Fiche justice

Justice commutative : Chez Aristote : justice qui attribue qui chacun ce qui lui est dû suivant un strict principe d’équivalence.  C’est la justice qui prévaut dans les échanges commerciaux et dans les litiges  (justice pénale)Justice distributive :  Chez Aristote, justice qui  obéit à un principe inégalitaire, puisqu’elle distribue à chacun des avantages et des responsabilités variables suivant les talents, les compétences etc.. On ne doit pas, dit Aristote, attribuer la meilleure flûte  à l’étudiant le plus appliqué, mais au meilleur musicien.Equité :  (etym :  aequitas , « égalité d’âme », « honnêteté », « esprit de justice ») 1) Chez Aristote : esprit de justice, souci de respecter l’esprit de la loi plutôt que sa lettre, au point d epouvoir parfois prendre une décision contre la loi : « corriger la loi, dans la mesure où celle-ci se montre insuffisante en vertu de son caractère général » 2) Selon John Rawls : principe  de justice souple  qui vise le bien commun, mais qui ne peut être figé ;  on admettra que les meilleurs dispositifs  ne peuvent être fixés  une fois pour toutes. Au contraire une distribution  équitable des bénéfices du marché, des charges et des avantages sociaux, doit  admettre  des  redéfinitions et des remaniements constants en fonction de l’évolution des inégalités et des moyens  appropriés  de  rendre  celles-ci profitables à tous, autant que faire se peut.Egalité : (etym : latin aequalitas, de aequare, « aplanir », « rendre égal à »). 1) mathématiques : qualité de grandeurs équivalentes c’est-à-dire substituables les unes aux autres.  2) Egalité civile et juridique : principe selon lequel les individus sont égaux devant la loi, c’est-à-dire ont les mêmes obligations et les mêmes droits 3) Egalité politique : principe selon lequel  tous les citoyens , dans une société donnée , peuvent participer  aux décisions d’ordre général ainsi qu’au débat public.Egalité formelle : égalité des hommes en tant qu’elle est établie et garantie par la loi. L’égalité formelle est une égalité théorique, une égalité sur le papiers. « Formelle » peut être compris de façon péjorative : abstraite ou même fictiveEtat de droit : Conception moderne et juridique de l’Etat qui le définit par la capacité de s’autolimiter, afin d’empêcher toute dérive tyrannique ou despotique. Un  Etat de droit est un Etat à la fois républicain (voir la définition  de la république p 00) et démocratique, c’est-à-dire dont peuple est  tenu pour souverain. Les fondements théoriques de l’Etat de droit se trouvent chez les théoriciens du Contrat social (en particulier  Locke et Rousseau). Dans un Etat de droit, les droits fondamentaux des hommes sont garantis par la loi (la Constitution), à tel point  que l’homme a des droits qu’il peut revendiquer contre l’Etat, et faire valoir auprès de l’Etat  (voir le chapitre : Pour limiter le pouvoir de l’Etat, peut-on s’en remettre à l’Etat)

 

La justice (texte de Montesquieu)

montesquieu
La justice ne peut dépendre de conventions

Usbek, le héros des Lettres persanes, explique ici à son interlocuteur Rhédi que l’idée de justice n’est pas arbitraire, ni même conventionnelle. Elle est donc naturelle. C est au nom de cette idée de justice universelle que la conscience morale peut m’interdire, dans certaines circonstances, l’obéissance aux lois de la cité.

 

« La justice est un rapport de convenance, qui se trouve réellement entre deux choses; ce rapport est toujours le même, quelque être qui le considère, soit que ce soit Dieu, soit que ce soit un Ange, ou enfin que ce soit un homme.

Il est vrai que les hommes ne voient pas toujours ces rapports; sou vent même, lorsqu’ils les voient, ils s’en éloignent, et leur intérêt est toujours ce qu’ilss voient 1e mieux. La Justice élève la voix; mais elle a peine à se faire entendre dans le tumulte des passions.

[…] quand il n’y aurait pas de Dieu, nous devrions toujours aimer la Justice, c’est-à-dire faire nos efforts pour ressembler à cet être dont nous

avons une si belle idée, et qui, s’il existait, serait nécessairement juste. Libres que nous serions du joug de la Religion, nous ne devrions pas l’être de celui de l’Équité.

Voilà, Rhédi, ce qui m’a fait penser que la justice est éternelle et ne dépend point des conventions humaines; et, quand elle en dépendrait, ce 15 serait une vérité terrible, qu’il faudrait se dérober à soi-même. Nous sommes entourés d’hommes plus forts que nous; ils peuvent nous nuire de mille manières différentes; les trois quarts du temps, ils peuvent le faire impunément. Quel repos pour nous de savoir qu’il y a dans le coeur de tous ces hommes un principe intérieur qui combat en notre faveur  et nous met à couvert de leurs entreprises! »

Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, Lettres persanes (1721), Lettre LXXXIII, Le Livre de poche, 1984, p. 161-163.