Misère de l’homme sans Dieu (texte de Pascal)

 

 Pour Pascal, il n’y a pas de salut en dehors de la foi :

 

 

« Les grandeurs et les misères de l’homme sont tellement visibles, qu’il faut nécessairement que la véritable religion nous enseigne et qu’il y a quelque grand principe de grandeur en l’homme, et qu’il y a un grand principe de misère. Il faut donc qu’elle nous rende raison de ces étonnantes contrariétés. Il faut que, pour rendre l’homme heureux, elle lui montre qu’il y a un Dieu; qu’on est obligé de l’aimer; que notre unique félicité est d’être en lui, et notre unique mal d’être séparé de lui; qu’elle reconnaisse que nous sommes pleins de ténèbres qui nous empêchent de le connaître et de l’aimer; et qu’ainsi nos devoirs nous obligeant d’aimer Dieu, et nos concupiscences nous en détournant, nous sommes pleins d’injustice. Il faut qu’elle nous rende raison de ces oppositions que nous avons à Dieu et à notre propre bien. Il faut qu’elle nous enseigne les remèdes à ces impuissances, et les moyens d’obtenir ces remèdes. Qu’on examine sur cela toutes les religions du monde, et qu’on voie s’il y en a une autre que la chrétienne qui y satisfasse ».

Pascal, Pensées ( 1670), 430.

Le temps (texte de Lavelle)

Un trait définit le temps, mieux que tout autre,  c’est l’irréversibilité
« L’irréversibilité constitue pourtant le caractère le plus essentiel du temps, le
plus émouvant, et celui qui donne à notre vie tant de gravité et ce fond tra-
gique dont la découverte fait naître en nous une angoisse que l’on considère
comme révélatrice de l’existence elle-même, dès que le temps lui-même est
élevé jusqu’à l’absolu. Car le propre du temps, c’est de nous devenir sensible
moins par le don nouveau que chaque instant nous apporte que par la pri-
vation de ce que nous pensions posséder et que chaque instant nous retire:
l’avenir lui-même est un indéterminé dont la seule pensée, même quand
elle éveille notre espérance, trouble notre sécurité. Nous confondons volon-
tiers l’existence avec ses modes et, quand ce sont ces modes qui changent, il
nous semble que l’existence elle-même s’anéantit.
 Le terme seul d’irréversibilité montre assez clairement, par son carac-
tère négatif, que le temps nous découvre une impossibilité et contredit un
désir qui est au fond de nous-même: car ce qui s’est confondu un
moment avec notre existence n’est plus rien, et pourtant nous ne pou-
vons faire qu’il n’ait point été: de toute manière il échappe à nos prises.
[…] Or c’est justement cette substitution incessante à un objet qui pou-
vait être perçu d’un objet qui ne peut plus être que remémoré qui consti-
tue pour nous l’irréversibilité du temps. C’est elle qui provoque la plainte
de tous les poètes, qui fait retentir l’accent funèbre du « Jamais plus », et qui
donne aux choses qu’on ne verra jamais deux fois cette extrême acuité de
volupté et de douleur, où l’absolu de l’être et l’absolu du néant semblent
se rapprocher jusqu’à se confondre. L’irréversibilité témoigne donc d’une
vie qui vaut une fois pour toutes, qui ne peut jamais être recommencée et
qui est telle qu’en avançant toujours, elle rejette sans cesse hors de nous-
même, dans une zone désormais inaccessible, cela même qui n’a fait que
passer et à quoi nous pensions être attaché pour toujours ».
    Louis Lavelle, Du temps et de l’éternité (1945), Éd. Aubier-Montaigne, p. 126