Fiche matière et esprit

Matière ( etym : latin materia « matière » de « mater », « la mère »,  « la source ») 1) Sens courant : substance ou réalité constituant le fondement de l’ensemble du monde sensible.    2) Logique : par opposition à la forme (d’un raisonnement) signification ou contenu des propositions et des termes de l’énoncé 3) Sciences  physiques et cognitives : ensemble des éléments constitutifs de toute réalité observable ( atomes, molécules, neurones, circuits électriques etc…) 4) Philosophie :  a) pour la philosophie matérialiste dont les premiers représentants furent  (Démocrite 360-480 av JC) et Epicure (341-270)        réalité constituée d’atomes insécables, homogènes, en mouvement dans le vide, et qui forment par agrégation les corps d’une nature éternelle et infinie  b) Chez Aristote, la matière toujours moulée dans une forme dont elle n’est séparable que par abstraction, est l’un des principes constitutifs de toute substance singulière sensible.   Elle est  une sorte de virtualité, une puissance qui ne s’actualise qu’en empruntant un aspect  déterminé c) A partir de Galilée et Descartes : la matière est homogène et mathématisable.  Pour Descartes elle est une substance dont l’essence est l’étendue géométrique. Le monde matériel doit s’exprimer en termes de configurations spatiales et de mouvements pouvant trouver leur traduction algébrique d) Physique contemporaine :  la réalité matérielle perd son caractère concret car ses constituants  (particules élémentaires, ondes électriques, champs électro-magnétiques  etc..) sont de moins en moins palpables   hors de tout dispositif expérimental e) Sciences cognitives : ensemble des phénomènes ou  des processus accessibles à l’observation ou inférés à partir de l’observation. La science, par définition, nomme matière ce qui est observable et dont la réalité peut être établie de façon objective et certaine.  La question de la nature métaphysique ou ontologique  d’une telle  réalité, en revanche,  n’est pas de son ressort. (voir matière et forme, p 00, chapitre Réflexion sur les fondements  de la morale)

Esprit :  (Etym : latin spiritus , « souffle » , « vent » « esprit »)  1) Sens ordinaire :  principe de la vie psychique  propre aux êtres humains; synonyme de âme,  et fondement de la pensée  2) Théologie : force spirituelle  et vivifiante, éventuellement d’origine divine,  qui s’oppose à la chair et qui témoigne de la vocation surnaturelle, ou transcendante,  de l’homme 3) Philosophie :  a) Sens large : réalité opposée à la matière qui permet de rendre compte de phénomènes inexplicables par celle-ci b) Chez l’homme : principe de la pensée et de la raison par opposition aux sentiments, aux émotions et  aux affects qui sont enracinés dans l’organique    c) Dans la philosophie de  Hegel : principe impersonnel qui gouverne l’histoire (voir p 00)    d) Pour la philosophie matérialiste en général : entité imaginaire que  l’approche scientifique peut laisser de côté. L’esprit n’est qu’un mot  désignant  un ensemble de fonctions et d’aptitudes dérivées de systèmes matériels particulièrement  complexes  e) Philosophie analytique et positivisme logique : entité ou réalité problématique dont il est préférable, dans la mesure du possible, de faire l’économie ;  les « états mentaux » ne renvoient pas nécessairement  à  l’existence d’un « esprit » conçu comme une réalité indépendante se suffisant à elle-même (une « substance »).   Cette approche matérialiste, behavioriste (qui se fonde sur la seule observation des comportements) et « positiviste »   constitue le contre-pied  de  la position dualiste cartésienne.

 

Dualisme : doctrine philosophique  et thèse  métaphysique, dont Descartes est le représentant le plus notoire, selon laquelle tout ce qui existe se répartit suivant  deux catégories : la matière et   l’esprit. La matière est une substance dont l’attribut principal est l’étendue, l’esprit est une substance dont l’attribut principal est la conscience. L’homme réunit les deux substances (le corps et         l’ âme) tandis que les animaux ne sont constitués que d’éléments matériels car ils sont dépourvus d’intelligence (ou d’âme).

Cosmologie finaliste : cosmologie (du grec cosmos, monde, univers et logos, discours, raison) : discours global et rationnel concernant l’origine et la structure de l’univers. Une cosmologie finaliste comme celle d’Aristote est une doctrine qui pose que l’univers est un gigantesque organisme vivant dont l’organisation générale est commandée par la fin (le bon fonctionnement, stable et harmonieux) du tout. Tout ce qui existe dans l’univers a une place et une fonction définie, subordonnée à l’intérêt (fin, finalité) de l’ensemble.

 

 

L’art

 

 

 

Art : (etym : ars, artis, talent, savoir-faire,   traduction du grec technè,  technique, savoir-faire) 1) Sens  premier : ensemble de techniques ou  de procédés visant un résultat pratique, en particulier dans le cadre d’un métier 2) Sens usuel : Activité ayant en général pour fin de produire de belles apparences, ou bien comportant sa fin en elle-même  comme la danse par exemple 3) Système des beaux-arts comprenant les  arts plastiques ( architecture, sculpture, peinture) et les arts musicaux (musique, danse, poésie) 4) Chez Aristote :  Création de formes et manifestation de liberté de  l’homme qui intervient dans le cours de la nature dans  la mesure où celui-ci laisse une place  à la contingence au hasard 5) Selon Kant :  Activité autonome   visant  la création de formes et d’œuvres  d’autant plus belles (suscitant un plaisir esthétique) qu’elles ne sont subordonnées à aucune fin préétablie.  L’artiste de génie « donne des règles à l’art » contrairement à l’artiste académique qui s’inscrit dans un cadre préexistant. 6) Selon Hegel : Manifestation sensible de l’Idée, l’art désigne un mode d’expression de l’absolu  qui  révèle la vérité mais  à travers les apparences (« l’apparence est un  moment essentiel de l’essence »). En tant que forme éminente de la conscience, l’art est destiné à disparaître pour être remplacée par la religion et la philosophie. 7) Pour la sociologie contemporaine, l’art recouvre toutes les activités reconnues (cf « art vivant ») et approuvées par des institutions qualifiées, et (ou) qui suscitent un large consensus social.
Esthétique :  (etym : aisthétikos, qui peut être perçu par les sens) Terme inventé  vers 1750 pour désigner une « science des sentiments », puis une « science du beau »  Substantif 1) Sens usuel : théorie de l’art et des conditions du beau 2) Chez Kant : qui concerne le beau sensible. Les jugements esthétiques sont soit empiriques soit purs.  Les premiers expriment ce qui , dans une représentation, d’agréable ou de désagréable. Seuls les seconds, qui portent sur la forme, et qui ne s’appuient pas sur des concepts,  sont, à proprement parler des jugements de goût : « le beau est ce qui plaît universellement et sans concept » 3) Chez Hegel :  philosophie des beaux-arts qui prend pour objet le « vaste empire du beau », conçu comme « manifestation de l’esprit sous une forme sensible ».
Adjectif : désigne tout ce qui suscite un sentiment mélangé de plaisir et d’admiration, sentiment généralement rapporté au beau, mais pas toujours.  L’art contemporain se définit par  la recherche d’une écriture,  par l’émergence d’un style et  d’une vision,  ou même  par l’invention d’un geste  ou d’un dispositif  original, et non plus par le souci de  célébrer et de magnifier la nature ou de dévoiler la spiritualité inhérente aux productions des hommes.

Œuvre :  (etym : latin opus, « activité », « œuvre ») 1) Sens ordinaire : activité ou produit du travail humain 2) Esthétique : ensemble organisé de matériaux et de symboles mis en formes par un ou plusieurs artistes, artisans et exécutants (ex : les cathédrales) 3) Chez Hegel : les œuvres sont des manifestations sensibles de l’Idée, c’est-à-dire du « divin » au sens philosophique de ce terme.  Les œuvres  d’art expriment  un contenu spirituel, mais ce contenu n’est jamais dissociable de la forme sensible qui le manifeste 4) Chez Hannah Arendt :  l’œuvre est opposée à la production ordinaire.  Tandis que le travail nous soumet, en règle générale,  à l’empire de la nécessité (nous travaillons pour consommer le produit de notre travail) l’activité artistique nous en  libère en nous arrachant au cycle ininterrompu de la production/consommation.  Les œuvres ne sont pas consommées ; elles existent pour durer, comme en témoigne leur longévité.
Formes symboliques (Etym :  latin : forma, « forme » et  grec   sumbolon,  objet coupé en deux qui servait de signe de reconnaissance). Notion courante dans le domaine  esthétique, qui a été  théorisée plus particulièrement par le  philosophe allemand Ernst  Cassirer  (La philosophie des formes symboliques 1923-1929). Chez Paul Ricoeur et Ernst Cassirer, les formes symboliques sont l’ensemble des productions signifiantes, des institutions et des œuvres ( langage, mythes, récits historiques,cérémonies, dispositifs religieux, œuvres d’art…) qui structurent  le monde et lui donnent une (ou des) significations déterminées. Ces formations « font partie d’un processus vivant » mais la conscience fixe dans ces processus certains points d’arrêt et de repos : « ainsi la conscience préserve en eux le flux perpétuel qui les caractérise ; mais ce flux ne se perd pas dans l’indéterminé, il s’articule autour de certains centres formels et sémantiques » (La philosophie des formes symboliques 1 Le  langage, introduction)

 

 

Qu’est-ce que la vérité? (Texte de Kant)

Kant
 Les critères formels de la vérité sont justes. Mais insuffisants:

« L’ancienne et célèbre question par laquelle on prétendait pousser à bout les logiciens […] est celle-ci: Qu’est-ce que la vérité? […]
Mais pour ce qui regarde la connaissance, quant à sa forme simplement (abstraction faite de tout contenu), il est […] clair qu’une logique, en  tant qu’elle traite des règles générales et nécessaires de l’entendement, doit exposer, dans ces règles mêmes, les critères de la vérité. Car ce qui les contredit est faux, puisque l’entendement s’y met en contradiction avec les règles générales de sa pensée et, par suite, avec lui-même. Mais ces critères ne – concernent que la forme de la vérité, c’est-à-dire de la pensée en général et, s’ils sont, à ce titre, très justes, ils sont pourtant insuffisants. Car une connaissance peut fort bien être complètement conforme à la forme logique, c’est-à-dire ne pas se contredire elle-même, et cependant être en contradiction avec l’objet. Donc le critère simplement logique de la vérité, c’est-à-dire l’accord d’une connaissance avec les lois générales et formelles de l’entendement et de la raison est, il est vrai, la condition sine qua non et, par suite, la condition négative de toute vérité; mais la logique ne peut pas aller plus loin; aucune pierre de touche ne lui permet de découvrir l’erreur qui atteint non la forme, mais le contenu.
La logique générale résout donc en ses éléments tout le travail formel de l’entendement et de la raison et présente ces éléments comme principes de toute appréciation logique de notre connaissance. Cette partie de la logique […] est par là même la pierre de touche au moins négative de la vérité, puisqu’il faut tout d’abord examiner et apprécier toute connaissance, quant à sa forme, d’après ces règles, avant de l’éprouver quant à son contenu, pour établir si, par rapport à l’objet, elle renferme une vérité positive. Mais, comme la simple forme de la connaissance, aussi d’accord qu’elle puisse être avec les lois logiques, est bien loin par là de suffire à établir la vérité matérielle (objective) de la connaissance, personne ne peut se risquer à l’aide de la logique seule, à juger des objets et à en affirmer la moindre des choses […].
Emmanuel Kart, Critique de la raison pure (1781, « Logique transcendantale»,

trad. A. Tremesaygues et B. Pacaud,

PUF, colt. «Quadrige», Se éd., 1997, p. 81-82.