Le langage est un système de différences (texte de Saussure)

©calligraphie 2 Chaque terme d’une langue, caractérisé par la combinaison d’un son et d’une pensée, possède une « valeur », c’est-à-dire une signification  entièrement dérivée du système formé par l’ensemble des termes de la langue, opposés ou distincts, et plus spécialement de ce qui l’entoure.

 

« Tout ce qui précède revient à dire que dans la langue il n’y a que des différences. Bien plus : une différence suppose en général des termes positifs entre lesquels elle s’établit ; mais dans la langue il n’y a que des différences sans termes positifs. Qu’on prenne le signifié ou le signifiant, la langue ne comporte ni des idées ni des sons qui préexisteraient au système linguistique, mais seulement des différences conceptuelles et des différences phoniques issues de ce système. Ce qu’il y a d’idée ou de matière phonique dans un signe importe moins que ce qu’il y a autour de lui dans les autres signes. La preuve en est que la valeur d’un terme peut être modifiée sans qu’on touche ni à sons sens ni à ses sons, mais seulement par le fait que tel autre terme voisin aura subi une modification.

Mais dire que tout est négatif dans la langue, cela n’est vrai que du signifié et du signifiant pris séparément : dès que l’on considère le signe dans sa totalité, on se trouve en présence d’une chose positive dans son ordre. Un système linguistique est une série de différences de sons combinées avec une série de différences d’idées ; mais cette mise en regard d’un certain nombre de signes acoustiques avec autant de découpures faites dans la masse de la pensée engendre un système de valeurs ; et c’est ce système qui constitue le lien effectif entre les éléments phoniques et psychiques à l’intérieur de chaque signe. Bien que le signifié et le signifiant soient, chacun pris à part, purement différentiels et négatifs, leur combinaison est un fait positif ; c’est même la seule espèce de faits que comporte la langue, puisque le propre de l’institution linguistique est justement de maintenir le parallélisme entre ces deux ordres de différences. »

 

Cours de linguistique générale, 2ème Partie, Chapitre quatre, p. 166-167

 

Le langage (fiche)

papyrus 

Communication : (etym : communicatio, action de faire part, de communicare, mettre en commun, communiquer) 1) Sens ordinaire : tout forme d’échanges de signes et tout dispositif permettant de faire circuler des mobiles ou des particules (les autoroutes, les fils électriques constituent des réseaux de communication) ou tout autre réalité transférable. En un sens plus restreint : processus par lequel une information est transmise d’un émetteur à un récepteur 2) Linguistique : la communication implique un code indépendant de ceux qui l’utilisent et qui leur préexiste. Dans le cas des animaux, ce code possédé instinctivement est un système de signaux. Dans le cas de l’homme, la langue est un système conventionnel qui peut prendre une forme intersubjective (communication directe), médiatisée (transmise par des dispositifs artificiels) ou institutionnalisée (langues et pratiques symboliques grammaticalement ou politiquement « correctes »). Les signaux des animaux sont fixes, étroitement fonctionnels et univoques contrairement aux signes linguistiques, qui sont mobiles et ambigus. Un système de communication constitué d’un nombre limité de signaux comme ceux qu’utilisent tous les animaux n’est donc absolument pas un langage.

Langage : (etym : lingua : organe de la parole, langue comme parole et langage) 1) Sens ordinaire : tout système de signes permettant la communication ; en un sens plus strict : faculté de parler propre à l’homme lui permettant de communiquer et d’exprimer des pensées 2) Linguistique : faculté de constituer une langue c’est-à-dire un système de signes discontinus correspondant à des idées distinctes, dont le langage parlé est une possibilité parmi d’autres. Le langage humain comporte une double articulation (division en unités à deux degrés) ce qui le distingue de tout autre mode de communication 3) Philosophie  et anthropologie : le langage humain est un des « propres » de l’homme les plus caractéristiques. En tant que fonction, l’aptitude au langage est universelle. Mais les langues, produits contingents du langage, témoignent toutes de manière diversifiée des aptitudes culturelles et des capacités intellectuelles communes à tous les êtres humains. Les langues sont ses systèmes institués de signes ou de symboles, verbaux ou écrits, procédant de conventions et utilisés intentionnellement par des sujets souhaitant exprimer des désirs et des pensées singulières. Le langage humain est fondamentalement un dialogue –il inclut la relation potentielle avec un interlocuteur- et un métalangage, c’est-à-dire un langage à propos non pas du réel mais de l’univers symbolique que le langage instaure. Le langage est donc une institution universelle qui témoigne de l’intelligence et de la sociabilité propre au genre humain. Il ne se réduit en aucun cas à un système de communication et il est toujours fluctuant et créatif, contrairement aux systèmes de signaux des animaux.

Signes : (etym : latin signum, « marque », « signe », « empreinte » ) 1) Sens ordinaire : tout élément matériel, vocal, graphique etc… permettant d’évoquer ou de deviner une autre chose à laquelle il renvoie ou qu’il représente 2) Linguistique : il convient de distinguer les signes naturels ( la fumée, le cri animal) les signes intentionnels manifestant une volonté de communiquer (mimique, geste, langage) et les signes conventionnels propres à la communication humaine. Parmi ceux-ci le signe linguistique présente la particularité d’être discret (les signes se détachent les uns des autres) et mobiles (ils changent de sens selon les contextes, comme en témoigne l’usage métaphorique des mots et des symboles). Les symboles sont des signes qui présentent une certaine analogie avec ce qu’ils représentent (exemple : les symboles du guide Michelin) .