Le cogito: une première vérité (texte de Descartes)

Descartes
« Qui suis-je ? »  demande ici Descartes. Ce qui est sûr, c’est que je pense. Je suis une « chose qui pense » :
 

« Archimède, pour tirer le globe terrestre de sa place et le transporter en un autre lieu, ne demandait rien qu’un point qui fût fixe et assuré. Ainsi j’aurai droit de concevoir de hautes espérances, si je suis assez heureux pour trouver seulement une chose qui soit certaine et indubitable.

Je suppose donc que toutes les choses que je vois sont fausses ; je me persuade que rien n’a jamais été de tout ce que ma mémoire remplie de mensonges me représente ; je pense n’avoir aucun sens ; je crois que le corps, la figure, l’étendue, le mouvement et le lieu ne sont que des fictions de mon esprit. Qu’est-ce donc qui pourra être estimé véritable ? Peut-être rien autre chose, sinon qu’il n’y a rien au monde de certain.

Mais que sais-je s’il n’y a point quelque autre chose de celles que je viens de juger incertaines, de laquelle on ne puisse avoir le moindre doute ? N’y a t il point quelque Dieu, ou quelque autre puissance, qui me met en l’esprit ces pensées ? Cela n’est pas nécessaire ; car peut-être que je suis capable de les produire de moi-même. Moi donc à tout le moins ne suis-je pas quelque chose ? Mais j’ai déjà nié que j’eusse aucun sens ni aucun corps. J’hésite néanmoins car que s’en suit-il de là ? Suis-je tellement dépendant du corps et des sens, que je ne puisse être sans eux ? Mais je me suis persuadé qu’il n’y avait rien du tout dans le monde, qu’il n’y avait aucun ciel, aucune terre, aucuns esprits, ni aucun corps ; ne me suis-je pas persuadé que je n’étais point ? Non certes, j’étais sans doute, si je me suis persuadé, ou seulement si j’ai pensé quelque chose. Mais il y a un je ne sais quel trompeur très puissant et très rusé, qui emploie toute son industrie à me tromper toujours. Il n’y a donc point de doute que je suis, s’il me trompe ; et qu’il me trompe tant qu’il voudra, il ne saurait jamais faire que je ne sois rien, tant que je penserai être quelque chose. De sorte qu’après y avoir bien pensé, et avoir soigneusement examiné toutes choses, enfin il faut conclure, et tenir pour constant que cette proposition : je suis, j’existe, est nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce, ou que je la conçois en mon esprit ». (Méditation seconde) 

L’existence (vocabulaire)

vérité 

Existence : (etym:latin existentia, de existere, sortir de, s’élever de, de ex, sortir, et sistere, se tenir) Mode d’être qui se distingue de celui des essences et qui est synonyme de « réalité effective » par opposition à une réalité simplement conçue.

Etre : (etym : latin esse, être) 1) Verbe : exprime le fait d’exister, ou bien l’essence (nature, identité de quelque chose) ou encore l’appartenance à une catégorie, à une espèce 2) Substantif : tout ce qui est, ou existe. L’être renvoie donc à la fois aux réalités en devenir, mais aussi aux essences ou aux idées qui « sont » quoique d’une manière abstraite 3) Chez Aristote : terme indéfinissable du fait de sa généralité même, il peut se dire de tout : « l’Etre lui-même n’est pas un genre » (Aristote).

Ontologie : (etym : grec on, ontos, l’être , et logos, science, discours) 1) Sens originel : désigne, depuis le 17 ième siècle, la partie de la philosophie qui porte sur l’ « être en tant qu’être », correspondant à ce qu’Aristote appelait la philosophie première 2) Philosophie contemporaine : les existentialistes distinguent l’étude des lois de l’être en tant qu’essence (essentalisme) et l’étude de l’existence des êtres concrets singuliers u   étants » (existentialisme).

Métaphysique : (etym :de meta, après, et phusica, la nature ; à partir du moyen-âge meta change de sens et signifie : au delà) 1) Chez Aristote : synonyme d’ontologie, désigne la philosophie première qui porte sur les principes et les causes premières, et s’attache à l’étude de l’ « être en tant qu’être » 2) A partir de Descartes : la métaphysique , chez les philosophes du 17 ième siècle, est la connaissance spéculative qui ne repose sur aucune expérience sensible, et qui porte plus particulièrement sur l’être en tant qu’être, ou encore sur l’essence de tout ce qui est 3) Chez Kant : la raison humaine ne peut atteindre l’absolu, l’inconditionné, les choses en soi. Kant donne au mot « métaphysique » un sens nouveau, qui renvoie à l’entreprise critique elle-même : « inventaire systématiquement ordonné de tout ce que nous devons à notre raison » 4) Sens contemporain : recherche concernant tout ce qui a trait au sens de l’existence humaine : la métaphysique constitue selon Sartre « un effort pour embrasser du dedans la condition humaine dans sa totalité » 5) Chez Hans Jonas : synonyme de « ontologie », interrogation sur l’être, et plus particulièrement que la raison d’être et la valeur hypothétique de tout ce qui est.

Existentialisme : 1) Sens large : se dit de toute philosophie qui place l’existence humaine au centre de ses réflexions (Kiekegaard, Karl Jaspers..). 2) Sens plus précis : désigne des philosophies athées (Heidegger, Sartre, Merleau-Ponty..), qui, à l’encontre de la philosophie cartésienne, affirment que l’homme est dépourvu d’ « essence ». Nous sommes, selon ces philosophes, « jetés » dans le monde, à la naissance, sans soutien, sans référence, sans certitudes acquises (c’est la « déréliction ») : l’homme ne peut que poser librement les valeurs, puis assumer des choix qui sont sans garantie. Selon Sartre, « l’existence précède l’essence », l’homme existe d’abord, il se définit après : « c’est en se jetant dans le monde, en y souffrant, en y luttant, qu’il se définit peu à peu, et la définition demeure toujours ouverte » (L’existentialisme est un humanisme, 1946)

Nature : (etym : latin natura de nasci, naître) 1) La nature en général : ensemble des règnes minéral, végétal et animal, considéré comme un tout soumis à des lois stables et connaissables 2) Nature humaine : ensemble des traits caractéristiques concernant l’ensemble de l’espèce humaine, dénominateur commun de tous ses représentants. Ces traits « naturels » sont censés être présents en tout homme dès la naissance, au moins à titre de virtualité, de potentialité. « Nature » est ici synonyme d’essence. 3) Nature d’un être quelconque : ensemble des propriétés qui définissent une chose ou un individu, et qui comportent une grande stabilité. La nature d’un être est théoriquement permanente ; elle est le fond qui ne change pas : on parlera aussi, en ce sens, de « substance » (« ce qui demeure sous le changement »).

Humanisme 1) Sens usuel : mouvement littéraire et philosophique apparu à la Renaissance, qui pose la valeur et la dignité inaliénable de tout homme en tant qu’homme et qui se donne pour objectif de défendre tout ce qui peut concourir à l’épanouissement de la personne humaine en tant que telle (la libre pensée, la tolérance etc..) 2) Chez Heidegger : l’humanisme, selon Heidegger, est un « anthropocentrisme », c’est-à-dire une attitude illusoire consistant à poser l’homme en fondement de tout, à le tenir pour auto-suffisant et auto-constituant, à tort. Heidegger considère au contraire que l’homme devrait accepter d’assumer une définition plus haute, celle d’être le « Berger de l’Etre » (Lettre sur l’humanisme, 1946) 3) Chez Sartre : condition de l’homme qui « sans appui et sans secours est condamné à chaque instant à inventer l’homme ». L’humanisme de Sartre reconduit l’idée kantienne de l’autonomie (l’homme est à lui-même son propre législateur) mais il rompt avec le socle religieux du kantisme. L’homme est condamné, selon Sartre, à la liberté, responsable de choix qui engagent, en même temps que lui-même, l’humanité tout entière (L’existentialisme est un humanisme).

Phénoménologie (etym : grec phainomenon : phénomène et logos, discours) 1) Description du réel en tant que phénomène, c’est-à-dire tel qu’il apparaît immédiatement à la conscience. Une telle approche s’oppose à celle du cartésianisme et de la science, auxquels il est reproché de qui saisir le réel à travers le filtre de grilles conceptuelles préétablies. 2) Chez Hegel : la « phénoménologie de l’esprit » est la présentation d’un parcours ou d’un cheminement, celui de la conscience depuis son apparition jusqu’à son terme qui est la réalité effective de l’Esprit , ou encore le savoir absolu. 3) Chez Husserl  et ses successeurs : mouvement philosophique qui se donne comme objectif de revenir aux choses mêmes, dans leur évidence première. Le phénomène, en tant qu’il apparaît à la conscience, est objet d’intuition, de connaissance immédiate. Quant à la conscience, elle est « intentionnelle », ce qui signifie qu’elle vise toujours autre chose qu’elle-même, et qu’elle se dépasse vers le monde. Dans un second temps, la phénoménologie tente de comprendre de quelle manière la conscience est constitutive du sens objectif de toute chose : c’est la phénoménologie « transcendantale ».

Préoccupation : chez Heidegger : c’est le fait, pour un homme, d’être absorbé par des tâches naturelles (obligations de toutes sortes) au point d’être enfermé dans un monde et délivré de tout souci. Enfermé dans un monde, l’homme devient aveugle au monde comme tel, et à son être propre.

Dasein : (etym sein , être, da, là) . Terme allemand signifiant littéralement : être-là . Chez Heidegger : ce terme désigne l’être humain, en tant qu’existence concrète et singulière, présence intentionnelle, ouverture et disponibilité au monde.

Visage : (etym : du latin visus, aspect, apparence). Seul le visage de l’homme témoigne à la fois d’une présence (d’une âme, d’une conscience) et d’une altérité (quelque chose échappe, un au delà de la matière, une transcendance). Chez Levinas : le visage de l’homme comporte une dimension de vulnérabilité qui témoigne en même temps d’une intériorité ouverte vers un absolu. Un visage nous met en demeure de la regarder avec respect : c’est en ce sens que le visage est porteur et émoin d’une exigence éthique.

Monde : (etym: latin mundus, le monde, l’univers) 1) sens usuel : ensemble des réalités matérielles, synonyme de univers. 2) Phénoménologie : séjour des hommes. C’est à la fois l’ensemble des choses que nous percevons et auxquelles nous donnons un sens, et le monde intérieur- c’est-à-dire les faits de conscience- en tant que ces choses naturelles et ces éléments psychiques sont étroitement entrelacés.

Etre-au-monde : phénoménologie : c’est l’homme en tant que son existence et celle des choses ne peuvent être dissociées. L’homme est plongé dans le monde qui est la « structure de sens » de tous ses actes et de toutes ses pensées.

Sujet transcendantal : Kant appelle conscience « transcendantale » une « conscience pure, originaire et immuable » qui relie et unifie toutes les données fournies à la conscience, et sans lesquelles toute représentation d’un objet est impossible. Le « transcendantal » désigne chez Kant tout ce qui a trait à la connaissance et à son usage a priori

Souci : (etym : latin sollicito, inquiéter) . Chez Heidegger : caractère du Dasein, c’est-à-dire de l’être humain qui est « abandonné à lui-même » (déréliction) , contraint d’assumer son existence toput en se sachant voué à la mort.

Ontologie (etym : du grec on, ontos, l’être, et logos, science) . Partie de la philosophie qui porte sur l’être. Chez les existentialistes, l’ontologie s’intéresse moins à l’essence (puisque l’existentialisme récuse cette notion) qu’à l’existence : l’existence des êtres singuliers, ou « étants ».

Etre-pour-la-mort : Chez Heidegger : caractère de l’homme qui sait que son existence est « pour la mort » c’est-à-dire orientée vers cette fin. En un sens plus positif, être pour la mort, c’est assumer notre condition d’être mortel, l’accepter et agir en conséquence.

Errance : (etym : erre, train allure, vitesse acquise) : Chez Heidegger : fait, pour l’homme, d’être emporté par un processus qui fonctionne par lui même, et , plus précisément, déshumanisation provoquée par l’enferment dans un monde technique, qui tend à réduire l’homme à un processus.