complètes, Le Seuil, 1963, pp. 549 et 586.

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1) Des Barreaux est un  penseur épicurien.

La philosophie rejette l’opinion (texte d’Epictète)

Epictète
 La philosophie se démarque dès l’origine de l’opinion:
« Voici le point de départ de la philosophie : la conscience du conflit qui met aux
prises les hommes entre eux, la recherche de l’origine de ce conflit, la condam-
nation de la simple opinion et la défiance à son égard, une sorte de critique de
l’opinion pour déterminer si on a raison de la tenir, l’invention d’une norme,
de même que nous avons inventé la balance pour la détermination du poids,
ou le cordeau pour distinguer ce qui est droit et ce qui est tordu.
Est-ce là le point de départ de la philosophie? Est juste tout ce qui paraît tel
à chacun? Et comment est-il possible que les opinions qui se contredisent
soient justes? Par conséquent, non pas toutes. Mais celles qui nous paraissent
à nous justes ? Pourquoi à nous plutôt qu’aux Syriens, plutôt qu’aux Égyp-
tiens ? Plutôt que celles qui paraissent telles à moi ou à un tel ? Pas plus les
unes que les autres. Donc l’opinion de chacun n’est pas suffisante pour déter-
miner la vérité.
Nous ne nous contentons pas non plus quand il s’agit de poids ou de
mesures de la simple apparence, mais nous avons inventé une norme pour ces
différents cas. Et dans le cas présent, n’y a-t-il donc aucune norme supérieure à
l’opinion? Et comment est-il possible qu’il n’y ait aucun moyen de déterminer
et de découvrir ce qu’il y a pour les hommes de plus nécessaire?
– Il y a donc une norme.
Alors, pourquoi ne pas la chercher et ne pas la trouver, et après l’avoir
trouvée, pourquoi ne pas nous en servir par la suite rigoureusement, sans nous
en écarter d’un pouce? Car voilà, à mon avis, ce qui, une fois trouvé, délivrera
de leur folie les gens qui se servent en tout d’une seule mesure, l’opinion, et
nous permettra désormais, partant de principes connus et clairement définis,
de nous servir, pour juger des cas particuliers, d’un système de prénotions (1″.
Épictète (vers 100 ap. J.-C.), Entretiens, II,
traduction de Souilhé, collection Budé, Éd. les Belles Lettres, 1969, pp. 43-44.

 1) Notions innées

Vocabulaire de Epictète ici