Signification universelle des droits de l’homme

femme A.I.
Contre une  dénonciation marxiste des droits de l’ homme, le philosophe français contemporain Claude Lefortt rappelle la portée universelle des droits de l’homme qui, sitôt proclamés, se déclarent valoir pour toute situation où l’homme est opprimé.

« Comme on le sait, «l’homme» a été dénoncé comme une abstraction, sitôt formulée la Déclaration des droits de l’homme. Quoique fondée sur des prémisses parfois différentes, voire opposées, l’argument se soutenait d’un rappel à la « réalité ». Les hommes ne se laissent connaître que dans la  mesure où ils sont définis au sein d’une culture, comme membres d’une ethnie ou d’une nation, comme citoyens ou sujets dans une communauté politique […]. En l’absence d’un système de coordonnées qui permette de distinguer des filiations, des hiérarchies ou seulement des places, des fonctions, qui permette ainsi de situer des individus dans des ensembles différenciés
 renciés, l’image de l’homme s’évanouit. L’homme comme tel, sans détermination, n’est pas un homme. Aristote ne disait-il pas déjà qu’un homme délié de toute cité serait moins qu’un homme ou plus qu’un homme, une brute ou un dieu? Si forts soient ces arguments, ils se heurtent à une expérience, certes obscure, mais indéniable: ils sont impuissants à rendre compte  de l’avènement de l’idée de l’homme, de son lent cheminement, puis de son irrésistible diffusion depuis la fin du XVIIIe siècle. Cette idée acquiert une double signification; elle implique que l’homme n’est pas une donnée de fait, qu’il doit découvrir ce qui constitue son humanité, et elle implique que les hommes qui peuplent la terre, en dépit de tout ce qui les distingue, sont des semblables. Sans doute peut-on dire qu’il ne s’agit que d’une « idée » […]. Ainsi a-t-on jugé que les droits de l’homme relevaient d’une idéologie greffée sur les droits réels des individus et des citoyens en un lieu et en un temps donnés (ou bien seulement des bourgeois). Toutefois, cette objection résiste mal devant le fait que l’ensemble des droits respectés au sein  d’une nation et tenus pour générateurs de l’existence d’un peuples se voient dans le même moment chargés d’une signification universelle. […] Les libertés individuelles et les libertés politiques peuvent bien n’être reconnues de fait que dans un espace limité; sitôt qu’elles le sont elles se révèlent inconditionnelles, irrelatives, constitutives d’un mode d’existence et de coexistence proprement humain. Tel est le paradoxe apparent de la Déclaration française qui déconcerte ses adversaires ».
Claude Lefort, «Humanisme et anti-humanisme, hommage à Salman Rushdie»,

dans Écrire. A l’épreuve du politique, Calmann-Lévy, 1992, p. 36-37.
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