Le positivisme (texte d’Auguste Comte)

 

Auguste Comte considère que ce sont les idées qui gouvernent le monde. Les grandes étapes du développement historique  correspondent à des  » états «   (stades) de l’intelligence. Le troisième est dit  » positif  » (du latin

« positivus », certain, réel) ou encore « scientifique ». Cet état  est  celui de l’âge adulte, pour l’individu come pour les peuples.

 

« L’esprit humain, par sa nature, emploie successivement dans chacune de ses recherches trois méthodes de philosopher, dont le caractère est essentiellement différent et même radicalement opposé : d’abord la méthode théologique, ensuite la méthode métaphysique et enfin la méthode positive. De là, trois sortes de philosophie, ou de systèmes généraux de conceptions sur l’ensemble des phénomènes, qui s’excluent mutuellement : la première est le point de départ nécessaire de l’intelligence humaine ; la troisième son état fixe et définitif ; la seconde est uniquement destinée à servir de transition.

Dans l’état théologique, l’esprit humain, dirigeant essentiellement ses recherches vers la nature intime des êtres, les causes premières et finales de tous les effets qui le frappent, en un mot, vers les connaissances absolues, se représente les phénomènes comme produits par l’action directe et continue d’agents surnaturels plus ou moins nombreux, dont l’intervention arbitraire explique toutes les anomalies apparentes de l’univers.

Dans l’état métaphysique, qui n’est au fond qu’une simple modification générale du premier, les agents surnaturels sont remplacés par des forces abstraites, véritables entités (abstractions personnifiées) inhérentes aux divers êtres du monde, et conçues comme capables d’engendrer par elles-mêmes tous les phénomènes observés, dont l’explication consiste alors à assigner pour chacun l’entité correspondante.

Enfin, dans l’état positif, l’esprit humain, reconnaissant l’impossibilité d’obtenir des notions absolues, renonce à chercher l’origine et la destination de l’univers, et à connaître les causes intimes des phénomènes, pour s’attacher uniquement à découvrir, par l’usage bien combiné du raisonnement et de l’observation, leurs lois effectives, c’est-à-dire leurs relations invariables de succession et de similitude. L’explication des faits, réduite alors à ses termes réels, n’est plus désormais que la liaison établie entre les divers phénomènes particuliers et quelques faits généraux dont les progrès de la science tendent  de plus en plus à diminuer le nombre ».

Auguste Comte,

Cours de philosophie positive (1830-1842), Première leçon, t. 1, Hermann, 1975, pp 21-22.

 

 

 

La démocratie (texte de Rousseau)

Rousseau estime que la démocratie n’est pas viable dès lors que le peuple délègue sa souveraineté (il vise ici le régime parlementaire anglais): 

« Sitôt que quelqu’un dit des affaires de l’État Que m’importe? on doit compter que l’État est perdu.
L’attiédissement de l’amour de la patrie, l’activité de l’intérêt privé, l’immensité des États, les conquêtes, l’abus du gouvernement ont fait imaginer la voie des députés ou représentants du peuple dans les assemblées de la nation. C’est ce qu’en certains pays on ose appeler le tiers État. Ainsi l’intérêt particulier de deux ordres est mis au premier et au second rang, l’intérêt public n’est qu’au troisième.
La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point elle et la même, ou elle est autre; il n’y a point de milieu Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est’ nulle; ce n’est point une loi. Le peuple anglais pense être libre; il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du parlement; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. Dans les courts moments de sa liberté, l’usage qu’il en fait mérite bien qu’il la perde ».
Du contrat social III, 15

Le droit (fiche bac)

droits
Droit
 : (etym : latin directus, « droit », ni courbe ni  tordu ; ce qui est conforme à la règle) 1) Sens courant : pouvoir moral d’exiger quelque chose en vertu d’une règle ou d’un principe reconnu. Les droits  procèdent toujours de contrat tacites qui fixent  des obligations correspondant à ces  droits : il n’y a pas de droits sans devoirs réciproques. 2) Sens juridique : ensemble des règles et des normes qui encadrent la vie sociale et qui s’expriment par des lois. Le droit « positif » est le droit en vigueur dans telle ou telle société.  Le « droit public » est celui qui concerne les rapports des citoyens avec le pouvoir. Le « droit international » régit les rapports des nations les unes avec les autres ainsi que les relations entre les sujets de ces nations. 3) Philosophie : le droit « naturel » ou encore « rationnel »  est celui qui est censé résulter de la nature de l’homme  en tant qu’elle préexiste à toute disposition conventionnelle.  Le droit naturel est posé comme supérieur à toute législation positive ; il constitue la référence indispensable pour tout homme qui refuse de se soumettre au droit positif pour des raisons morales  (droit de désobéir, incarné par Antigone ou Socrate).

Le monopole de la violence légitime (Max Weber)

max weber
        
Max Weber   définit l’État moderne par  le monopole de la violence physique légitime . Cela signifie qu’ en interdisant l’usage privé de la violence, l’État se réserve l’exclusivité du recours à la violence,  ou à la contrainte jusitifiée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières.

 « S’il n’existait que des structures sociales d’où toute violence serait absente, le concept d’État aurait alors disparu et il ne subsisterait que ce qu’on appelle, au sens propre du terme, l’ « anarchie »1. La violence n’est évidemment pas l’unique moyen normal de l’État – cela ne fait aucun doute -, mais elle est son moyen spécifique. De nos jours la relation entre État et violence est tout particulièrement intime. Depuis toujours les groupements politiques les plus divers – à commencer par la parentèle2 – ont tous tenu la violence physique pour le moyen normal du pouvoir. Par contre il faut concevoir l’État contemporain comme une communauté humaine qui, dans les limites d’un territoire déterminé – la notion de territoire étant une de ses caractéristiques -, revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime ». 1 au sens “propre” ou étymologique : où il n’y a pas de pouvoir.2 Famille au sens élargie, ensemble des parents. Max Weber, Le Savant et le politique ( 1919), trad. J. Freund, E. Fleischmann et É. de Dampierre, Éd. Plon, coll. 10/18, p. 124.    

Qualités du Prince ( texte de Machiavel)

 

Le prince se donne pour objectif la conservation et le développement de l’État.Il  devra  prendre ses distances à l’égard des qaulités morales  que les hommes honorent en général, mais dont la pratique n’est pas toujours compatible avec le service de l’État.

 

À un prince, donc, il n’est pas nécessaire d’avoir en fait toutes les susdites qualités  (1, mais il est bien nécessaire de paraître les avoir. Et même, j’oserai dire ceci : que si on les a et qu’on les observe toujours, elles sont dommageables ; et que si l’on paraît les avoir, elles sont utiles ; comme de paraître pitoyable, fidèle, humain, droit, religieux, et de l’être ; mais d’avoir l’esprit édifié de telle façon que, s’il faut ne point l’être, tu puisses et sache devenir le contraire. Et il faut comprendre ceci : c’est qu’un prince, et surtout un prince nouveau, ne peut observer toutes ces choses pour lesquelles les hommes sont tenus pour bons, étant souvent contraint, pour maintenir l’État, d’agir contre la foi, contre la charité, contre l’humanité, contre la religion. Aussi faut-il qu’il ait un esprit disposé à tourner selon que les vents de la fortune et les variations des choses le lui commandent, et comme j’ai dit plus haut, ne pas s’écarter du bien, s’il le peut, mais savoir entrer dans le mal, s’il le faut.

  Il faut donc qu’un prince ait grand soin qu’il ne lui sorte jamais de la bouche chose qui ne soit pleine des cinq qualités susdites, et qu’il paraisse, à le voir et l’entendre, toute miséricorde, toute bonne foi, toute droiture, toute humanité, toute religion. Et il n’y a chose plus nécessaire à paraître avoir que cette dernière qualité. Les hommes en général jugent plus par les yeux que par les mains ; car il échoit à chacun de voir, à peu de gens de percevoir. Chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es ; et ce petit nombre ne se hasarde pas à s’opposer à l’opinion d’une foule qui a la majesté de l’État qui la défend ; et dans les actions de tous les hommes, et surtout des princes où il n’y a pas de tribunal à qui recourir, on considère la fin. Qu’un prince, donc, fasse en sorte de vaincre et de maintenir l’État : les moyens seront toujours jugés honorables et loués d’un chacun.

 Nicolas Machiavel, Le Prince (1513), chap. XVII, trad. Y. Lévy, coll. « GF », Éd. Flammarion, 1980, pp. 142-143.  Note : Générosité, piété etc… Lire aussi Le Prince  

Nécessité d’un Etat (texte de Hobbes)

parlement
 

Pour échapper à l’insécurité inhérente à l’état de nature, les hommes ont décidé de signer un pacte. Il sont décidé de  transfèrer l’ensemble de leurs droits et de leurs biens à une puissance indépendante (le « Léviathan »). Sa   volonté sera désormais la leur.

Le seul moyen d’établir pareille puissance commune, capable de défendre les humains contre les invasions des étrangers et les préjudices commis aux uns par les autres et, ainsi, les protéger de telle sorte que, par leur industrie propre et les fruits de la terre, ils puissent se suffire à eux-mêmes et vivre satisfaits, est de rassembler toute leur puissance et toute leur force sur un homme ou sur une assemblée d’hommes qui peut, à la majorité des voix, ramener toutes leurs volontés à une seule volonté ; ce qui revient à dire : désigner un homme, ou une assemblée d’hommes, pour porter leur personne ; et chacun fait sienne et reconnaît être lui-même l’auteur de toute action accomplie ou causée par celui qui porte leur personne, et relevant de ces choses qui concernent la paix commune et la sécurité ; par là même, tous et chacun d’eux soumettent leurs volontés à sa volonté, et leurs jugements à son jugement. C’est plus que le consentement ou la concorde ; il s’agit d’une unité réelle de tous en une seule et même personne, faite par convention de chacun avec chacun, de telle manière que c’est comme si chaque individu devait dire à tout individu : j’autorise cet homme ou cette assemblée d’hommes, et je lui abandonne mon droit de me gouverner moi-même, à cette condition que tu lui abandonnes ton droit et autorises toutes ses actions de la même manière. Cela fait, la multitude ainsi unie en une personne une, est appelée un ÉTAT, en latin CIVITAS. Telle est la génération de ce grand LÉVIATHAN, ou plutôt (pour parler avec plus de déférence) de ce dieu mortel, auquel nous devons, sous le dieu immortel, notre paix et notre défense. En effet, en vertu du pouvoir conféré par chaque individu dans l’État, il dispose de tant de puissance et de force assemblées en lui que, par la terreur qu’elles inspirent, il peut conformer la volonté de tous en vue de la paix à l’intérieur et de l’entraide face aux ennemis de l’étranger. En lui réside l’essence de l’État qui est (pour le définir) une personne une dont les actions ont pour auteur, à la suite de conventions mutuelles passées entre eux-mêmes, chacun des membres d’une grande multitude, afin que celui qui est cette personne puisse utiliser la force et les moyens de tous comme il l’estimera convenir à leur paix et à leur défense commune.

  Celui qui est dépositaire de cette personne est appelé SOUVERAIN et l’on dit qu’il a la puissance souveraine ; en dehors de lui, tout un chacun est son SUJET.

 

Thomas Hobbes, Léviathan (1651), chap. 17,  trad. G. Mairet, Éd.Gallimard, coll. « Folio essais », 2000, pp. 287-289.

 

L’Etat , le droit, l’Etat de droit (fiche)

Etat : (Etym : etat et Etat viennent tous deux de stare, se tenir, et de status, « attitude, manière d’être », ce qui a donné lieu à état, au sens de statut, ou classe, puis Etat au sens de nation, puis de gouvernement.  Attention : à écrire avec une majuscule!

 Sens usuel : 1) La nation en tant qu’elle est structurée par des institutions 2) Ensemble des structures, organes et institutions, et des hommes, qui assument l’administration et le gouvernement d’une nation. Pour les philosophes républicains, l’Etat est une instance régulatrice issue d’un contrat social. Pour d’autres, (principalement anarchistes ou marxistes) l’Etat est un istrument d’oppression au service de la classe possédante (thèse développée dans le Manifeste du parti communiste de Marx et Engels)
Etat de droit :  Conception moderne et juridique de l’Etat. L’Etat de droit se définit par la capacité de s’autolimiter, afin de prévenir toute dérive tyrannique ou despotique. Un Etat de droit est un Etat républicain (voir ci-dessous) et démocratique, c’est-à-dire dont le peuple est détenteur de la souveraineté. Les fondements de l’Etat de droit ont été élaborés par les théoriciens du Contrat social (Hobbes,  Rousseau) et les libéraux ( Locke, Montesquieu) . Dans un Etat de droit, les droits fondamentaux des hommes  sont établis et garantis par la constitution (la  » loi  » au sens de Rousseau) et tout individu a des droits qu’il peut revenbdiquer contre l’Etat et faire valoir auprès de l’Etat.
République (etym : respublica : la chose publique, l’Etat). Sens courant : tout Etat qui n’est pas monarchique, c’est-à-dire tout Etat caractérisé par le fait que la souveraineté est entre les mains des représentants du peuple élus au suffrage universel. Sens philosophique :  » J’appelle république, écrit Rousseau, tout Etat régi par des lois  » (Du Contrat social II)  Cette définition de Rousseau ne peut être comprise que si l’on donne au mot  » loi  » le sens de loi fondamentale ou organique (la Constitution). La loi, selon Rousseau, est toujours  » juste « , car elle est l’acte de la volonté générale. Dans ce sens précis et restreint, une  » république  » est ce qu’on appelle aujourd’hui également un  » Etat de droit  » c’est-à-dire un Etat essentiellement animé par l’idée de droit, ce qui implique : 1) une Constitution approuvée théoriquement par tous les citoyens, Constitution  surplombant tout le dispositif juridique et politique 2) l’idée d’une volonté générale supposée constituer  la source de toute loi 3) la  possibilité pour tous de participer  aux décisions d’ordre politique 4) l’égalité formelle de tous  et la protection des droit fondamentaux (sécurité,  libre expression, accès à l’éducation etc..) de tous les citoyens par l’Etat.
Volonté générale : chez Rousseau  (Du contrat social I, 6 et 7 et II, 4). Elle n’est pas la volonté majoritaire ni même la volonté de tous, car elle n’est en aucune façon une somme de volontés particulières. Théoriquement, idéalement, elle est, en chaque homme, la volonté raisonnable qui prescrit  les décisions les plus conformes à l’intérêt général. Son mode d’expression privilégié est la loi ; et son objet (ce sur quoi elle porte) ne peut être que d’ordre général (ce qui signifie que la Loi, en ce sens, ne peut établir de différentiations entre les citoyens).